La belle espérance du semeur
La belle espérance du semeur
Homélie pour le 16° Dimanche du Temps ordinaire / Année A
19/07/26
Cf. également :
Le sperme et la zizanie
Accepter l’ivraie en chacun
Le levain dans la pâte : interprétations symboliques
Ecclesia permixta
La patience serait-elle l’arme des forts ?
Foi de moutarde !
Quelle est votre écharde dans la chair ?
Le pur et l’impur en christianisme
Toute parabole est polysémique : elle peut donner lieu à une multitude d’interprétations, de la plus littérale à la plus mystique en passant par la plus sociale. Notre parabole de l’ivraie et du bon grain ce dimanche (Mt 13,24-43) n’échappe pas à cette polysémie. Matthieu a sans doute ajouté l’interprétation allégorique après la fin de la parabole, pour ne pas laisser son lecteur dérouté face à cette histoire de semailles. L’allégorie cherche à identifier la personne ou l’objet qui se cache derrière chaque acteur de la parabole : semeur = fils de l’homme ; bon grain = fils du royaume ; ivraie = fils du mauvais etc. Il nous est permis – et même recommandé ! – de ne pas nous arrêter à cette interprétation de Matthieu, et de chercher d’autres manières de lire cette parabole.
Je vous en propose trois, trois paires de lunettes qui révèlent des significations différentes et pourtant vraies et fécondes.
1. Une lecture patristique : ne brûlez pas les hérétiques !
Les Pères de l’Église ne s’en sont pas privés : une parabole comme celle du semeur éclaire leur actualité marquée par les déchirements entre chrétiens. Ainsi saint Jean Chrysostome voit dans l’ivraie un symbole des « doctrines factices » qui pullulent au IV° siècle : Jésus ne serait pas Dieu, ou il aurait fait semblant d’être homme ; l’Esprit Saint ne serait qu’une modalité de la manifestation divine ; il y aurait trois Dieux, ou au contraire un Dieu sous trois formes ; le salut ne dépendrait que de nous, ou au contraire il ne dépendrait de nous en rien etc.
L’ivraie ressemble beaucoup au blé lorsqu’elle commence à pousser ; c’est pourquoi le démon la sème au milieu du froment, pour rendre la distinction difficile. Lorsque le maître demande aux serviteurs de ne pas arracher l’ivraie, de peur de déraciner aussi le bon grain, Chrysostome y voir un commandement de non-violence et même de patience envers nos ennemis (Homélie 46) :
Si vous les arrachez avant le temps, vous privez l’Église de leur future pénitence. Le Christ n’empêche pas de réprimer les hérétiques, de leur fermer la bouche, de leur retirer la liberté de prêcher, de dissoudre leurs assemblées ; mais il défend de leur ôter la vie.
Si le Maître refuse de détruire l’ivraie tout de suite, c’est pour deux raisons :
- pour éviter de blesser le blé qui pousse à côté.
- parce que beaucoup de ceux qui font aujourd’hui partie de l’ivraie changeront de vie et deviendront du bon grain.
Si on les avait coupés prématurément, l’Église aurait perdu un saint Paul, qui fut d’abord une ivraie stérile et persécutrice avant de devenir un vase d’élection.
« Laissez-les croître l’un et l’autre jusqu’à la moisson ». Considérez la patience infinie du Maître. Il ne foudroie pas l’ennemi, il ne condamne pas le champ à la stérilité. Il attend. Il laisse au temps le soin de manifester la différence des fruits. »
L’Église aurait mieux fait d’écouter Chrysostome les siècles suivants : elle aurait évité les bûchers de l’Inquisition et les horreurs des croisades…
Notre parabole s’inscrit en ce sens dans la droite ligne de la sagesse la première lecture (Sg 12,13-19) : « Ta domination sur toute chose te permet d’épargner toute chose […] Toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance. Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain ; à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute tu accordes la conversion ».
Même l’ivraie sera finalement utile lorsque, liée en bottes à la moisson finale, elle produira lumière et chaleur en brûlant dans les fours et les foyers domestiques !
‘Ne brûlez pas les hérétiques !’ semble nous dire Chrysostome, car Dieu s’en chargera la fin des temps, et même là leur flambée sera utile !
Devenir un acteur de la belle espérance, voilà une première lecture courageuse et à contre-courant : ne jamais désespérer de la conversion du méchant, et nous le premier !
2. Une lecture psychanalytique : intégrer la part d’ombre qui est en nous
« Mais pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint et sema de l’ivraie parmi le blé… » (Mt 13, 25)
Pour la psychanalyse, le sommeil des serviteurs n’est pas une simple défaillance de la vigilance pastorale, il est la condition sine qua non de la levée de la censure. Le sommeil, c’est le moment où le Moi baisse la garde, permettant aux formations de l’Inconscient de s’immiscer dans le champ de la conscience.
L’« ennemi » n’est pas une force extérieure (le Diable), mais cette altérité radicale qui loge au plus intime de nous-mêmes — ce que Jacques Lacan nommait l’extimité. Cet ennemi, c’est le refoulé. Il profite du relâchement nocturne pour accomplir son travail de sape et semer ce qui va venir parasiter le discours conscient. L’ivraie, ce sont nos motions pulsionnelles, nos désirs inavouables, nos symptômes, qui poussent dans le même terreau que nos intentions les plus nobles (le bon grain).
Le refus de l’arrachage immédiat consacre la nécessité du temps pour comprendre. Le maître n’ordonne pas de faire « comme si » l’ivraie n’existait pas. Il refuse le refoulement comme la dénégation. Le mal est là, il faut faire avec. Le sujet doit alors consentir à sa propre division. Être humain, c’est accepter d’être à la fois le champ, le bon grain et l’ivraie. C’est le renoncement au narcissisme de la perfection.
Dans une perspective plus jungienne, le bon grain représente ma personnalité la plus lumineuse, le moi idéal, moralement et socialement acceptable et spirituellement pur.
L’ivraie, quant à elle, est la manifestation spontanée de l’Ombre. Elle pousse sans qu’on l’ait consciemment voulu, précisément parce qu’elle a été semée dans « la nuit » de notre inconscient personnel.
« Tout le monde porte une ombre, et moins elle est incorporée dans la vie consciente de l’individu, plus elle est noire et dense », observe C. G Jung (Psychologie et religion, ch. 3).
Vouloir ignorer l’ivraie, c’est encourager l’Ombre à agir dans notre dos. Plus nous projetons une image de pureté absolue (le bon grain sans tache), plus l’Ombre s’épaissit et se manifeste de manière sauvage.
D’où la peur panique des serviteurs qui voient resurgir la part d’ombre qu’ils croyaient avoir exclue. C’est le réflexe des pharisiens : vouloir arracher chez l’autre ce qu’ils ne peuvent accepter en eux-mêmes. Les plus violents dans la lutte contre la corruption ou l’immoralité sont le plus souvent des gens qui refusent de reconnaître que cela les traverse eux aussi. « Car cela signifie accepter que l’on est aussi ce que l’on méprise ».
À la fin de la parabole, l’ivraie est liée en bottes pour être « brûlée », tandis que le blé entre dans le grenier. Dans une lecture alchimique — un domaine que Jung a longuement exploré —, le feu ne détruit pas la matière, il la transforme. C’est l’étape de la calcinatio.
L’Ombre contient de l’or caché. L’ivraie, lorsqu’elle est enfin reconnue, acceptée et « consumée » par le feu de la conscience, libère une énergie précieuse. Nos défauts, nos colères, nos jalousies, une fois intégrés et canalisés, se transforment en forces de discernement, en limites saines et en compassion pour l’imperfection d’autrui.
La moisson finale n’est donc pas l’éradication d’une partie de soi, mais le moment de la synthèse : le Soi (le Maître du champ) rassemble l’expérience vécue. Le sujet qui a accepté de traverser la confrontation avec son ivraie n’est plus un homme « pur », mais un homme entier, mûr pour le grenier de la conscience éveillée.
« C’est une chose bien connue que de dire que nous devons accepter le plus petit de nos frères comme s’il s’agissait du Christ lui-même. C’est la règle de base de la charité chrétienne. Mais que se passe-t-il si nous découvrons que ce plus petit de nos frères, le plus mendiant de tous les mendiants, le plus insolent de tous les offenseurs, le véritable ennemi lui-même, se trouve en nous, qu’il est notre propre Ombre, notre propre part d’infériorité ? »
« Nous projetons cette infériorité sur le voisin, nous faisons la guerre à l’hérétique, au pécheur, à celui qui pense autrement, pour ne pas avoir à mener la guerre sainte à l’intérieur de notre propre maison.
[…] Quel bien puis-je faire au monde si je nourris le mendiant extérieur, mais que je laisse mourir de faim le mendiant intérieur ? Si je pardonne à mon ennemi, mais que je refuse de pardonner à cette bête blessée, à cette ivraie qui pousse en moi-même ?
Quiconque refuse de regarder son Ombre en face est condamné à la vivre de manière névrotique. Ce que nous refoulons ne meurt pas ; cela vit dans l’inconscient, cela fermente, et cela finit par éclater sous forme de symptômes, de dépressions ou de violences projetées sur autrui. L’homme qui n’a pas traversé l’enfer de ses propres passions ne les a jamais surmontées. Elles logent dans la maison d’à côté et, à tout moment, une étincelle peut y mettre le feu.
L’intégration de l’Ombre est le premier pas indispensable vers l’individuation, vers cette totalité de l’être qui n’est pas la perfection, mais la complétude. L’homme entier sait qu’il contient la lumière et les ténèbres, le bon grain et l’ivraie, et c’est précisément dans cette tension acceptée qu’il trouve sa véritable force et sa véritable dignité. »
Il est facile d’aimer l’autre dans sa misère, mais insupportable de s’aimer soi-même dans sa propre déchéance (l’ivraie intérieure). Tout comme le Maître de la parabole refusait qu’on arrache l’ivraie par la violence, Jung affirme que condamner moralement son Ombre ne fait que l’enfermer dans une « fermentation » dangereuse.
Il emploie le mot « complétude » en opposition à la « perfection ». Le but de l’existence humaine n’est pas de devenir un être purement lumineux (une illusion narcissique), mais un être complet, capable de dire « oui » à l’ensemble de son paysage intérieur.
« La belle espérance » dont nous sommes les acteurs dans cette lecture analytique réside dans la bonne nouvelle de l’acceptation de soi, en intégrant la part d’ombre qui est en nous, jusqu’à en faire même un moteur pour aimer davantage (en aimant l’autre tel qu’il est).
3. Une lecture girardienne : refuser la logique du bouc émissaire
Dans l’anthropologie girardienne, le conflit ne naît pas de la différence, mais de la ressemblance. Le désir est mimétique : nous désirons ce que l’autre désire, et nous finissons par nous imiter réciproquement dans nos rivalités, devenant des ‘doubles’ interchangeables.
L’ivraie et le blé, au début de leur croissance, sont morphologiquement indiscernables (l’ivraie de la Bible est le lolium temulentum, ou ivraie enivrante, dont l’herbe ressemble à s’y méprendre à celle du froment). Ils partagent le même espace, les mêmes ressources. L’ivraie représente ici la crise mimétique : cette situation sociale où les hommes, emportés par leurs rivalités, perdent leurs différences et se mélangent dans un chaos indifférencié. L’« ennemi » (Satan, qui signifie littéralement l’Accusateur) est la personnification du processus mimétique lui-même, qui introduit la discorde et la confusion au cœur de la communauté.
Face à la crise, la réaction des serviteurs est immédiate et viscérale :
“Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?” (Mt 13, 28)
C’est le réflexe girardien par excellence : la recherche frénétique d’un bouc émissaire pour rétablir l’ordre. Les serviteurs croient agir au nom du Bien, du Maître et de la pureté du champ. Ils pensent que s’ils éliminent l’élément perturbateur (l’ivraie), le calme reviendra et le champ sera sauvé. C’est l’illusion fondatrice de toutes les chasses aux sorcières, de tous les totalitarismes et de tous les lynchages collectifs.
La foule persécutrice est toujours convaincue de sa propre innocence et de la culpabilité absolue de sa victime. En voulant « arracher » l’ivraie, les serviteurs s’apprêtent à déclencher une violence sacrée, un mécanisme d’exclusion pour purifier la communauté.
La réponse du Maître est le cœur de la révélation évangélique selon Girard : il brise net le cercle vicieux de la violence sacrificielle. « Non, de peur qu’en cueillant l’ivraie, vous ne déraciniez aussi le bon grain. »
Girard explique que la violence humaine est incapable de séparer de manière juste le coupable de l’innocent. Lorsque la foule se déchaîne pour « purifier » la société, elle détruit indifféremment le blé et l’ivraie. Pire encore : en devenant persécuteurs, les serviteurs du « Bien » se transformeraient instantanément en doubles violents de ce qu’ils combattent. Ils deviendraient eux-mêmes de l’ivraie.
Le Christ, par cette réponse, refuse de cautionner la violence légitime. Il prive les hommes de leur exutoire sacrificiel favori : le lynchage purificateur.
L’ordre de laisser croître le blé et l’ivraie ensemble jusqu’à la moisson est une exigence de non-violence absolue dans le temps présent. L’humanité doit renoncer à l’épuration violente. Elle doit accepter de vivre dans un monde imparfait, mélangé, sans essayer de régler ses crises par l’exclusion ou le meurtre. Le non-jugement est la règle si nous voulons demeurer humains.
On peut s’étonner d’ailleurs que le pape Léon XIV cite un passage de Tolkien, dans son encyclique sur l’IA (Magnifica Humanitas), qui contredit frontalement l’enseignement de Jésus dans notre parabole :
« Il ne nous appartient toutefois pas de rassembler toutes les marées du monde, mais de faire ce qui est en nous pour le secours des années dans lesquelles nous sommes placés, déracinant le mal dans les champs que nous connaissons, de sorte que ceux qui vivront après nous puissent avoir une terre propre à cultiver » (MH n° 213).
Le problème est que, justement, déraciner le mal (en matière d’IA comme dans d’autres domaines) est non seulement impossible mais même dangereux… Mieux vaut accompagner, orienter et humaniser l’usage de l’IA plutôt que de vouloir la purifier. Comme tout ce que produit le génie de notre « magnifique humanité », l’IA est « mélangée », et ceux qui voudraient en arracher l’ivraie nous feraient courir de grands risques…
La séparation finale (la moisson) est explicitement déléguée aux anges, c’est-à-dire à une instance divine et transcendante, hors du temps humain.
Pour Girard, cela signifie deux choses :
- la fin de la violence sacrée : Dieu seul détient le jugement, précisément parce que la justice divine n’utilise pas les mécanismes humains du lynchage, mais la belle espérance de la conversion du pécheur.
- la révélation des secrets : la moisson est le moment de la vérité nue. Ce texte, comme le dit Girard dans Des choses cachées depuis la fondation du monde, révèle ce que les mythes ont toujours caché : que nos structures sociales et nos systèmes de justice humaine sont souvent fondés sur l’illusion persécutrice. En interdisant l’arrachage, la parabole protège le bon grain de la fureur des hommes.
C’est le mécanisme anthropologique du bouc émissaire. Ne pouvant supporter l’imperfection en moi, ou ne pouvant supporter la crise et le désordre dans la communauté, je cherche un coupable. Je désigne une ivraie extérieure : c’est la faute de mon conjoint, c’est la faute des immigrés, c’est la faute des pécheurs, c’est la faute de mon voisin.
Et là, le Maître se dresse comme le protecteur absolu des innocents. « Non, vous allez déraciner le bon grain. » Girard nous montre que la violence humaine est structurellement aveugle. Dès que les hommes prennent les armes pour purifier la société ou l’Église par la force, ils deviennent précisément les doubles violents de ce qu’ils prétendent combattre. En voulant arracher l’ivraie, les serviteurs se transforment eux-mêmes en ivraie persécutrice.
Jésus, par cette parabole, désarme nos mains. Il nous interdit de sacrifier quiconque sur l’autel de notre besoin de pureté. Le jugement n’appartient pas aux hommes, car les critères des hommes sont faussés par leur propre violence mimétique.
Avec cette parabole,
- Jean Chrysostome nous invite à la non-violence et à la patience envers nos ennemis, en vertu de la belle espérance d’une conversion offerte à tous ;
- Sigmund Freud et Carl Jung nous permettent d’y lire la possibilité de consentir à nos clivages intérieurs, en intégrant la part d’ombre qui en nous, au nom de la belle espérance d’une humanité unifiée en Christ ;
- Au nom de la belle espérance, René Girard nous permet d’y voir la dénonciation de toute logique sacrificielle où la violence devrait s’exercer contre un bouc émissaire…
Ce ne sont là que trois lectures, trois interprétations : il y en a tant d’autres !
Qu’au moins celles-là nous aident à nous convertir, au lieu de vouloir arracher le mal chez l’autre ou en nous !
LECTURES DE LA MESSE
PREMIÈRE LECTURE
« Après la faute tu accordes la conversion » (Sg 12, 13.16-19)
Lecture du livre de la Sagesse
Il n’y a pas d’autre dieu que toi, qui prenne soin de toute chose : tu montres ainsi que tes jugements ne sont pas injustes. Ta force est à l’origine de ta justice, et ta domination sur toute chose te permet d’épargner toute chose. Tu montres ta force si l’on ne croit pas à la plénitude de ta puissance, et ceux qui la bravent sciemment, tu les réprimes. Mais toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance. Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain ; à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute tu accordes la conversion.
PSAUME
(Ps 85 (86), 5-6, 9ab.10, 15-16ab)
R/ Toi qui es bon et qui pardonnes, écoute ma prière, Seigneur. (cf. Ps 85, 5a.6a)
Toi qui es bon et qui pardonnes,
plein d’amour pour tous ceux qui t’appellent,
écoute ma prière, Seigneur,
entends ma voix qui te supplie.
Toutes les nations, que tu as faites,
viendront se prosterner devant toi,
car tu es grand et tu fais des merveilles,
toi, Dieu, le seul.
Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié,
lent à la colère, plein d’amour et de vérité !
Regarde vers moi,
prends pitié de moi.
DEUXIÈME LECTURE
« L’Esprit lui-même intercède par des gémissements inexprimables » (Rm 8, 26-27)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. Et Dieu, qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles.
ÉVANGILE
« Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson » (Mt 13, 24-43)
Alléluia. Alléluia. Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : ‘Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?’ Il leur dit : ‘C’est un ennemi qui a fait cela.’ Les serviteurs lui disent : ‘Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?’ Il répond : ‘Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.’ »
Il leur proposa une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leurs nids dans ses branches. »
Il leur dit une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. »
Et cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans parabole, accomplissant ainsi la parole du prophète : J’ouvrirai la bouche pour des paraboles, je publierai ce qui fut caché depuis la fondation du monde.
Alors, laissant les foules, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. » Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. L’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal ; ils les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père.
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
Patrick BRAUD



















À ce moment précis, le royaume de Juda traverse une crise politique et spirituelle majeure. Les élites et le peuple se détournent de l’Alliance, préférant les alliances politiques matérielles et l’idolâtrie à la confiance en Dieu. Lorsque Dieu envoie Isaïe, il lui donne une feuille de route qui ressemble à un constat d’échec anticipé, ironique et tragique :












