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25 septembre 2010

Où est la bénédiction ? Où est le scandale ? dans la richesse, ou la pauvreté ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Où est la bénédiction ? Où est le scandale ?

dans la richesse, ou la pauvreté ?

 

 

Homélie du 25/09/2010

26° Dimanche du temps ordinaire / Année C

 

·      Les textes de ce dimanche sont encore fois à connotation très économique ! Décidément, on ne peut pas soupçonner la Bible de se désintéresser des enjeux économiques et sociaux, au contraire.

Amos tonne contre la « bande des vautrés » qui oublie l’alliance d’Israël avec Dieu, et à cause de cela précipite le peuple dans la catastrophe de la déportation. Le scandale des riches étalant leur luxe façon bling-bling révèle l’idolâtrie où Israël s’est égaré.

Où est la bénédiction ? Où est le scandale ? dans la richesse, ou la pauvreté ? dans Communauté spirituelle 146Jésus, quant à lui, se sert d’une parabole pour dénoncer le scandale de la pauvreté. Que le pauvre Lazare voisine avec le riche anonyme en Israël montre qu’il y a ?quelque chose de pourri’ dans le circuit économique et la répartition des richesses.

 

·      Les attitudes issues de la Bible (ou du Coran) ont toujours hésité entre ces deux approches :

- la richesse est une bénédiction, mais la pauvreté est un scandale (qui contredit l’Alliance). C’est la ligne des textes de sagesse ou des textes de Loi dans l’Ancien Testament, et de certains courants du Nouveau Testament (Actes, Paul…).

- la richesse est un scandale, et la pauvreté est la condition privilégiée des élus de Dieu. C’est la ligne des prophètes dans l’Ancien Testament, et de Jésus (« heureux vous les pauvres ! »), de Jacques… Et à leur suite de St Benoît, François d’Assise…

 

·      De manière assez caricaturale, on présente souvent les juifs et les protestants (anglo-saxons) comme les héritiers de la première ligne de pensée, et les catholiques européens comme héritiers de la seconde. C’est un peu caricatural, car c’est oublier la grande tradition des Pères de l’Église des six premiers siècles. « Pas de pauvre chez toi » : telle était leur leitmotiv (tiré de Dt 15,4) pour réfléchir sur l’économie de l’époque. Ils n’élevaient pas tant la voix pour critiquer les riches que pour sauver les pauvres.

 

- Abraham qui reçoit ce pauvre, avait été riche, et par conséquent Dieu ne condamne pas tous les riches. Mais ce riche était pauvre de c?ur, il était humble, il était croyant, il faisait le bien (saint Augustin, sermon XIV).

 

- Ce n’était pas à cause de sa pauvreté que ce pauvre fut honoré par les anges, ni à cause de ses richesses que ce riche fut condamné aux tourments : dans le pauvre, c’est l’humilité qui fut honorée, et dans le riche, c’est l’orgueil qui fut condamné (…) Vous tous, qui que vous soyez, riches ou pauvres, apprenez à être pauvres et humbles : car on trouve des mendiants qui sont orgueilleux et des riches qui sont humbles (saint Augustin,  commentaire du Psaume LXXXV, 3).

 

- Il n’englobe pas tous les riches dans cet homme, car de même que toute pauvreté n’est pas sainte, toute richesse n’est pas criminelle : c’est la jouissance effrénée qui entache la richesse, et c’est la sainteté qui relève la pauvreté (saint Ambroise de Milan, commentaire de l’évangile selon saint Luc, VIII 13).

 

·      Où est le scandale ? Où est la bénédiction ?

Selon que l’on réponde : la richesse, où la pauvreté (en s’appuyant à chaque fois sur la Bible) ont aura des régimes économiques fort différents.

- Si la richesse est une bénédiction et la pauvreté un scandale, alors aucun complexe à avoir vis-à-vis de la réussite ou de la fortune. Au contraire, elle servira à combattre le scandale de la pauvreté, essentiellement par le don et la philanthropie d’ailleurs. Pensez par exemple à Bill Gates, qui assume son statut d’homme le plus riche de la planète (ou presque), en consacrant tout son temps depuis l’an 2000 à sa Fondation Bill et Melinda Gates. Il y consacre 95 % de sa fortune pour lutter contre les maladies et l’analphabétisme dans les pays du Sud.

 

- Si la pauvreté est une béatitude et la richesse un scandale, alors l’idéal chrétien est incarné par des moines, des religieux (François d’Assise, mère Teresa, soeur Emmanuelle…) qui échappent à la course à l’argent. Les autres chrétiens, faute de mieux, s’appliquent à leur travail en ne cherchant pas d’abord à s’enrichir.

 

·      Faut-il choisir ?

- C’est vrai que beaucoup de juifs et de protestants (et de musulmans) sont sur la première ligne.

 9782717840346 bénédiction dans Communauté spirituelleAvec d’autres : l’utopie d’éradiquer la pauvreté est présente aussi bien dans le libéralisme d’Adam Smith que dans le marxisme. Adam Smith « enquête sur les causes des richesses des nations » en 1776 justement pour comprendre comment on devient riche, et pour étendre ce mécanisme à toutes les sociétés. Le marxisme ? lui - lutte pour une société sans classes, où tout est commun, où il n’y a plus de pauvres.

Des catholiques eux aussi rêvent d’une société sans pauvres. Paul VI par exemple faisait en 1967 une lecture très politique de cette parabole, qui allait en ce sens, en l’appliquant aux rapports Nord-Sud de l’époque :

« Il ne s’agit pas seulement de vaincre la faim ni même de faire reculer la pauvreté. Le combat contre la misère, urgent et nécessaire, est insuffisant. Il s’agit de construire un monde où tout homme, sans exception de race, de religion, de nationalité, puisse vivre une vie pleinement humaine, affranchie des servitudes qui lui viennent des hommes et d’une nature insuffisamment maîtrisée; un monde où la liberté ne soit pas un vain mot et où le pauvre Lazare puisse s’asseoir à la même table que le riche. »

Paul VI, Popularum Progressio n° 47, 1967

 

- C’est vrai également que beaucoup de catholiques suivent la deuxième ligne. La volonté de régulation morale du capitalisme par exemple s’inscrit dans ce courant réaliste. « Des pauvres vous en aurez toujours parmi vous » disait Jésus (Mc 14,7 ; Mt 26,11 ; Jn 12,8). On peut juste éviter les excès, moraliser les appétits, protéger les plus faibles.

 

- Pourtant, on se prend à rêver d’un monde où la richesse des riches serait une bénédiction pour les pauvres, et où le dépouillement volontaire serait un chemin de sainteté et de bonheur pour tous.

L'abondance frugale : Pour une nouvelle solidarité

Certains parlent de « l’abondance frugale » (Jean-Baptiste de Foucauld, Ed. Odile Jacob, 2010) ou de « sobriété / simplicité volontaire et heureuse » (cf. par ex. : MONGEAU, Serge : La simplicité volontaire, plus que jamais? Ed. Écosociété, Montréal, 1998? à ne pas confondre avec la décroissance?).

Adam Smith faisait déjà l’éloge de l’opulence nouvelle alliée à « la frugalité de nos pères » :

« Voilà ce que fait le prodigue : en ne bornant pas sa dépense à son revenu, il entame son capital. Comme un homme qui dissipe à quelque usage profane les revenus d’une fondation pieuse, il paye des salaires à la fainéantise avec ces fonds que la frugalité de nos pères avait pour ainsi dire consacrés à l’entretien de l’industrie. »

Et Smith n’oubliait pas de conjuguer l’opulence et la frugalité avec la sympathie pour l’autre, c’est-à-dire le désir d’être aimé, respecté, dans la confiance et la réciprocité.

·      Alors : où est la bénédiction ? Où est le scandale ? dans la richesse, ou la pauvreté ?

 

Ne répondons pas trop vite…

 

 

 

1ère lecture : Contre le gaspillage insolent des riches (Am 6, 1a.4-7)

Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Jérusalem, et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie.
Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les meilleurs agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres ; ils improvisent au son de la harpe, ils inventent, comme David, des instruments de musique ; ils boivent le vin à même les amphores, ils se frottent avec des parfums de luxe, mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël !
C’est pourquoi maintenant ils vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n’existera plus.

 

Psaume : Ps 145, 5a.6c.7ab, 7c-8, 9-10a

 

R/ Chantons le Seigneur : il comble les pauvres !

Heureux qui s’appuie sur le Seigneur son Dieu ;
il garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés,
aux affamés, il donne le pain.

Le Seigneur délie les enchaînés,
le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes.

Le Seigneur protège l’étranger,
il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera !

 

2ème lecture : Vivre la foi au Christ (1Tm 6, 11-16)

Toi, l’homme de Dieu, cherche à être juste et religieux, vis dans la foi et l’amour, la persévérance et la douceur.
Continue à bien te battre pour la foi, et tu obtiendras la vie éternelle ; c’est à elle que tu as été appelé, c’est pour elle que tu as été capable d’une si belle affirmation de ta foi devant de nombreux témoins.
Et maintenant, en présence de Dieu qui donne vie à toutes choses, et en présence du Christ Jésus qui a témoigné devant Ponce Pilate par une si belle affirmation, voici ce que je t’ordonne :
garde le commandement du Seigneur, en demeurant irréprochable et droit jusqu’au moment où se manifestera notre Seigneur Jésus Christ.
Celui qui fera paraître le Christ au temps fixé, c’est le Souverain unique et bienheureux,le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs,
le seul qui possède l’immortalité,lui qui habite la lumière inaccessible,lui que personne n’a jamais vu,et que personne ne peut voir. A lui, honneur et puissance éternelle. Amen.

 

Evangile : Parabole du riche et de Lazare (Lc 16, 19-31)

Jésus disait cette parabole :
« Il y avait un homme riche, qui portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux.
Un pauvre, nommé Lazare, était couché devant le portail, couvert de plaies.
Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais c’étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies.
Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra.
Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare tout près de lui.
Alors il cria : ‘Abraham, mon père, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise. ?
Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : Tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur. Maintenant il trouve ici la consolation, et toi, c’est ton tour de souffrir.
De plus, un grand abîme a été mis entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient aller vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne vienne pas vers nous.’
Le riche répliqua : ‘Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père.
J’ai cinq frères : qu’il les avertisse pour qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de torture ! »
Abraham lui dit : ‘Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent !
- Non, père Abraham, dit le riche, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.’
Abraham répondit : ‘S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.’ »
Patrick Braud

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18 septembre 2010

Trompez l’Argent trompeur !

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Dimanche 19 septembre 2010

25° Dimanche du temps ordinaire / Année C

 

Trompez l’Argent trompeur !

 

L’argent à toutes les sauces

Trompez l'Argent trompeur ! dans Communauté spirituelle 341254-illustration-de-l-39-argent-sale-dans-un-panier--linge« L’argent sale » : les plus anciens se souviennent de la charge de François Mitterrand contre l’argent à une émission de Bernard Pivot en 1975.

« Les années fric » ont consacré, juste après, l’échec de cette volonté morale. Les années 80 ont vu des anti-héros comme Tapie ou des bombes à retardement comme les « affaires » exalter l’individualisme et le cynisme comme réussites indispensables.

« L’argent roi » semble avoir pris le relais plus récemment, des traders aux primes ahurissantes jusqu’au bling-bling de ceux qui affichent leur fortune.

De l’argent roi à « l’argent fou », il n’y avait qu’un pas, vite franchi avec la crise financière et l’éclatement des bulles spéculatives…

 

Est-ce tout cela (et bien d’autres choses encore !) que Jésus vise en parlant de « Mammon d’iniquité » (traduit par « argent trompeur ») ?

Sans doute, mais pas par moralisme.

Jésus n’a rien de puritain ni d’austère dans sa dénonciation de l’argent inique. Il s’attaque à la racine du mal qui peut causer tant de dégâts : non pas l’argent, mais le culte de l’argent.

 

Le dieu Mammon

Mammon  [1] sonne comme le nom d’une divinité devant laquelle on se prosterne.

 mammon-euro-dollar1 argent dans Communauté spirituelle

Ce terme n’est employé que cinq fois dans la Bible :

Siracide 31,8 : « bienheureux le riche qui se garde sans tache et qui ne court pas après l’or ».

Matthieu 6,24 et Luc 16,13 : « vous ne pouvez servir Dieu et l’argent ».

Courir après la richesse équivaut donc à rendre un culte à l’argent comme à une divinité : Mammon.

 

Cet « argent trompeur » (Luc 16,9. 11) a pour amis les pharisiens (aux dires de Luc 16,14 qui exagère un peu…). Alors que le gérant habile va se faire des amis parmi les débiteurs de son maître.

 

L’argent trompeur glorifie « ce qui est élevé pour les hommes, mais dégoût devant Dieu » (Lc 16,14), ce qui correspond bien au bling-bling… [2] Le gérant « habile » lui est glorifié par Jésus lui-même : « le maître fit son éloge parce qu’il s’était montré avisé » (16,8).

 

Tromper l’Argent trompeur

Par quelle ruse ce gérant a-t-il réussi à diminuer la dette des pauvres, étranglés par son maître ?

Peut-être tout simplement en renonçant à sa commission. Employé au service des contentieux et recouvrements, il avait droit à un pourcentage sur les remboursements des prêts qu’il arrivait à obtenir. En sacrifiant un juteux profit immédiat, il investissait à long terme dans des amis reconnaissants, et donc très sûrs.

Très bon calcul d’efficience économique, où la foi n’intervient pas !

Mais Jésus montre avec sagesse que lorsque sa vie est en jeu, même un « fils de ce monde » est capable de tromper l’argent trompeur. Ordinaire_25_C_94D économie

 

Car c’est bien de cela qu’il s’agit :

- détourner la formidable puissance de l’argent au service de l’amitié avec les pauvres (les débiteurs) plutôt qu’avec les puissants ;

- ruser avec le prêt à intérêt pour qu’il rapproche les hommes au lieu de les soumettre (le micro-crédit est une harmonique moderne de cette habileté évangélique) ;

- rétablir la primauté du long terme (relationnel) sur le court terme (financier) : la crise des subprimes a fait exactement l’inverse) ;

- utiliser les marchés financiers pour que la dette des pauvres soit moins lourde : vaste programme qui va aujourd’hui de la renégociation de la dette des pays en voie de développement jusqu’à l’expansion de l’épargne solidaire, des fonds de placement éthiques, de la finance « solidaire », « islamique » etc?

- considérer le don comme juste redistribution [3] (et non comme une attitude compassionnelle), voire même un investissement à long terme.

 

Les croyants (de toute religion) sont ainsi invités à se montrer plus habiles que les ?adorateurs’ de Mammon : non pas en dénigrant l’argent, ni en y renonçant, mais en rusant avec lui, tel un barrage avec le torrent de montagne, pour qu’il soit un bon serviteur et non un mauvais maître.

 

Une famille aisée peut ainsi redistribuer jusqu’à 10 % de ses richesses (la dîme !) sans en tirer aucune gloriole. Une autre famille saura accepter ces dons (car c’est humiliant d’accepter d’être aidé sinon) sans se décourager.

Au contraire : l’argent habilement détourné de sa tendance idolâtre deviendra un vrai lien de fraternité [4].

 

Comment tromper l’argent trompeur ?

De la gestion de vos économies/vos dettes à votre attitude envers la course au profit/à la gloire, laissez cette question tourner et retourner en vous cette semaine…

« Car là où est ton trésor, là aussi est ton coeur » (Mt 6,21)


[1]Le mot Mammon est d’origine incertaine. Certains le rapprochent de l’hébreu matmon signifiant : trésor, argent. D’autres du phénicien mommon = bénéfice. L’Encyclopaedia Universalis en fait la transcription du mot grec mamônas, probablement dérivé de la racine hébraïque amên = ce qui est fidèle, sûr. On aurait alors un paradoxe de l’argent dans le nom lui-même : destiné à être fidèle, sûr, digne de confiance (penser à la monnaie fiduciaire, c’est-à-dire digne de foi - fides -, de confiance), Mammon est dévoyé de sa vocation lorsqu’on en fait un Dieu.

Tromper l’argent trompeur, c’est finalement rendre Mammon à sa vraie nature : être vecteur de confiance, de fidélité, de foi au Dieu véritable, pas aux idoles…

 

[2] Le mot ?argent’ vient d’ailleurs d’une racine indo européenne ?arg’, signifiant : brillant !

 

[3]Somme Théologique, II-II Qu.32 a. 7 ad 2. : 3. Dans le cas d’extrême nécessité tous les biens sont communs. Il est donc permis à celui qui se trouve dans une telle nécessité de prendre à autrui ce dont il a besoin pour sa subsistance, s’il ne trouve personne qui veuille le lui donner. Pour la même raison, il est permis de détenir quelque chose du bien d’autrui et d’en faire l’aumône, et même de le prendre, s’il n’y a pas d’autre moyen de secourir celui qui est dans le besoin. Cependant, quand on peut le faire sans péril, on doit venir en aide à celui qui est dans une nécessité extrême après avoir recherché le consentement du propriétaire.

 

[4]Le Catéchisme de l’Église catholique de 1998 écrit au n° 2424 : Une théorie qui fait du profit la règle exclusive et la fin ultime de l’activité économique est moralement inacceptable. L’appétit désordonné de l’argent ne manque pas de produire ses effets pervers. Il est une des causes des nombreux conflits qui perturbent l’ordre social (cf. GS 63; LE 7; CA 35).

   Un système qui « sacrifie les droits fondamentaux des personnes et des groupes à l’organisation collective de la production » est contraire à la dignité de l’homme (GS 65). Toute pratique qui réduit les personnes à n’être que de purs moyens en vue du profit, asservit l’homme, conduit à l’idolâtrie de l’argent et contribue à répandre l’athéisme. « Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et Mammon » (Mt 6,24; Lc 16,13).

 

 

1ère lecture : Les mauvais riches (Am 8, 4-7)

Écoutez ceci, vous qui écrasez le pauvre pour anéantir les humbles du pays,
car vous dites : « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix, et fausser les balances.
Nous pourrons acheter le malheureux pour un peu d’argent, le pauvre pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! »
Le Seigneur le jure par la Fierté d’Israël : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. »

 

Psaume : Ps 112, 1-2, 5-6, 7-8

R/ Béni sois-tu Seigneur, toi qui relèves le pauvre

Louez, serviteurs du Seigneur,
louez le nom du Seigneur !
Béni soit le nom du Seigneur,
maintenant et pour les siècles des siècles !

Qui est semblable au Seigneur notre Dieu ?
Lui, il siège là-haut. 
Mais il abaisse son regard
vers le ciel et vers la terre. 

De la poussière il relève le faible,
il retire le pauvre de la cendre 
pour qu’il siège parmi les princes,
parmi les princes de son peuple.

2ème lecture : La prière universelle (1Tm 2, 1-8)

J’insiste avant tout pour qu’on fasse des prières de demande, d’intercession et d’action de grâce pour tous les hommes,
pour les chefs d’État et tous ceux qui ont des responsabilités, afin que nous puissions mener notre vie dans le calme et la sécurité, en hommes religieux et sérieux.
Voilà une vraie prière, que Dieu, notre Sauveur, peut accepter,
car il veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité.
En effet, il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus,
qui s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes. Au temps fixé, il a rendu ce témoignage
pour lequel j’ai reçu la charge de messager et d’Apôtre – je le dis en toute vérité – moi qui enseigne aux nations païennes la foi et la vérité.
Je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient en levant les mains vers le ciel, saintement, sans colère ni mauvaises intentions.

 

Evangile : Tromper l’argent trompeur  (Lc 16, 1-13)

Jésus disait à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé parce qu’il gaspillait ses biens.
Il le convoqua et lui dit : ‘Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires.’
Le gérant pensa : ‘Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance ? Travailler la terre ? Je n’ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte.
Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, je trouve des gens pour m’accueillir.’
Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : ‘Combien dois-tu à mon maître ? -
Cent barils d’huile.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.’
Puis il demanda à un autre : ‘Et toi, combien dois-tu ? – Cent sacs de blé.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu, écris quatre-vingts.’
Ce gérant trompeur, le maître fit son éloge : effectivement, il s’était montré habile, car les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière.
Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’Argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.
Celui qui est digne de confiance dans une toute petite affaire est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est trompeur dans une petite affaire est trompeur aussi dans une grande.
Si vous n’avez pas été dignes de confiance avec l’Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ?
Et si vous n’avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera ?
Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera le premier, et aimera le second ; ou bien il s’attachera au premier, et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. » 
Patrick Braud 

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11 septembre 2010

La parabole du petit-beurre perdu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Dimanche 12 septembre 2010

24° Dimanche du temps ordinaire / Année C

 

La parabole du petit-beurre perdu

 

·      Connaissez-vous la parabole du petit-beurre perdu ?

Un internaute astucieux (Peter Greenfinch) la raconte ainsi, non sans humour :

« Vous êtes heureux sur un bateau de croisière (ou sur votre yacht avec quelques people de vos amis), un petit beurre dans la main droite *.

Une vague un peu plus forte que d’autres, et pof, le biscuit tombe à la mer.

Voici votre journée gâchée, vous voilà de mauvaise humeur, vous piquez une grosse colère, tapez des pieds, faites tanguer le navire.

Survient un steward attentionné, dont l’arrière grand mère avait survécu à la tragédie du Titanic. Sentant le danger, il vous place trois petits beurres dans la main gauche, pour compenser votre douleur.

Vous revoilà heureux, c’était la valeur sentimentale que vous attribuiez au petit beurre perdu. »

 

·      Cette petite histoire a toutes les caractéristiques d’une parabole évangélique ; elle est construite comme les trois paraboles de ce dimanche et peut nous aider à les comprendre.

 

En effet, c’est une histoire inventée de toutes pièces, mais inspirée par des faits réels (comme le mentionnent les fictions télévisées) : le Titanic, la vague, l’émotion de la perte…

C’est une histoire où il y a de l’étrange, assez pour nous intriguer, nous dérouter, exciter notre curiosité pour aller voir ce qu’il y a à tirer de ce récit bizarre…

 

Provoquer l’étonnement, susciter l’interrogation, encourager la recherche : voilà des caractéristiques de la parabole que Jésus n’a cessé d’exploiter au maximum. Se comportant ainsi en maître de sagesse, il surprend ses auditeurs, les intéresse, les « accroche », pour les encourager à aller plus loin que leurs certitudes et leurs opinions immédiates.

 

Belle pédagogie ! Plutôt que de s’opposer frontalement aux pharisiens scandalisés par le bon accueil qu’il fait aux pécheurs, Jésus préfère prendre un chemin détourné : il leur invente trois histoires-à-réfléchir, pour qu’ils découvrent par eux-mêmes combien Dieu est «riche en miséricorde»

 

Ce genre littéraire de la parabole (Mashal en hébreu = enseignement par énigme) était bien connu au temps de Jésus. Mais l’Ancien Testament l’emploie peu (trois ou quatre fois seulement). Le Nouveau Testament y fait recours environ 90 fois !

Jésus a largement utilisé ce mode de prédication qui relève de la sagesse, alors que les autorités religieuses ne se référaient qu’à la Loi, et que les foules n’attendaient avec exaltation qu’un prophète révolutionnaire.

 

Voici une piste sûre pour annoncer l’Évangile aujourd’hui encore : ne pas recourir à la loi ou aux prophètes seulement, mais également à la sagesse. C’est ce que Jésus fait ici avec talent dans ces trois paraboles.

 

La parabole du petit-beurre perdu dans Communauté spirituelle sagesse-AttarD’ailleurs le mot parabole nous met sur la voie d’un parallélisme entre l’observation du réel et la révélation de Dieu / de l’homme.

para – balleïn : étymologiquement, parler en parabole signifie : mettre côte à côte des réalités différentes (jeter balleïn à côté para).

C’est donc un procédé de comparaison : mettre en parallèle la miséricorde divine et le comportement du berger aux 100 brebis, de la femme aux 10 pièces d’argent, ou du père des 2 fils permet de s’interroger, fait réfléchir et progresser chacun, sans lui asséner une vérité extérieure. En méditant sur les paraboles, pour y trouver sans cesse de nouveaux sens cachés, l’auditeur sera conduit toujours plus loin dans l’infini de la révélation divine au-dedans de lui, sans extériorité…

 

·      Regardez ces trois paraboles : elles ont étonnamment comme sujet commun… l’économie ! et une structure commune : perdre / chercher / trouver / se réjouir.

 

- La première s’inspire de l’économie agricole : 1 % de perte est un coût marginal relativement faible, et normalement très supportable. Pas pour Dieu, qui est plus berger que les bergers humains ! Il prend le risque d’aller « chercher et sauver ce qui était perdu ».

Remplacez « berger » par « responsable d’équipe », « brebis » par « collaborateur », et vous lisez un principe de management assez peu pratiqué : se soucier d’abord du collaborateur le plus faible, celui qui est « perdu »… Ne pas passer par pertes et profits les difficultés d’un membre de l’équipe en ne se concentrant que sur les « gagnants », les « performers » ?

 

- La deuxième parabole relève de l’économie domestique (c’est un pléonasme, car économie vient justement de oïkos = maison et nomos = ordre, gestion). Là, cette femme subit 10 % de perte de son capital financier. Logiquement, elle remue ciel et terre sans se résigner à ce déficit, dû à trop de poussière et de désordre. Comment pourrions-nous nous résigner à perdre une partie de nous-mêmes dans la poussière et le désordre de nos vies ?

 

- La troisième parabole ? presque trop connue ! – a pour cadre l’économie familiale. Cette histoire d’héritage anticipé, gaspillé, de jalousie entre héritiers et entre frères, est hélas terriblement courante…

 

Les commentaires sur ces trois paraboles sont innombrables et méritent d’être lus pour nourrir la recherche.

Retenons, en amont de ces interprétations, la manière dont Jésus a voulu parler : en paraboles au nom de la sagesse, et non en diktats au nom de la morale.

Retenons également que l’économie, sous toutes ses formes, a fourni à Jésus des éléments pour dire le salut : c’est donc que les réalités économiques actuelles peuvent toujours nous révéler quelque chose du salut chrétien, si nous prenons le temps du recul pour méditer dessus?

 

 

·      Et le petit beurre perdu ?

Cette parabole permet de présenter les concepts d’utilité économique et d’aversion à la perte. ***

biscuit-petit-beurre-au-sel-de-guerande-216808 beurre dans Communauté spirituelleUne perte ne peut être compensée émotionnellement que par un gain bien plus grand. Les économistes disent que la désutilité économique d’une perte de 1 ? ne peut être compensée que par l’utilité économique d’un gain de 3 ?.

Remplacer le petit beurre perdu n’aurait pas suffi à vous consoler : il en a fallu trois pour calmer votre chagrin?

Ce qui explique l’aversion à la perte : la peur de perdre 1 ? sera telle qu’il faudra une promesse d’un gain de 3 ? pour faire changer de comportement.

 

Comme quoi Jésus aurait pu faire un excellent prof de Fac ou de grande école en économie, grâce à son art des paraboles?

 

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* À noter que la parabole fonctionne tout aussi bien avec des tranches de saucisson à l’ail !

** Le symbole (synballeïn) est au contraire l’art de les réunir. Et l’hyperbole est une réalité largement au-dessus (hyper – balleïn) d’une autre (c’est donc une exagération voulue). Le diable (dia – balleïn) est celui qui divise et éparpille (dia), en empêchant de réunir ce qui est distinct.

*** cf. http://knol.google.com/k/peter-greenfinch/parabole-du-petit-beurre-perdu-et/2m7299842u04v/146#La_parabole

 

 

1ère lecture : Moïse obtient le pardon pour le peuple infidèle (Ex 32, 7-11.13-14)

Moïse était encore sur la montagne du Sinaï. Le Seigneur lui dit : « Va, descends, ton peuple s’est perverti, lui que tu as fait monter du pays d’Égypte.
Ils n’auront pas mis longtemps à quitter le chemin que je leur avais prescrit ! Ils se sont fabriqué un veau en métal fondu. Ils se sont prosternés devant lui, ils lui ont offert des sacrifices en proclamant : ‘Israël, voici tes dieux, qui t’ont fait monter du pays d’Égypte.’ »
Le Seigneur dit encore à Moïse : « Je vois que ce peuple est un peuple à la tête dure.
Maintenant, laisse-moi faire ; ma colère va s’enflammer contre eux et je vais les engloutir ! Mais, de toi, je ferai une grande nation. »
Moïse apaisa le visage du Seigneur son Dieu en disant : « Pourquoi, Seigneur, ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d’Égypte par la vigueur de ton bras et la puissance de ta main ?
Souviens-toi de tes serviteurs, Abraham, Isaac et Jacob, à qui tu as juré par toi-même : ‘Je rendrai votre descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel, je donnerai à vos descendants tout ce pays que j’avais promis, et il sera pour toujours leur héritage.’ »
Le Seigneur renonça au mal qu’il avait voulu faire à son peuple.

 

Psaume : Ps 50, 3-4, 12-13, 17.19

 

R/ Oui, je me lèverai, et j’irai vers mon Père

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Crée en moi un coeur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.
Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ;
tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé.

2ème lecture : Action de grâce du pécheur pardonné (1Tm 1, 12-17)

 

Je suis plein de reconnaissance pour celui qui me donne la force, Jésus Christ notre Seigneur, car il m’a fait confiance en me chargeant du ministère,
moi qui autrefois ne savais que blasphémer, persécuter, insulter. Mais le Christ m’a pardonné : ce que je faisais, c’était par ignorance, car je n’avais pas la foi ;
mais la grâce de notre Seigneur a été encore plus forte, avec la foi et l’amour dans le Christ Jésus.
Voici une parole sûre, et qui mérite d’être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi le premier, je suis pécheur,
mais si le Christ Jésus m’a pardonné, c’est pour que je sois le premier en qui toute sa générosité se manifesterait ; je devais être le premier exemple de ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle.
Honneur et gloireau roi des siècles,au Dieu unique, invisible et immortel, pour les siècles des siècles. Amen.

 

Evangile : Paraboles de la brebis perdue, de la drachme perdue (et du fils perdu) (brève : 1-10) (Lc 15, 1-32)

 

 

Voir également une version « réactualisée » de la parabole ici :

http://www.dti.be/prodigue/fr/movie2.htm

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole :
« Si l’un de vous a cent brebis et en perd une, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ?
Quand il l’a retrouvée, tout joyeux, il la prend sur ses épaules,
et, de retour chez lui, il réunit ses amis et ses voisins ; il leur dit : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !’
Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion.
Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ?
Quand elle l’a retrouvée, elle réunit ses amies et ses voisines et leur dit : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !’
De même, je vous le dis : Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »
Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils.
Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part d’héritage qui me revient.’ Et le père fit le partage de ses biens.
Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre.
Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère.
Il alla s’embaucher chez un homme du pays qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.
Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.
Alors il réfléchit : ‘Tant d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !
Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi.
Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Prends-moi comme l’un de tes ouvriers.’
Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils…’
Mais le père dit à ses domestiques : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds.
Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons.
Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent la fête.
Le fils aîné était aux champs. A son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses.
Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait.
Celui-ci répondit : ‘C’est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a vu revenir son fils en bonne santé.’
Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait.
Mais il répliqua : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis.
Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’
Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.
Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! » 
Patrick Braud

  Une parabole moderne très célèbre: « Oscar et la dame rose » d’Eric Emmanuel Schmitt :

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