L'homélie du dimanche (prochain)

12 avril 2026

Ces décompositions qui nous travaillent

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Ces décompositions qui nous travaillent

 

Homélie pour le 3° Dimanche de Pâques / Année A 

19/04/26 


Cf. également :
Emmaüs : une catéchèse de cheminement
Et nous qui espérions…
Le courage pascal
Emmaüs : mettre les 5 E dans le même panier
Le premier cri de l’Église
La grâce de l’hospitalité

 

1. L’image du fondeur

Ces décompositions qui nous travaillent dans Communauté spirituelle AdobeStock_39664366« Quand vous voyez une statue d’or qui a été souillée par la rouille ou dont la forme a été défigurée par le temps, que fait l’artiste ? Il ne la laisse pas ainsi, mais il la jette dans la fournaise pour qu’elle y soit fondue. Il la réduit en liquide, il détruit sa forme actuelle, mais ce n’est pas pour l’anéantir, c’est pour la faire ressortir de la fournaise plus brillante, plus pure et plus magnifique qu’auparavant.

Il en est de même pour notre corps. Dieu ne permet pas que nous mourions et que nous retournions à la poussière pour nous perdre, mais pour nous purifier de la rouille du péché. La mort est cette fournaise où le corps est « fondu » afin qu’au jour de la résurrection, il reprenne sa forme, non plus corruptible et fragile, mais éclatante et immortelle. » (St Jean Chrysostome, Homélie 11 sur les Statues, §2)

 

« Tu ne peux m’abandonner à la mort  ni laisser ton saint (חָסִיד en hébreu, ὅσιος en grec) voir la corruption » (Ps 15,10). Pour Chrysostome, le saint du psaume Ps 15 est bien Jésus en personne : son corps humain est comme une statue d’or parfaitement pure, sans aucune rouille (péché). Il n’a donc pas besoin d’être fondu, c’est-à-dire de subir la décomposition du  cadavre. Il est passé par la mort, mais son corps est demeuré intact car il n’y avait rien à purifier en lui.

Le psaume 15 de ce dimanche annonce la victoire finale de la vie sur la mort. Le Christ l’a vécu immédiatement, car il était entièrement pur. Nous, notre ‘or’ (notre nature humaine) est mélangé à la rouille de nos péchés.

Notre corps subira la décomposition. Qu’l soient incinéré et dispersé dans le jardin du souvenir ou recueilli dans une urne funéraire, ou qu’il soit enfermé dans un cercueil, les molécules de notre chair, de nos os, de nos tissus retourneront à la terre, et seront recyclées dans l’immense mélange énergie-matière de l’univers… 

Alors, à quoi nous sert que le corps du Christ n’ait pas connu la décomposition puisque c’est de toute façon le sort qui nous attend ?

 

C’est par l’union au corps du Christ que nous espérons traverser les dégradations qui nous  travaillent déjà. Et tout particulièrement dans l’eucharistie, qu’Ignace d’Antioche appelait « remède d’immortalité »

« rompant un même pain qui est remède d’immortalité, antidote pour ne pas mourir, mais pour vivre en Jésus-Christ, pour toujours » (Éphésiens XX,2)

 

Inscription de Pectorius (Autun)Une très ancienne inscription grecque (dite ‘de Pectorius’) de la fin du II° siècle, découverte en 1839 à Autun, comporte le symbole du poisson Ictus (Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur). C’est ce poisson que les chrétiens doivent manger et boire. Ce nom a une efficacité sur la mort; il est dit être « source immortelle des eaux divines ». La nourriture eucharistique prise durant la vie terrestre est gage d’immortalité. Cette inscription gravée sur la pierre d’un tombeau atteste de l’espérance en la résurrection, célébrée dans l’eucharistie.

 

Comme le chante la divine liturgie de St Jean Chrysostome : « Prenez le corps du Christ, et buvez à cette boisson d’immortalité ». Chaque fois que nous livrons notre vie en vérité pour les autres avec le Christ, nous entrons un peu plus dans cette vie éternelle, nous construisons notre corps de résurrection, nous préparons la Venue définitive du Seigneur dans la gloire, selon le mot de St Paul : « chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (1Co 11,27).

 

Notre psaume 15 d’aujourd’hui tient une place particulière dans l’apologétique des Apôtres : ils l’utilisent pour démontrer aux juifs que la résurrection du Christ accomplit pleinement les Écritures. Pierre cite textuellement le texte du psaume pour montrer que c’est bien de Jésus il est question, puisque David lui est bel et bien mort et enterré, et que son corps a connu la décomposition : 

« En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche : il est à ma droite, je suis inébranlable. C’est pourquoi mon cœur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton saint voir la corruption. Tu m’as appris des chemins de vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence

christian-cross-nature-scaled mort dans Communauté spirituelleFrères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption » (Ac 2,25-31).

 

Paul utilise exactement la même structure argumentaire pour montrer que la résurrection est comme la signature du Père en bas de l’œuvre de Jésus : il ratifie tout ce qu’a été, fait et dit Jésus en ne l’abandonnant pas dans la mort où se dissolvent les chairs et les liens qui nous unissent :

« C’est pourquoi celui-ci dit dans un autre psaume : Tu donneras à ton fidèle de ne pas voir la corruption. En effet, David, après avoir, pour sa génération, servi le dessein de Dieu, s’endormit dans la mort, fut déposé auprès de ses pères et il a vu la corruption. Mais celui que Dieu a ressuscité n’a pas vu la corruption » (Ac 13,35–37).

 

2. La corruption purificatrice

Reprenant le fil de l’image du fondeur de Chrysostome, plusieurs théologiens ont développé ce thème de la refonte, du reforgeage de notre humanité à travers ce qui pourtant semble la décomposer.

  • La douleur bénie (Ratzinger)

Ainsi Joseph Ratzinger (le futur Benoît XVI) y a consacré un chapitre entier de son ouvrage de référence : Eschatologie : mort et vie éternelle, publié en 1977, mais qui reste la base de son enseignement papal sur le sujet. Il s’appuie précisément sur l’exégèse du psaume 15.

Ratzinger explique que si le Christ ne voit pas la corruption, c’est parce qu’en lui, la Vie est identique à son Être. Pour nous, la résurrection n’est pas un « miracle magique » qui survient à la fin, mais une conséquence de notre union à Lui.

« La résurrection n’est pas un simple retour à la vie biologique, mais la victoire de l’Amour sur la mort. Parce que le Christ est « un » avec Dieu, il ne peut tomber dans le néant. En étant unis à Lui par la foi, nous entrons dans cet espace d’invulnérabilité » (ch. 6).

corps en décomposition cercueilLa décomposition corporelle est ainsi une métamorphose : la mort physique (la fonte du vase chez Chrysostome) est le moment où l’homme pèse perd son support matériel qui retourne à  l’univers, mais son identité relationnelle est ancrée Christ, qui en assume la continuité en Dieu à travers la mort.

« Le Psalmiste pressent que l’amitié avec Dieu ne peut pas s’arrêter à la tombe. Si Dieu est fidèle, Il ne peut abandonner son ami au Shéol. Le Christ réalise ce pressentiment de manière absolue. Nous, nous le réalisons « en Lui » ».

 

La vraie matière de notre être n’est pas l’amas de cellules sans cesse changeant qui constitue notre corps, mais l’ensemble des relations de communion qui nous unissent à Dieu, aux autres, par le Christ, avec lui et en lui. Toutes ces relations d’amour, d’amitié, de solidarité authentiquement vécues nous greffent en Christ. Nous sommes ainsi en quelque sorte ‘sauvegardés’ dans la mémoire de Dieu, en qui nos relations essentielles demeurent, nouvelle « matière » à partir de laquelle Dieu pourra recréer la vie aussi sûrement il a déjà fait en Jésus le Christ. Ratzinger parle alors de « douleur bénie » pour caractériser la métamorphose s’opère ainsi avec la destruction des scories du péché en nous :

« Certains théologiens récents sont d’avis que le feu qui brûle et qui sauve en même temps est le Christ lui-même, le Juge et Sauveur. La rencontre avec Lui est l’acte décisif du Jugement. Devant son regard, toute fausseté s’évanouit. C’est la rencontre avec Lui qui, nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous permettre de devenir vraiment nous-mêmes.

Les choses édifiées durant la vie peuvent alors se révéler paille sèche, pur orgueil, et s’écrouler. Mais dans la douleur de cette rencontre, où ce qui est impur et malsain en nous devient manifeste, se trouve le salut. Son regard, le battement de son cœur nous guérissent par une transformation certainement douloureuse, « comme par le feu » ».

 

Pour Benoît XVI, la « décomposition » n’est pas seulement un phénomène biologique, c’est l’image de ce qui se passe spirituellement. Notre « Moi » qui s’écroule : comme le vase de Chrysostome qui doit être brisé, notre ego, nos fausses sécurités et notre « rouille » (le péché) doivent être détruits. La mort physique est la manifestation ultime de cet écroulement nécessaire.

Le pape ne nie pas que la mort et la corruption soient douloureuses. Mais il affirme que c’est une « douleur bénie ». Pourquoi ? Parce qu’elle nous « libère pour nous permettre de devenir vraiment nous-mêmes ».

En regardant le Christ du Psaume 15 (celui qui n’a pas connu la corruption), nous voyons ce que nous allons devenir. Sa pureté « brûle » ce qui est impur en nous pour que notre chair puisse, elle aussi, « reposer dans l’espérance ».

Ce que le Psaume 15 dit du Christ (l’immortalité immédiate), Benoît XVI l’applique à nous sous la forme d’une immortalité donnée au travers d’une épreuve purificatrice. La décomposition du corps est le « feu » qui prépare la résurrection : « Mourir, c’est tomber dans les mains de Dieu ».

C’est une lecture pleine d’espérance : la fin de notre corps biologique n’est pas un échec, mais le « nettoyage » final opéré par l’amour de Dieu pour que nous puissions entrer dans la « plénitude de joie » promise au verset 11 du psaume : « Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! À ta droite, éternité de délices ! »

 

  • La brûlure joyeuse (Varillon)

Le Père François Varillon (1905-1978), jésuite et grand pédagogue de la foi, a renouvelé la vision du Purgatoire en l’éloignant de l’imagerie d’une « prison » ou d’une « chambre de torture » pour en faire une étape de maturation amoureuse.

Pour lui, la « décomposition » du vieil homme est la condition de l’éclosion de l’homme nouveau. 

Jérôme BoschIl rejette l’idée d’une peine infligée par Dieu. Pour lui, la douleur du Purgatoire naît de la rencontre entre notre impureté et l’Amour absolu.

« Le purgatoire n’est pas une peine infligée du dehors par un juge irrité ; c’est la souffrance même de l’amour qui se sent indigne de l’Objet aimé. C’est la souffrance de ne pas aimer assez » (L’Abrégé de la foi).

Il développe alors la métaphore de la « Brûlure Joyeuse ». Rejoignant l’image du « fondeur » de Chrysostome, Varillon explique que cette brûlure est désirée par l’âme, car elle est libératrice.

« C’est une souffrance joyeuse, parce que c’est une souffrance qui guérit. L’âme, en présence de Dieu, voit ses propres scories, ses égoïsmes, ses refus de don. Elle veut alors en être délivrée. Le feu du purgatoire, c’est le feu de l’Esprit Saint qui brûle en nous ce qui n’est pas amour ».

La mort est l’instant où l’on est enfin placé devant la Vérité de notre être. La « corruption » des fausses apparences est nécessaire pour que la « chair » (notre identité profonde) repose vraiment en Dieu, comme le dit le Psaume 15.

« Le purgatoire, c’est l’achèvement de notre liberté. C’est le temps — qui n’est plus du temps chronologique — où l’homme liquide ses derniers refus pour s’ouvrir totalement à l’Invasion divine »

La mort est la transformation qui nous permet de « devenir ce que l’on est ».

 

Si l’on relit le Psaume 15 à la lumière de Varillon, le verset « Tu ne laisseras pas ton Saint voir la corruption » prend une dimension existentielle pour nous : le Christ est celui en qui l’Amour était total : aucune « scorie » à brûler, donc pas de « purgatoire » (pas de corruption). Pour nous, la corruption biologique et spirituelle est le processus par lequel Dieu « nettoie » notre capacité d’aimer.

 « Dieu ne nous juge pas, Il nous illumine. Et cette illumination est, par elle-même, une purification. »

 

3. Nos corruptions anticipées

Comment cela peut-il nous aider à traverser les « corruptions », les décompositions qui nous travaillent tout au long de notre existence ? 

C’est ici que la théologie rejoint la psychologie et le vécu quotidien. Les « petites morts » que nous subissons — deuils, échecs, vieillissement, trahisons, maladies — sont ce que les Pères et les théologiens comme Varillon appellent des « corruptions anticipées ».

Traverser ces épreuves avec le Psaume 15 et la vision de la « fonte du vase » change radicalement notre regard sur la dégradation que subit notre corps et tout notre être. 

Voici comment cela peut devenir un levier de vie :

- Ne plus voir la « perte » comme un anéantissement

L’image du vase de Chrysostome nous dit que pour être restauré, il faut parfois accepter d’être « déconstruit ». Quand une partie de notre vie s’effondre (un projet, une relation, une capacité physique), nous avons l’impression de disparaître. La foi nous suggère que ce n’est pas une destruction, mais un reforgeage. Ce qui « pourrit » ou s’en va, c’est souvent ce qui faisait obstacle à une version plus profonde et plus vraie de nous-mêmes. C’est la « rouille » qui s’en va pour laisser l’or apparaître.

 

- Vivre le « dépouillement » comme une libération 

Se laisser dépouiller, comme un oignon qu'on épluche...François Varillon insistait sur le fait que nous passons notre vie à construire des « moi » de rechange (notre image sociale, nos possessions, notre orgueil). Ces couches sont ce qui subira la corruption. En acceptant les renoncements successifs de l’existence, nous pratiquons notre « purgatoire » par avance. Chaque « décomposition » d’une fausse sécurité ou d’une fausse réussite nous rapproche de la « part d’héritage » du Psaume 15 : Dieu seul.

« On ne possède vraiment que ce que l’on a accepté de perdre par amour » (Varillon).

 

- L’espérance comme « poids de gloire »

Le verset 9 du Psaume 15 dit : « ma chair elle-même repose en confiance ». Le mot hébreu  traduit ici par confiance (בֶּ֫טַח) suggère une attente confiante, en toute sécurité, pas un souhait incertain. C’est cette confiance que nous pouvons apprendre en vieillissant, ou en combattant la maladie. Dans la maladie ou la vieillesse, le corps semble nous trahir. Nous pouvons le laisser « reposer en Dieu », anticipant notre mise au tombeau confiante…

Regarder sa propre « décomposition » biologique ou morale non comme un gouffre, mais comme une germination, est le chemin que la foi trace en nous pour transfigurer ces décompositions qui nous travaillent. Saint Paul disait : « C’est pourquoi nous ne perdons pas courage, et même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2 Co 4,16). Le Psaume 15 nous assure que le « Saint » (le Christ) est déjà de l’autre côté de la rive et qu’il tient notre main droite (v.8).

 

Relisons cette semaine le psaume 15 de ce dimanche, afin que notre prière y puise le courage de consentir aux pertes inévitables que la vie nous impose :

 

Prière d’Abandon au Fondeur

Seigneur Jésus, Toi le Saint qui n’as pas connu la corruption, 

Toi dont la chair, au matin de Pâques, a resplendi d’une vie nouvelle, 

Tourne ton regard de lumière vers notre humanité fragile.

 

Hans-Op-de-Beeck-My-bed-a-raft-2019-©-SABAM-Belgium-2025-Studio-Hans-Op-de-Beeck_bewerkt-1024x683 pasaumeQuand nos forces s’épuisent et que nos corps nous trahissent, 

Quand la décomposition du doute ou de l’âge travaille nos cœurs, 

Accorde-nous la grâce de ne pas céder à l’effroi. 

Donne-nous de voir, au-delà de la poussière qui retombe, 

La main du divin Potier qui nous refaçonne avec amour.

 

Seigneur, nous t’offrons nos « petites morts » quotidiennes : 

Nos renoncements, nos échecs et nos dépouillements. 

Fais-en une brûlure joyeuse, un feu qui purifie la rouille de notre orgueil, 

Pour que l’or de notre âme, lavé de tout égoïsme, 

Brille enfin de ton éclatante clarté.

 

Apprends-nous à poser notre chair dans l’espérance, 

Non comme celui qui perd tout, mais comme celui qui sème pour l’éternité. 

Que ta présence à notre droite nous garde inébranlables, 

Afin que, traversant l’épreuve de la transformation, 

Nous parvenions, avec Toi, sur le chemin de la Vie, 

Là où la joie est plénitude, là où les délices sont éternels.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir » (Ac 2, 14.22b-33)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem, sachez bien ceci, prêtez l’oreille à mes paroles. Il s’agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche :il est à ma droite, je suis inébranlable. C’est pourquoi mon cœur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton fidèle voir la corruption. Tu m’as appris des chemins de vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence.
Frères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez.

PSAUME

(Ps 15 (16), 1-2a.5, 7-8, 9-10, 11)
R/ Tu m’apprends, Seigneur, le chemin de la vie.ou : Alléluia ! (Ps 15, 11a)

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon cœur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

DEUXIÈME LECTURE
« Vous avez été rachetés par un sang précieux, celui d’un agneau sans tache, le Christ » (1 P 1, 17-21)

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre
Bien-aimés, si vous invoquez comme Père celui qui juge impartialement chacun selon son œuvre, vivez donc dans la crainte de Dieu, pendant le temps où vous résidez ici-bas en étrangers. Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. Dès avant la fondation du monde, Dieu l’avait désigné d’avance et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous. C’est bien par lui que vous croyez en Dieu, qui l’a ressuscité d’entre les morts et qui lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.

ÉVANGILE
« Il se fit reconnaître par eux à la fraction du pain » (Lc 24, 13-35)
Alléluia. Alléluia. Seigneur Jésus, ouvre-nous les Écritures ! Que notre cœur devienne brûlant tandis que tu nous parles. Alléluia. (cf. Lc 24, 32)


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Le même jour (c’est-à-dire le premier jour de la semaine), deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.
Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. » Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.
Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
Patrick BRAUD

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5 avril 2026

Toucher les plaies de ce monde

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Toucher les plaies de ce monde

 

Homélie pour le 2° Dimanche de Pâques (Dimanche de la Miséricorde) / Année A 

12/04/26 


Cf. également :
Et si nos épreuves étaient d’or ? 

Croire sans voir : la pédagogie de l’inconditionnel
Thomas, Didyme, abîme…
Quel sera votre le livre des signes ?
Lier Pâques et paix
Deux utopies communautaires chrétiennes
Le Passe-murailles de Pâques
Le maillon faible
Que serions-nous sans nos blessures ?
Croire sans voir
Au confluent de trois logiques ecclésiales : la communauté, l’assemblée, le service public
Trois raisons de fêter Pâques
Riches en miséricorde ?
Aimer Dieu comme on aime une vache ?

 

1. Voir et toucher

À l’heure des deepfakes générés par intelligence artificielle, « croire ce qu’on voit » est évidemment suicidaire ! Si Thomas dans notre évangile (Jn 20,19-31) avait demandé seulement à voir le ressuscité comme les autres apôtres, il aurait pu se faire prendre au piège de l’hallucination ou de l’autosuggestion. Heureusement Thomas a demandé à voir (une fois) et à toucher (deux fois !) : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas !… »

Voilà la double nature de l’expérience pascale, dont la signification du prénom Thomas [1] (= jumeau) était l’annonce : il voit un homme et confesse un Dieu ; en touchant la chair, il atteint la divinité. « Mon Seigneur et mon Dieu »

En effet, la vue maintient encore à distance, alors que le toucher rapproche. En exigeant de toucher les plaies du crucifié, Thomas vérifie que ce qu’il voit n’est pas un mirage ou un fantasme, mais bien une réalité matérielle.

Il cherche une certitude qui ne passe pas par la parole uniquement, car la parole des autres apôtres l’a laissé insatisfait. Il cherche une rencontre « choc » avec la chair. 

En psychanalyse, on dirait que c’est le moment où le sujet tente de combler son propre manque en s’insérant dans la béance de l’Autre.

 
Saint Thomas Le Caravage
Avec Thomas, nous devons refuser les « belles paroles » qui nous promettent une résurrection ailleurs, plus tard. 

Avec lui, nous pouvons expérimenter concrètement, corporellement, que le discours pascal est vrai parce qu’il s’incarne dans une rencontre, une proximité charnelle.

Avec lui, nous devenons le jumeau des apôtres, celui qui ne prend rien pour argent comptant et qui sonde les failles du discours, fut-il le plus religieux.

Thomas n’est pas celui qui ne croit pas, il est celui qui ne veut pas être dupe. Et qui pour cela demande à « voir et toucher ».

Il exige une effraction : franchir la limite du corps de l’autre. Il ne veut pas seulement voir (car la vue est le sens de l’illusion, du reflet) ; il veut toucher. Il veut passer de l’autre côté du miroir. Il refuse que le Ressuscité soit un simple fantôme, une projection de leur deuil ou de leur nostalgie. Il exige la rencontre avec le Réel, ce qui subsiste quand toutes les images se sont effondrées.

 

2. Le témoin de la Déchirure

Nous avons l’habitude de voir en Thomas le disciple « incrédule ». Mais le texte de Jean nous donne un autre nom : Didyme, le Jumeau. Dans la perspective de la structure de l’âme humaine, ce nom est une révélation. Thomas n’est pas simplement un homme qui doute ; il est la figure du sujet divisé.

Il est celui qui se tient sur la faille. Il est le jumeau de chacun d’entre nous dans ce qu’il a de plus radical : cette part de nous qui ne se contente pas des « belles histoires » ou des images pieuses, mais qui cherche à rencontrer ce qui résiste, ce qui est vrai, ce qui est réel.

Toucher les plaies de ce monde dans Communauté spirituelleL’enjeu est de sortir de l’Imaginaire qui envahissait les représentations des Douze sur Jésus. Comment ? Paradoxalement, grâce à la faillite des apparences.

Pendant trois ans, les disciples ont vécu dans ce que nous pourrions appeler l’Imaginaire. Ils ont vu des miracles, ils ont admiré un Maître, ils ont projeté sur lui leurs rêves messianiques, ils se sont mirés dans son regard. Mais la Croix a tout brisé. Le miroir est en éclats.

 

Le matin de Pâques, les autres disciples disent à Thomas : « Nous avons vu le Seigneur ! ». Ils sont dans la joie de l’image retrouvée. Mais Thomas refuse cette consolation. Pourquoi ? Parce que pour lui, une image ne suffit pas à faire une vérité. Il sait que l’on peut halluciner ce que l’on désire trop.

L’instant où Jésus se présente à Thomas est l’un des moments les plus vertigineux de l’évangile de Jean. Jésus ne lui déroule pas un long discours théologique. Il ne lui donne pas d’explications. Il lui donne son corps, et plus précisément, il lui donne ses plaies.

Or toute plaie est une béance. C’est un trou dans le tissu du corps. En demandant de mettre son doigt dans le côté ouvert, Thomas cherche le point de rupture. Il veut toucher l’endroit où l’humain a été déchiré par le divin, et le divin par l’humain.

C’est là le grand paradoxe : ce qui fait la preuve de la Résurrection pour Thomas, ce n’est pas l’éclat de la lumière ou la majesté, c’est la marque du clou. C’est le manque, le vide, la cicatrice. Thomas comprend que Dieu ne se rencontre pas dans une plénitude imaginaire, mais dans la faille. Il comprend que la vérité n’est pas un bloc plein, mais qu’elle se loge dans la blessure de l’Autre.

 

Regardez ce qui arrive après le toucher. Thomas ne fait pas un rapport d’expertise. Il ne dit pas : « C’est bon, j’ai vérifié les tissus organiques ». Il bascule dans la parole de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ».

C’est le passage de la certitude à la foi. À l’instant où il touche la béance du corps du Christ, Thomas est lui-même « recousu » par une parole de foi. Il reconnaît que ce Christ, qui porte en lui le trou de la mort, est le centre de tout.

Thomas est en ce sens notre jumeau, parce qu’il nous montre que la foi n’est pas un sentiment confortable. Croire, c’est accepter de mettre sa main dans le trou du monde, dans la souffrance des autres, dans l’absence apparente de Dieu, et d’y trouver, non pas le néant, mais une présence qui nous appelle par notre nom. Il cesse d’être le jumeau de son propre doute pour devenir le jumeau du Christ dans sa nudité radicale.

 

Jésus dit ensuite à Thomas : « Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ». Ce n’est pas un reproche, c’est une ouverture pour nous. Nous n’avons pas le corps physique de Jésus à voir, mais nous avons ses « plaies » dans le monde à toucher : les pauvres, les souffrants, les déchirures de nos propres vies.

À la suite de Didyme, n’ayons pas peur de la béance. N’ayons pas peur des questions qui font des trous dans nos certitudes. C’est précisément là, dans la faille, dans la cicatrice, que le Ressuscité nous attend pour nous faire passer du mirage de nos désirs à la vérité de son Amour.

 

3. Toucher le Ressuscité aujourd’hui

Pour les Pères de l’Église, le Corps du Christ s’est étendu à l’humanité entière (le Corps Mystique). Toucher le Ressuscité aujourd’hui, c’est accepter que la divinité ne se cache pas dans une idée éthérée, mais dans la matérialité de la souffrance humaine.

Ini-241_Resurrection-Isenheim-e1585655815478 plaie dans Communauté spirituelleC’est le geste de celui qui soigne, qui embrasse le lépreux (comme saint François) ou qui serre la main d’un exclu.

Comme Thomas, on y découvre que Dieu n’est pas « au-dessus » des plaies, mais dans les plaies. Le sacré n’est pas dans le propre et le lisse, mais dans la chair ouverte.

L’enjeu est également pour nous de faire l’expérience de la « Rencontre Réelle » du Ressuscité.

Toucher le Christ, c’est sortir du fantasme. Nous avons tous une image de « Dieu » (le bon grand-père, le juge sévère, l’énergie cosmique etc.). Ce sont des constructions de notre Imaginaire.

Heureusement, vient le moment où la vie nous confronte à quelque chose qui nous dépasse totalement (un deuil, une joie immense, un sacrifice inexpliqué…).

Toucher le Christ, c’est accepter que la vérité soit une « effraction ». C’est quand le divin cesse d’être une théorie pour devenir une présence qui nous bouscule. C’est toucher ce qui, en nous, est « plus que nous ».

 

Ce toucher a aussi une dimension liturgique et sacramentelle. L’Église a institué des signes sensibles pour que le besoin de Thomas soit honoré de génération en génération.

Ainsi l’Eucharistie est le lieu par excellence du « Didyme ». On voit du pain (l’humain, le fini), mais on confesse Dieu. Le geste de communier est l’héritier direct de la main de Thomas.

De même pour les Écritures : Saint Jérôme disait qu’ « ignorer les Écritures, c’est ignorer le  Christ ». Lire l’Évangile, c’est toucher la « trace » du passage du Ressuscité dans l’histoire.

 

Toucher le Christ aujourd’hui, c’est refuser de vivre une foi « hors-sol ». C’est chercher Dieu là où il y a des marques de clous : dans les échecs transformés en espérance, dans les blessures qui deviennent des sources de lumière, et dans la chair de nos frères.

 

Aujourd’hui encore, en 2026, nous sommes appelés à mettre notre main dans les plaies du Christ. Mais comment ? Où se cache ce corps que l’on peut toucher ?

 

Toucher le Christ aujourd’hui, c’est d’abord refuser une foi désincarnée, car le Christ n’est pas un fantôme. Notre monde moderne nous pousse vers le virtuel, vers l’image, vers le « reflet » plus que vers le réel. Nous consommons de la spiritualité comme nous consommons des écrans : de loin, sans risque, sans contact. Or, la foi chrétienne est une religion du contact. Le Christ ne nous a pas sauvés par un décret céleste envoyé depuis un nuage ; il nous a sauvés en prenant un corps, en transpirant, en saignant, et en gardant la trace de ses blessures jusque dans sa gloire.

Toucher le Christ aujourd’hui, c’est donc sortir de nos pensées abstraites sur Dieu pour aller à la rencontre de la matière. C’est comprendre que Dieu se donne à voir non pas dans des idées pures, mais dans ce que la vie a de plus concret, et parfois de plus rugueux.

 

Si vous demandez : « Où est le côté ouvert du Christ pour que j’y mette ma main ? », la réponse de l’Église est sans équivoque : les plaies du Christ sont aujourd’hui les plaies de l’humanité.

Aujourd’hui, nous touchons l’homme souffrant et, si nous avons la foi de Didyme, nous y découvrons Dieu. Les plaies du Christ sont dans la chair de nos frères et sœurs.

 

 ThomasToucher le Christ, c’est alors poser une main sur l’épaule de celui qui est seul. C’est ne pas détourner le regard devant la plaie de la pauvreté ou la cicatrice de l’exil. C’est accepter que le « Réel » de Dieu passe par le corps de l’autre.

Quand nous servons le plus petit d’entre nous, nous ne faisons pas seulement de l’action sociale. Nous sommes des « Thomas » modernes. Nous touchons la chair de Dieu. C’est là que le doute se dissipe : non pas dans les livres de théologie, mais dans le geste de charité qui nous fait sortir de nous-même.

 

Mais il y a une autre plaie à toucher : la nôtre. Nous passons notre temps à vouloir être lisses, performants, sans défaut. Nous cachons nos blessures sous des filtres de bonheur superficiel. Pourtant, Thomas ne touche pas le visage glorieux du Christ, il touche ses failles.

Toucher le Christ aujourd’hui, c’est accepter d’entrer dans nos propres zones d’ombre, dans nos propres échecs, et d’y découvrir que le Ressuscité y habite déjà. C’est dans la « béance », dans le manque, que la vérité advient. 

Si vous vous sentez brisés, ne fuyez pas votre brisure. C’est le lieu même où le Christ Jumeau vient joindre sa main à la vôtre. Le Christ ne nous attend pas là où nous sommes parfaits, il nous attend là où nous sommes blessés, car c’est là qu’il nous ressemble. C’est là que nous devenons vraiment ses « Didymes », ses jumeaux de douleur et de résurrection.

 

Enfin, le Christ a laissé à son Église des points de contact concrets : les Sacrements. Quand nous recevons l’Eucharistie, nous faisons plus que Thomas. Il a posé son doigt sur la plaie, nous, nous recevons ce Corps en nous. C’est le « toucher » le plus intime qui soit. Le pain et le vin sont le Réel de Dieu qui vient percuter notre quotidien. C’est là que nous pouvons murmurer, chaque dimanche : « Mon Seigneur et mon Dieu ».

 

Thomas n’a pas été « puni » pour avoir voulu toucher. Il a été exaucé. Aujourd’hui, ne restons pas au seuil de la porte par peur ou par fausse pudeur. Le Christ nous montre ses mains et son côté. Il nous invite à sortir de l’imaginaire de nos peurs pour entrer dans le Réel de son amour.

Sortons d’ici avec cette mission : être des disciples du toucher. Allons panser les plaies du monde, laissons le Christ panser les nôtres, et croyons fermement que c’est dans les béances de notre chair que la Vie Éternelle a déjà commencé à palpiter.

À la suite de Thomas, redevenons les jumeaux du Christ : humains par nos blessures, mais divins par notre capacité à aimer et à être relevés.

 

Seigneur Jésus, Toi qui n’as pas écarté la main hésitante de Thomas, 

Mais qui l’as invitée à demeurer dans l’ouverture de ton côté, 

Nous te rendons grâce pour ce « jumeau » que tu nous as donné.

 

1303-05-Giotto-Crucifixion-Chapelle-de-lArena-Padoue-detail-photo-Steven-Zucker toucherMerci, Seigneur, 

Pour la patience que tu as envers nos doutes. 

Tu ne nous demandes pas une foi aveugle qui ignore la douleur, 

Mais une foi qui accepte de toucher les plaies et les cicatrices du monde 

Pour y reconnaître ton passage.

 

Seigneur, nous te confions nos mains. 

Qu’elles ne craignent pas de se salir au contact de la souffrance. 

Qu’elles deviennent, comme celles de Didyme, des instruments de vérité. 

Apprends-nous à toucher tes plaies aujourd’hui : 

Dans le corps de celui qui a faim, 

Dans le regard de celui qui est humilié, 

Et dans le silence de nos propres échecs.

 

Merci pour la gémellité que Tu nous offres. 

En touchant tes blessures, Thomas a découvert qu’il te ressemblait. 

Fais-nous la grâce de comprendre que nos failles ne sont pas des murs, 

Mais des portes ouvertes sur ta propre vie.

Que notre confession de foi ne soit pas seulement faite de mots, 

Mais qu’elle jaillisse de la rencontre réelle avec ta chair ressuscitée. 

Qu’à chaque Eucharistie, en te recevant, 

Nous puissions dire avec le tremblement de la joie : 

« Mon Seigneur et mon Dieu ! »

____________________________________

[1]. En araméen : Te’oma (Thomas), en grec : Didymos (Didyme). Les deux termes signifient exactement la même chose : le jumeau.
Mais de qui Thomas est-il le jumeau ?…

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun » (Ac 2, 42-47)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Les frères étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte de Dieu était dans tous les cœurs à la vue des nombreux prodiges et signes accomplis par les Apôtres.Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun.
Chaque jour, d’un même cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple, ils rompaient le pain dans les maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité de cœur ; ils louaient Dieu et avaient la faveur du peuple tout entier. Chaque jour, le Seigneur leur adjoignait ceux qui allaient être sauvés.

PSAUME

(Ps 117 (118), 2-4, 13-15b, 22-24)
R/ Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour !ou : Alléluia ! (Ps 117, 1)

 

Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !
Que le dise la maison d’Aaron :
Éternel est son amour !

 

Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur :
Éternel est son amour !
On m’a poussé, bousculé pour m’abattre ;
mais le Seigneur m’a défendu.

 

Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ;
il est pour moi le salut.
Clameurs de joie et de victoire
sous les tentes des justes.

 

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle ;
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

 

Voici le jour que fit le Seigneur,
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !

 

DEUXIÈME LECTURE
« Il nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts » (1 P 1, 3-9)

 

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne connaîtra ni corruption, ni souillure, ni flétrissure. Cet héritage vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi, pour un salut prêt à se révéler dans les derniers temps. Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or – cet or voué à disparaître et pourtant vérifié par le feu –, afin que votre foi reçoive louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ. Lui, vous l’aimez sans l’avoir vu ; en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi, vous exultez d’une joie inexprimable et remplie de gloire, car vous allez obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de votre foi.

 

ÉVANGILE
« Huit jours plus tard, Jésus vient » (Jn 20, 19-31)
Alléluia. Alléluia. Thomas, parce que tu m’as vu, tu crois, dit le Seigneur. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! Alléluia. (Jn 20, 29)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.
Patrick BRAUD

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4 avril 2026

Pâque, une fête azyme

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 30 min

Pâque, une fête azyme

 

Homélie pour le Dimanche de Pâques / Année A 

05/04/26 


Cf. également :
Le kintsugi pascal

La danse pascale du labyrinthe
Conjuguer Pâques au passif
Pâques : le Jour du Seigneur, le Seigneur des jours
Pâques : les 4 nuits
Pâques : Courir plus vite que Pierre
Comment annoncer l’espérance de Pâques ?
Trois raisons de fêter Pâques
Le courage pascal
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Faut-il shabbatiser le Dimanche ?
La Madeleine de Pâques
Pâques n’est décidément pas une fête sucrée
Incroyable !

 

À la recherche du Hametz !

Nous sommes habitués à célébrer Pâque comme la source de notre libération de toute mort, dans la droite ligne de Pessah, la fête juive qui commémore la sortie d’Égypte et de l’esclavage. Nos hosties plates et blanches sont le rappel de cette dimension historique incontournable : YHWH a libéré les Hébreux du jour au lendemain, si bien que dans leur fuite en toute hâte les anciens esclaves n’eurent pas le temps de faire lever la pâte avant de cuire le pain. Le pain azyme (sans levain) ou matsa est devenue depuis le symbole du repas pascal. Jésus se désigne lui-même comme le pain de vie, le pain rompu pour un monde nouveau ; et ce pain est azyme, c’est-à-dire don gratuit, immérité et si soudain qu’il nous prend au dépourvu.

 

Bedikat HametsMais voilà qu’avec une des deux lectures au choix de ce dimanche de Pâques, Paul nous oriente vers une deuxième interprétation tout aussi existentielle pour nous aujourd’hui : « ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ? Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ. Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité » (1Co 5,6-8).


Impossible de trouver plus juif que Paul, pharisien d’excellence, élève de Gamaliel – l’ENA juive de l’époque ! –. Il se souvient qu’enfant il a accompagné son père pour débusquer, à la lueur d’une bougie, les miettes de pain levé restant dans la maison familiale, la veille de Pessah. Ce n’était pas un simple ménage de printemps, comme la coutume populaire l’a sécularisé ensuite. C’était la traque du Hametz, ce levain qui est en réalité une moisissure, des champignons microscopiques qui fermentent et font lever la pâte. 

Ce levain est le symbole de ce qui dans nos vies pourrit sur place, ce qui gonfle. Le rite de la recherche du levain corrompu (Hag HaMatzot) est une condition pour fêter Pessah. 

 

Quel est donc le vieux levain qui nous habite encore ? Qu’est-ce qui nous fait gonfler d’orgueil ? Qu’est-ce qui nous rend bouffis de certitudes ? Qu’est-ce qui fait fermenter en nous l’amertume, la jalousie, les vieilles rancunes ? Qu’est-ce qui, comme le levain, prend beaucoup de place dans nos vies alors que ce n’est finalement que du vent ? Et pire encore : de quelle corruption sommes-nous encore les esclaves ? Les procès politiques en tous genres et de tous bords étalent dans les médias la corruption qui gangrène l’exercice du pouvoir : des puissants se compromettent avec des islamistes, des industriels acceptent des pots-de-vin, des intellectuels ferment les yeux pour obtenir médailles et nominations, des artistes se laissent instrumentaliser par des intérêts inavouables etc. Il n’y a pas que la drogue ou l’argent pour corrompre la société ! Chacun de nous a en lui quelques miettes – sinon plus ! – de ce levain qui le corrompt aussi sûrement que la corrosion de la rouille dévore l’acier le plus brillant.

 

Ne croyez pas que seuls les puissants seront corrompus ! D’ailleurs, dans la tradition juive de Hag HaMatzot, on dépose parfois volontairement 10 petits morceaux de pain (10 comme le décalogue, 10 comme un miniane) dans la maison pour être sûr que la recherche ne soit pas vaine. Spirituellement, cela nous rappelle que personne n’est totalement exempt de corruption à extirper de son cœur…

 

Pâque, une fête azyme dans Communauté spirituelle bedikat-chametzAutre détail symbolique : on utilise habituellement une plume et une cuillère en bois pour ramasser les morceaux sans les toucher (car ils sont impurs). La plume et sa douceur renvoie à la miséricorde divine. Elle symbolise ainsi la pédagogie de YHWH qui utilise des médiations pour recueillir notre misère avec une infinie délicatesse, sans nous briser brutalement. La cuillère renvoie à l’art de se nourrir : ce qui servait autrefois à se nourrir (le vieux pain, les esclavages anciens) est désormais mis de côté pour fêter Pâques. La cuillère est en outre un réceptacle intermédiaire : elle permet d’extraire le mal sans se souiller soi-même, sans le toucher. Et elle est en bois : elle ne conduit pas la chaleur (contrairement au métal). Elle est l’image de la protection que YHWH accorde à son peuple pour qu’il ne soit pas contaminé par la corruption qu’il doit affronter.

 

À la fin du rituel de Hag HaMatzot, la plume, la cuillère et les miettes récoltées sont enveloppées dans un linge blanc, puis brûlées ensemble le lendemain matin. La cuillère devient le support du sacrifice. Elle accompagne le levain jusqu’à sa destruction totale. C’est l’image de la mort à soi-même. Comme la cuillère qui disparaît dans les flammes avec le levain qu’elle a porté, nous sommes appelés à laisser brûler tout ce qui, en nous, servait l’orgueil, pour renaître « azymes ».

 

 azyme dans Communauté spirituelleLa relecture chrétienne opérée par Paul est facile à suivre : pour fêter Pâques, nous devons traquer toute trace du vieux levain de la corruption dans nos vies. La lumière de la bougie qui nous permet de les repérer est l’éclairage de Parole de Dieu pour discerner ce qui « pourrit » en nous. La plume est la promesse de l’infinie douceur de la miséricorde de Dieu pour ôter ces impuretés. La cuillère en bois est l’annonce du bois de la croix qui nous sauve du péché en ne permettant pas qu’il nous contamine. C’est le bois du gibet sur lequel Jésus se sacrifie pour consumer nos iniquités. Le linge blanc où brûlent les miettes, la plume et la cuillère est le vêtement blanc des baptisés qui les enveloppe du feu de l’Esprit pour les faire mourir à leur ancienne vie, etc… 

 

« Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté » : quand Paul nous appelle à faire disparaître toute trace du levain corrompu en nous, il transpose en Christ les gestes et les paroles et les prières de son père traquant les miettes moisies disséminées dans la maison familiale.…

 

Dernier détail enfin : après la recherche, on prononce une formule juridique déclarant que tout levain possédé inconsciemment est « nul et non avenu, comme la poussière de la terre ». Comme il est physiquement impossible de nettoyer la maison à 100 %, cette déclaration permet de dédouaner la famille en affirmant qu’elle avait l’intention de tout nettoyer, même si elle n’a pas pu y arriver intégralement. C’est le signe que nul ne peut voir clairement ni totalement tout le mal qui l’habite. Seul YHWH sonde les reins et les cœurs. On lui fait alors confiance pour poursuivre la traque du Hametz en nous, et éliminer ce qui a échappé à notre vigilance, à notre discernement.

Il en reste une trace dans l’ancienne formule de l’acte d’accusation de la confession catholique : « Je  m’accuse encore de tous les péchés que j’ai pu oublier, et de tous ceux de ma vie passée. J’en demande pardon à Dieu, et à vous, mon Père, pénitence et absolution, si vous m’en jugez digne ». La signification demeure : nul ne peut être sûr d’avoir débusqué et éliminé toutes les miettes de corruption qui lui pourrissent  la vie. Faire confiance à la clairvoyance de Dieu sur nous est un bon moyen d’éviter les scrupules et l’obsession pathologique de l’impureté…

 

Devenir des femmes et des hommes azymes

Paul ne se contente pas de nous appeler à éliminer le vieux levain : il nous promet qu’après Pâque, nous serons « une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque », le pain azyme. Il se souvient sans doute que la fête des azymes commence pour les juifs le 15 du mois de Nizan et dure sept jours. C’est l’origine de notre octave pascale : nous fêtons les sept jours suivants Pâque comme si c’était encore Pâque ! Ainsi Pâque dure 8 jours, symbole de la nouvelle création inaugurée en Jésus ressuscité le huitième jour de la semaine !

 

matzo-bread-resized2__OH painUne fois enlevé le levain de la corruption, il reste la matsa, le pain azyme. Un pain humble, pauvre, sans artifice. Un pain qui ne triche pas. Voilà ce que Pâque fait de nous : des azymes ! 

Pendant toute la semaine de la fête des azymes, la consommation de levain est strictement interdite : c’est l’image de la vie nouvelle des baptisés de Pâque, dans la simplicité et la vérité. 

La semaine pascale est azyme, comme doit l’être la vie chrétienne tout entière. Nous pouvons désormais vivre toute notre vie comme une fête des azymes, sans levain de méchanceté ni d’orgueil, libres de toute compromission ou corruption. Pessah (la sortie d’Égypte) est l’événement de notre libération soudaine, imprévue, gracieuse ; Hag HaMatzot (la fête des pains azymes) est notre mode de vie qui en découle, dans la durée. Notre libération comporte ces deux dimensions : l’événement et la durée ; le ponctuel et le rituel ; la singularité et le maintien dans le temps. 

« Le chien retourne à son vomi » constatait hélas la sagesse biblique (Pr 26,11 ; 2P 2,22) avec amertume. Parmi les baptisés de Pâque, il ne doit pas en être ainsi.

Puissions-nous persévérer dans notre nouvelle nature pascale, sans retourner à nos vieux levains !

 

Persévérons dans la prière, afin de nourrir en nous le feu reçu en cette nuit pascale :

 

Seigneur Jésus, Toi, le pain de misère devenu Pain de vie, 

En ce matin de Pâques, 

Tu te tiens au seuil de notre demeure. 

Comme le père de famille scrutant les ténèbres, 

Viens parcourir avec nous les recoins de notre cœur.

 

Prends la bougie de Ta Parole, Seigneur, 

Et éclaire en nous ce qui est encore « vieux levain ». 

Débusque ces miettes d’orgueil qui nous font gonfler, 

Ces fermentations d’amertume qui corrompent notre joie, 

Et ces vieilles habitudes de servitude que nous avons du mal à quitter.

 

Présente la cuiller faite du bois de Ta Croix, Seigneur, 

Pour recueillir avec patience tout ce qui nous sépare de Toi. 

Jesus-pain-de-vie-825x510-1 PâqueQue ce bois humble, instrument de Ta Passion, 

Devienne le réceptacle de nos pauvretés. 

Apprends-nous à déposer dans Ta main, sans crainte et sans détour, 

Ce qui nous semble hier encore nécessaire, mais qui entrave aujourd’hui notre marche vers la Vie.

 

Utilise la plume de Ta Miséricorde, Seigneur, 

Pour ramasser avec douceur nos fautes et nos hypocrisies. 

Ne nous laisse pas nous habituer à ce qui nous alourdit, 

Mais donne-nous le courage de l’abandon.

 

Brûle au feu de Ton Esprit, Seigneur, 

Tout ce qui appartient encore à « l’Égypte » de nos péchés. 

Que ce feu ne soit pas un jugement, mais une libération, 

Afin que disparaisse en nous tout ce qui fait obstacle à la fête.

 

Fais de nous, Seigneur, une « pâte nouvelle ». 

Donne-nous de devenir des hommes et des femmes « azymes », 

Vivant dans la transparence de la Pureté et la droiture de la Vérité. 

Que notre vie soit simple comme le pain de l’exode, 

Humble comme Ton Pain de Vie, 

Et légère comme le matin de Ta Résurrection.

 

Car toi, le Christ, notre Pâque, tu as été immolé pour nous ! 

À Toi, la gloire, la louange et la sainteté, 

Aujourd’hui, et pour les siècles des siècles !

 

MESSE DU JOUR DE PÂQUES


PREMIERE LECTURE
« Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 34a.37-43)


Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »


PSAUME
(Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23)
R/ Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! (Ps 117, 24)


Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !


Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
pour annoncer les actions du Seigneur.


La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.


DEUXIÈME LECTURE
« Recherchez les réalités d’en haut, là où est le Christ » (Col 3, 1-4)


Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens
Frères, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire.


OU AU CHOIX


DEUXIÈME LECTURE
« Purifiez-vous des vieux ferments, et vous serez une Pâque nouvelle » (1 Co 5, 6b-8)


Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ? Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ.
Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité.


SÉQUENCE
À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis ; le Christ innocent a réconcilié l’homme pécheur avec le Père.
La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.
« Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? »
« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Ressuscité.
J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée. »
Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, prends-nous tous en pitié ! Amen. 


ÉVANGILE
« Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)
Alléluia. Alléluia. Notre Pâque immolée, c’est le Christ ! Célébrons la Fête dans le Seigneur ! Alléluia. (cf. 1 Co 5, 7b-8a)


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick BRAUD

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2 avril 2026

Vendredi saint : la Passion où bat le chœur de Bach

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 20 h 00 min

Vendredi saint : la Passion où bat le chœur de Bach

 

Homélie pour le Vendredi Saint / Année A 

03/04/26 


Cf. également :

Vendredi Saint : Éveille-toi, ô toi qui dors ! 
Le Vendredi Saint du Serviteur souffrant
Le grand silence du Samedi Saint
Vendredi saint : les soldats, libres d’obéir
Vendredi Saint : la Passion musicale
Comme un agneau conduit à l’abattoir
Vendredi Saint : paroles de crucifié
Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ
Vendredi Saint : les morts oubliés
Vendredi Saint : la déréliction de Marie
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
Rameaux : la Passion hallucinée de Jérôme Bosch

 

Jean-Sébastien Bach a magnifiquement mis en musique le récit de la Passion selon saint Jean que nous venons d’écouter. Deux airs particulièrement dans cette œuvre de Bach peuvent nous aider à intérioriser le drame de ce Vendredi Saint.

 

1. Es ist vollbracht ! : Tout est accompli !

Juste après la dernière parole du Christ en croix : « Tout est accompli » (Jn 19,30), cet air bouleversant est comme suspendu dans le temps, bouche bée de douleur devant la mort de Jésus. L’air est confié à une voix d’alto, souvent associée à l’intériorité, la compassion, la gravité, la déploration. Cette voix est accompagnée d’une viole de gambe (ancêtre du violoncelle) et du luth, instruments du passé signifiant que quelque chose s’achève réellement, qu’une époque est révolue. Avec cet aria, une page se tourne :

 

 

 

A

 

Es ist vollbracht !

O Trost vor die gekränkten Seelen!

Die Trauernacht

Läßt nun die letzte Stunde zählen.

 

 

Tout est accompli !
Ô consolation pour les âmes affligées !
C’est la nuit du deuil

Où commence le décompte de la dernière heure

 

 

B

 

Der Held aus Juda siegt 

mit Macht

Und schließt den Kampf.

 

 

Le héros issu de Juda triomphe avec puissance,

et clôt le combat.

 

A’

 

Es ist vollbracht…

 

 

Tout est accompli…

  

Sa structure est ternaire : une première section (A) en tonalité mineure descend lentement au plus bas, avec un long silence pesant entre les phrases. C’est une figure descendante (catabase) qui souligne le dernier souffle, mimant l’affaissement du corps du Christ sur la croix.

La section centrale (B) est plus martiale : « le héros de Judas triomphe avec puissance », en majeur. Avec cette rupture brutale, Bach proclame la victoire jaillie du cœur même de la mort. L’accomplissement (des Écritures) annonce déjà l’issue pascale.

La troisième section (A’) revient au thème premier, mais cette reprise n’est pas à l’identique : elle est plus dépouillée, plus sereine. L’espérance a traversé la nuit, sans la supprimer, et descend doucement vers le silence humble et caché, dans un dépouillement extrême.


Avec cet aria solitaire, presque à nu, Bach nous confie que mourir c’est consentir à être seul devant Dieu : pas de chœur, pas de communauté encore (ce sera pour le chœur suivant), seulement la conscience qui s’abandonne, en espérant sans comprendre.


Cette parole est chantée lentement, presque immobile. Rien de spectaculaire. Rien d’héroïque au sens humain. Comme si la musique nous apprenait ceci : mourir, ce n’est pas réussir une dernière fois, mourir, c’est consentir. Consentir à ce qui a été donné. Consentir à ce qui a été vécu. Consentir à ce qui ne sera pas achevé par nous. La mort chrétienne, nous dit Bach, n’est pas d’abord un événement biologique, mais un acte intérieur. Un acte de fidélité.

Il n’y a pas encore de chœur. Pas encore de communauté. Parce qu’au moment de mourir, chacun se tient seul devant Dieu. Mais ce n’est pas une solitude vide. C’est une solitude habitée. Bach proclame ainsi que la mort chrétienne n’est pas une disparition dans le néant, mais un face-à-face.

 

2. Ruht wohl : Repose en paix

C’est le chœur ultime de la Passion de Bach : « repose en paix ». Avec une connotation de plénitude (« wohl »), qui rappelle la plénitude de l’accomplissement (« vollbracht »).  

Si l’air précédent est celui de l’agonie victorieuse, ce chœur est celui de l’apaisement total, fonctionnant comme une berceuse funèbre pour le Christ mis au tombeau. Bach choisit une mesure de 3/4, proche d’une danse comme la sarabande ou le menuet lent. Cette rythmique ternaire insuffle un mouvement de balancement doux, évoquant le repos plutôt que l’effondrement. Comme c’est un chœur qui le chante (et non une soliste comme l’alto précédemment), on peut y voir la figure de l’Église prenant le corps du Christ mort entre ses bras pour le bercer de sa douleur et l’apaiser de son chant. Une pietà ecclésiale en quelque sorte, où la tonalité de mi bémol majeur ajoute apporte une paix consolatrice après les tensions en mineur. La fluidité des cordes nous enveloppe : les cordes et les flûtes jouent des croches régulières et souples, créant un linge  sonore qui semble envelopper le corps du Christ comme un linceul de soie. Le chœur chante souvent de manière homophonique (toutes les voix ensemble), ce qui donne une impression de solidité, de communauté et de sérénité.


Spirituellement, cet air ne célèbre pas la fin d’une vie, mais la sanctification du repos. Les « ossements sacrés » (heiligen Gebeine) ne sont pas vus comme des restes mortels, mais comme une relique précieuse. Le tombeau devient un lieu de paix qui « ne me fait plus peur ».

Dans la théologie luthérienne de Bach, la mort est souvent décrite comme un sommeil. En berçant le Christ, le fidèle se berce lui-même :

Le sacrifice est terminé.

La dette est payée.

Le croyant peut désormais envisager sa propre mort sans terreur, car le Christ a « ouvert le ciel » en passant par la tombe.

Il vit ainsi sa propre transition vers la résurrection

Bien que la Passion se termine techniquement ici (avant le choral final), la musique de « Ruht wohl » est déjà imprégnée de la lumière de Pâques. Ce n’est pas un adieu désespéré, mais un « au revoir » rempli d’une certitude tranquille.

 

Ruht wohl, ihr heiligen Gebeine,

Die ich nun weiter nicht beweine,

Ruht wohl 

und bringt auch mich zur Ruh !

Das Grab, so euch bestimmet ist

Und ferner keine Not umschließt,

Macht mir den Weg zum Himmel auf

Und schließt die Hölle zu.

Ruht wohl …

Reposez en paix ici, ossements sacrés,

Que désormais je ne pleurerai plus,

Reposez en paix 

et menez-moi aussi vers le repos !

Le tombeau qui vous est destiné

Et qui ne renferme plus aucune détresse,

M’ouvre le chemin du ciel

Et verrouille celui de l’enfer.

Reposez en paix

 

Bach nous enseigne ici quelque chose de fondamental : le chrétien ne meurt jamais seul.

Après l’acte intérieur si personnel de mourir, vient l’acte communautaire de confier : confier un corps, confier une vie, confier une histoire…

 

3. Mourir en chrétien

La Passion selon saint Jean ne s’achève pas par la résurrection proclamée, mais par une paix déposée.

Parce que l’espérance chrétienne ne commence pas par le bruit de la victoire, mais par la douceur du repos.

Et peut-être pouvons-nous, dès aujourd’hui, apprendre à vivre autrement, en apprenant déjà à mourir autrement : en accomplissant, en consentant, et en nous laissant confier…

« Tout est accompli » : mourir, c’est paraître seul face à Dieu, consentir à ce qui a été donné, consentir à ce qui a été vécu, consentir à ce qui ne sera pas achevé par nous.

« Ruht whol » : mourir, c’est consentir à se laisser porter par l’Église qui nous berce de son espérance…

Les deux airs de la Passion de Bach nous invitent à conjuguer ces deux attitudes spirituelles.

Mourir en chrétien comportera toujours le face-à-face seul avec Dieu et l’accompagnement par l’Église, la déploration et l’espérance, la nuit obscure et le repos paisible…

 

Que l’Esprit du Christ nous donne d’accomplir et de reposer à la manière du Christ, par lui, avec lui et en lui…

 

LECTURES

 

Première lecture
« C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé » (Is 52, 13 – 53, 12)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe
Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme. Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler.
Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ? Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.
Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira.
Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs.

 

Psaume
(30 (31), 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25)
R/ Ô Père, en tes mains je remets mon esprit.
 (cf. Lc 23, 46)

 

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ;
garde-moi d’être humilié pour toujours.
En tes mains je remets mon esprit ;
tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité.

 

Je suis la risée de mes adversaires
et même de mes voisins ;
je fais peur à mes amis,
s’ils me voient dans la rue, ils me fuient.

 

On m’ignore comme un mort oublié,
comme une chose qu’on jette.
J’entends les calomnies de la foule :
ils s’accordent pour m’ôter la vie.

 

Moi, je suis sûr de toi, Seigneur,
je dis : « Tu es mon Dieu ! »
Mes jours sont dans ta main : délivre-moi
des mains hostiles qui s’acharnent.

 

Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ;
sauve-moi par ton amour.
Soyez forts, prenez courage,
vous tous qui espérez le Seigneur !

 

Deuxième lecture
Il apprit l’obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel (He 4, 14-16 ; 5, 7-9)

 

Lecture de la lettre aux Hébreux
Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

 

Évangile
Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18, 1 – 19, 42)
Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur.
 Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom. Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. (cf. Ph 2, 8-9)

 

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean
Indications pour la lecture dialoguée : les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. En ce temps-là, après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples. Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. Judas, avec un détachement de soldats ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive à cet endroit. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes. Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils lui répondirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Il leur dit : X « C’est moi, je le suis. » L. Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre. Il leur demanda de nouveau : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils dirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Jésus répondit : X « Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis. Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. » L. Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. » Or Simon-Pierre avait une épée ; il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus. Jésus dit à Pierre : X « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? » L. Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs se saisirent de Jésus et le ligotèrent. Ils l’emmenèrent d’abord chez Hanne, beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. » Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre. Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre – sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. Cette jeune servante dit alors à Pierre : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? » L. Il répondit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Les serviteurs et les gardes se tenaient là ; comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer. Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit : X « Moi, j’ai parlé au monde ouvertement. J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n’ai jamais parlé en cachette. Pourquoi m’interroges-tu ? Ce que je leur ai dit, demande-le à ceux qui m’ont entendu. Eux savent ce que j’ai dit. » L. À ces mots, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : A. « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » L. Jésus lui répliqua : X « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » L. Hanne l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe. Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui dit : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples ? » L. Pierre le nia et dit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, insista : A. « Est-ce que moi, je ne t’ai pas vu dans le jardin avec lui ? » L. Encore une fois, Pierre le nia. Et aussitôt un coq chanta. Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au Prétoire. C’était le matin. Ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans le Prétoire, pour éviter une souillure et pouvoir manger l’agneau pascal. Pilate sortit donc à leur rencontre et demanda : A. « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » L. Ils lui répondirent : F. « S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre loi. » L. Les Juifs lui dirent : F. « Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort. » L. Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir. Alors Pilate rentra dans le Prétoire ; il appela Jésus et lui dit : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus lui demanda : X « Dis-tu cela de toi-même, Ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » L. Pilate répondit : A. « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » L. Jésus déclara : X « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » L. Pilate lui dit : A. « Alors, tu es roi ? » L. Jésus répondit : X « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » L. Pilate lui dit : A. « Qu’est-ce que la vérité ? » L. Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs, et il leur déclara : A. « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais, chez vous, c’est la coutume que je vous relâche quelqu’un pour la Pâque : voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Alors ils répliquèrent en criant : F. « Pas lui ! Mais Barabbas ! » L. Or ce Barabbas était un bandit. Alors Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé. Les soldats tressèrent avec des épines une couronne qu’ils lui posèrent sur la tête ; puis ils le revêtirent d’un manteau pourpre. Ils s’avançaient vers lui et ils disaient : F. « Salut à toi, roi des Juifs ! » L. Et ils le giflaient. Pilate, de nouveau, sortit dehors et leur dit : A. « Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d’épines et le manteau pourpre. Et Pilate leur déclara : A. « Voici l’homme. » L. Quand ils le virent, les grands prêtres et les gardes se mirent à crier : F. « Crucifie-le! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Ils lui répondirent : F. « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » L. Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans le Prétoire, et dit à Jésus : A. « D’où es-tu? » L. Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : A. « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher, et pouvoir de te crucifier ? » L. Jésus répondit : X « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi porte un péché plus grand. » L. Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais des Juifs se mirent à crier : F. « Si tu le relâches, tu n’es pas un ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » L. En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors; il le fit asseoir sur une estrade au lieu dit le Dallage – en hébreu : Gabbatha. C’était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure, environ midi. Pilate dit aux Juifs : A. « Voici votre roi. » L. Alors ils crièrent : F. « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » L. Pilate leur dit : A. « Vais-je crucifier votre roi ? » L. Les grands prêtres répondirent : F. « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » L. Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié. Ils se saisirent de Jésus. Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, parce que l’endroit où l’on avait crucifié Jésus était proche de la ville, et que c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : F. « N’écris pas : “Roi des Juifs” ; mais : “Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs.” » L. Pilate répondit : A. « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » L. Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : A. « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » L. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats. Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : X « Femme, voici ton fils. » L. Puis il dit au disciple : X « Voici ta mère. » L. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : X « J’ai soif. » L. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : X « Tout est accompli. » L. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. (Ici on fléchit le genou, et on s’arrête un instant.) Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé. Un autre passage de l’Écriture dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé. Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts. À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.
Patrick BRAUD

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