L'homelie du dimanche

16 juillet 2018

Il a détruit le mur de la haine

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Il a détruit le mur de la haine


Homélie pour le 16° dimanche du temps ordinaire / Année B
22/07/2018

Cf. également :

Medium is message
Du bon usage des leaders et du leadership
Des brebis, un berger, un loup
Le berger et la porte
La différence entre martyr et kamikaze ou djihadiste
Un manager nommé Jésus


Résultat de recherche d'images pour "mstislav rostropovitch mur de berlin"Vous souvenez-vous de la chute du mur de Berlin en 1989 ? De ces images incroyables où des jeunes gens abattaient à coups de pioche le symbole de la guerre froide ? Des familles d’Est et d’Ouest s’embrassant incrédules place de Magdebourg ? De Mitislav Rostropovitch venu poser son violoncelle au milieu des débris du mur pour jouer les sonates de Bach en hommage à la liberté retrouvée et au génie allemand enfin réunifié ?

C’est un peu de cette joie et beaucoup plus encore que Paul exulte en constatant que la résurrection du Christ a aboli toutes les séparations entre les hommes, au premier rang desquelles la distinction entre juifs et païens qui était alors comme un apartheid social opposant les uns et les autres :

C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix, et réconcilier avec Dieu les uns et les autres en un seul corps par le moyen de la croix ; en sa personne, il a tué la haine (2° lecture de ce dimanche : Ep 2, 13-18).

Paul sait de quoi il parle : pharisien, fils de pharisien, formé à la prestigieuse école de Gamaliel, il a autrefois théorisé la différence juifs / païens, et il a même usé de violence en son nom. En Christ ressuscité, ces murs de haine tombent. Plus besoin de circoncision pour mettre à part quelques-uns, car tous sont appelés. La marque spirituelle du baptême - discrète et invisible - prend le relais, car les baptisés ont pour mission de servir l’unité entre tous. Paul affirme que devant le monde nouveau de la résurrection affluant vers nous, les vieilles oppositions sociales ou même biologiques ne tiennent plus :

Il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus (Ga 3,28).

Nous n’avons pas encore tiré toutes les conséquences de cette destruction des murs de haine, entre croyants et incroyants, hommes et femmes, conditions sociales… L’Église catholique notamment a pu dans son histoire devenir complice des bâtisseurs de murs entre les peuples avec la colonisation en Afrique ou en Amérique latine, entre les sexes avec une dérive patriarcale omniprésente, entre conditions  sociales avec tant d’hésitation à promouvoir les laissés-pour-compte de la Révolution industrielle etc.

Jésus sur le mur Banque d'images - 10664885

En 1989, l’euphorie était telle qu’on pensait ne plus jamais revoir des murs par sur nos cartes de géographie (à part peut-être les restes historiques de la Grande Muraille de Chine, si symbolique elle aussi). Hélas, Donald Trump a inclus dans ses promesses électorales le projet fou d’un mur (plutôt des grillages en fait) entre le Mexique et les USA. Hélas, des kilomètres de béton vertical ont été construits par les Israéliens pour les ‘protéger’ des palestiniens. Hélas, on parle en France de construire un mur végétalisé à Calais pour séparer les migrants des zones d’embarquement etc.

Quand on totalise les longueurs de tous les murs construits entre les hommes ces  dernières années, on arrive à… la circonférence de la terre (65 murs construits et planifiés, soit 40.000 km de long). Oui, vous avez bien lu : c’est comme si un immense mur ceinturait désormais notre planète pour couper l’humanité en deux !

Carte des murs entre pays

Et ce n’est sans doute pas fini. Les pressions migratoires venant du sud sont si fortes que l’Europe va ériger d’autres frontières, terrestres maritimes, physiques  ou invisibles, pour essayer de limiter ces flux jugés inquiétants et dangereux pour l’identité et la cohésion des peuples européens.

Face à cet amer constat d’une planète se hérissant à nouveau de murs de haine en tous genres et en tous lieux, les chrétiens doivent revenir à l’expérience forte faite par Paul : communier au Christ ressuscité, c’est ne faire qu’un avec son Corps qui est l’humanité tout entière rassemblée en lui. Les haines s’appuyant sur les réelles difficultés de coexistence n’auront pas de prise sur eux. Les murs leur font horreur et ils deviendront acteurs de leur chute à nouveau. Les séparations sociales, idéologiques ou sexuelles leur apparaîtront injustes et inutiles.

Ce n’est pas un programme politique, c’est le fruit d’une expérience spirituelle.

Ce n’est pas une morale obligée, qui contraindrait par exemple les chrétiens à s’aligner sur les discours ‘droits-de-l’hommistes’ les plus clivants. Non, c’est la paisible et joyeuse découverte de Paul : la haine n’est plus possible depuis que  Christ est mort pour nous tous ; les murs sont inefficaces depuis que l’Esprit Saint a été répandu sur toute chair afin de former une seule famille humaine.

 

Histoire des murs par QuételPour les non-chrétiens, d’autres arguments devront être évoqués pour les convaincre d’abandonner ces absolutisations de nos différences.

Ainsi Elisabeth Vallet (politologue canadienne de l’université du Québec à Montréal ) identifie quatre principaux problèmes, paradoxes ou apories, causés par les murs :

· Les murs ne servent à rien car ils induisent des logiques de transgression. On a dénombré 150 tunnels sous la frontière mexicano-américaine. Les trafiquants contournent les murs et barrières par la mer avec des sous-marins ou par les airs avec des drones… Ces stratégies de contournement sont multiples, de plus en plus sophistiquées et dangereuses à mesure que les murs se renforcent.

· Les murs viennent fracturer une zone transfrontalière, donc déstructurer une économie locale.

· Alors que les passages de frontières pouvaient être pendulaires, saisonniers, temporaires – on pouvait revenir en arrière, retourner dans son pays d’origine, ces murs empêchent paradoxalement ceux qui les ont franchis de ressortir du pays où ils sont indésirables.

· Les murs « invitent les mafias à la table de la frontière ». On ne peut plus franchir un mur sans faire appel à des structures criminelles, et de plus en plus criminalisées. Une situation plus grave que le problème originel est ainsi créée.

Ce n’est pas donc seulement au nom de notre foi que nous pouvons appeler à détruire ces murs : notre raison nous y invite également.

 

Le mur de haine ne se construit pas qu’entre les peuples. Il peut séparer des proches à l’intérieur d’une même famille. Il peut s’alimenter de doctrines, libérales  ou syndicales, qui opposent des collègues au sein d’une entreprise. Il peut, brique par brique, monter à nouveau en plein cœur de chacun et l’enfermer dans ses  peurs ou ses difficultés relationnelles.

Roger Waters et les Pink Floyd chantaient dans les années 80 qu’il faut détruire ce mur où nous ne sommes qu’une brique parmi d’autres, impersonnelle et séparatrice. Le film The Wall a eu un énorme retentissement justement parce qu’il faisait appel à cette espérance d’un monde sans murs.

Unissons nos forces à celles de tous les hommes de bonne volonté pour faire tomber ces murs de haine se nourrissant de la peur et la nourrissant en retour.

 

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Je ramènerai le reste de mes brebis, je susciterai pour elles des pasteurs » (Jr 23, 1-6)

Lecture du livre du prophète Jérémie

Quel malheur pour vous, pasteurs ! Vous laissez périr et vous dispersez les brebis de mon pâturage – oracle du Seigneur ! C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël, contre les pasteurs qui conduisent mon peuple : Vous avez dispersé mes brebis, vous les avez chassées, et vous ne vous êtes pas occupés d’elles. Eh bien ! Je vais m’occuper de vous, à cause de la malice de vos actes – oracle du Seigneur. Puis, je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis de tous les pays où je les ai chassées. Je les ramènerai dans leur enclos, elles seront fécondes et se multiplieront. Je susciterai pour elles des pasteurs qui les conduiront ; elles ne seront plus apeurées ni effrayées, et aucune ne sera perdue – oracle du Seigneur.
 Voici venir des jours – oracle du Seigneur, où je susciterai pour David un Germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice. En ces jours-là, Juda sera sauvé, et Israël habitera en sécurité. Voici le nom qu’on lui donnera : « Le-Seigneur-est-notre-justice. »

Psaume
(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer. (cf. Ps 22, 1)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

Deuxième lecture
« Le Christ est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité » (Ep 2, 13-18)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, maintenant, dans le Christ Jésus, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du Christ. C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix, et réconcilier avec Dieu les uns et les autres en un seul corps par le moyen de la croix ; en sa personne, il a tué la haine. Il est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix pour vous qui étiez loin, la paix pour ceux qui étaient proches. Par lui, en effet, les uns et les autres, nous avons, dans un seul Esprit, accès auprès du Père.

Évangile

« Ils étaient comme des brebis sans berger » (Mc 6, 30-34) Alléluia. Alléluia.
Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ; moi, je les connais, et elles me suivent. Alléluia. (Jn 10, 27)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, après leur première mission, les Apôtres se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné. Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup comprirent leur intention. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux. En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement.
Patrick BRAUD

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9 juillet 2018

Deux par deux, sans rien pour la route

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Deux par deux, sans rien pour la route


Homélie pour le 15° dimanche du temps ordinaire / Année B
15/07/2018

Cf. également :

Le polythéisme des valeurs
Plus on possède, moins on est libre
Secouez la poussière de vos pieds
Medium is message
Briefer et débriefer à la manière du Christ


mormons.jpgVous avez sûrement déjà remarqué que les témoins de Jéhovah ou les mormons font toujours du porte-à-porte deux par deux, jamais seuls. Plus basiquement, vous avez remarqué également que les humains se mettent en couple pour affronter les aléas de la vie et assurer leur mission de parents. Notre Évangile de ce dimanche en fait une règle au cœur de la mission de l’Église : il les envoie deux par deux. Jamais seuls, sans surnombre non plus.

Pourquoi ce deux par deux est-il aussi structurant, et pas seulement en Église ? Car en entreprise également, il est sage et prudent de prévoir des binômes, ainsi que dans la responsabilité associative etc.

Essayons de lister quelques arguments en faveur de ce deux par deux.

 

Ne pas trop personnaliser

Deux par deux, sans rien pour la route dans Communauté spirituelle a701fce12694b65db2cea61ff4a18c2e_XLUne première raison de cet envoi deux par deux est sans doute d’éviter l’hyperpersonnalisation. La dérive de type ‘gourou’ n’est jamais loin pour qui est en première ligne de l’évangélisation. Bien des télévangélistes américains sont tombés dans ce piège, avec tous les excès financiers politiques ou sexuels qui l’accompagnent. La tentation du pouvoir solitaire guette toujours les papes, les évêques, les prêtres ou autres responsables lorsqu’ils n’ont pas de relations suivies de pair à pair. Ainsi saint Paul s’est toujours méfié de la puissance de son charisme personnel. Il prenait soin d’orienter les convertis vers le Christ et non vers lui-même. Même avec Barnabé en mission, on veut les adorer comme des dieux : il proteste énergiquement. Il rappelle sans cesse que nous portons un trésor dans des vases d’argile. L’argile c’est l’apôtre, le trésor c’est le Christ et son Évangile.

La formule deux par deux limite le risque d’hyperpersonnalisation qui aujourd’hui avec les médias est cent fois plus dangereux qu’aux premiers siècles.

 

S’entraider

Le coup de fatigue de l’un peut trouver un appui dans la persévérance de l’autre. Les difficultés rencontrées sont moins lourdes lorsqu’elles sont partagées. Une solution inédite viendra peut-être du débat entre les deux apôtres. Jésus sait que la mission n’est pas un long fleuve tranquille : en les envoyant deux par deux, il donne à chacun un compagnon, un soutien, un point d’appui dont l’aide sera précieuse.

Deux alpinistes encordés progressant sur une pente de neige, corde tendue

 

Valoriser les regards croisés (en stéréo !)

Nul n’est si intelligent qu’il puisse embrasser la totalité du réel à lui tout seul. Paul sans  Pierre aurait été trop excessif, Pierre sans Paul trop judéo-centré, et Rome est devenue la chaire de Pierre et Paul, pas d’un seul.

À deux, on a la possibilité de croiser les regards, les analyses. L’Évangile demande d’utiliser au moins deux yeux pour voir en relief et deux oreilles pour entendre en stéréo !

stereoscopie-art-de-la-vision-en-relief22 débrief dans Communauté spirituelle

 

Deux, car il y a urgence

 EgliseSi dépasser le 1 est nécessaire pour la qualité de la mission, pourquoi alors s’arrêter ici à 2 ? Pourquoi pas trois par trois comme les Pères blancs en Afrique ? Ou même plus (comme les moines bénédictins) ?

En fait, Jésus sait qu’il y a urgence et que ses ressources sont limitées. Urgence, car sa Passion approche et les disciples doivent dès maintenant s’exercer à l’annonce de l’Évangile sans lui. Ressources limitées, car ils ne sont que 12 autour de lui, avec les 72 comme deuxième cercle, et c’est tout. Optimiser l’impact de l’évangélisation tout en limitant l’effet des égos aboutit effectivement à cette stratégie du deux par deux. Davantage obligerait à restreindre le champ de l’annonce. Moins exposerait au risque gourou.

Le caractère d’urgence de la mission est fortement souligné dans le texte par le fameux passage ou Jésus préconise de secouer la poussière de ses sandales et de partir d’un lieu non réceptif plutôt que de gaspiller temps et énergie qui seront plus féconds ailleurs.

Nous avons un peu perdu ce sentiment d’urgence dans la mission. C’est dommage. Car cela nous demande de ne pas concentrer toutes nos forces au même endroit, de multiplier nos points d’impact par de petites unités simples et agiles, et d’aller là où l’Évangile est attendu.

 

Témoigner de l’amitié par l’amitié

111610Les messagers vont eux-mêmes incarner leur message. Ils témoignent d’un Dieu qui est dialogue, conversation, échanges et amitié (philia = amitié en grec est un des noms de l’amour). D’abord pour lui-même (c’est la Trinité). Puis avec l’humanité et chacun de nous. L’atmosphère de coopération, d’entente et de vrai partenariat amical qui règne entre les apôtres renvoient au mystère de communion du Dieu Trinité. Impossible d’en témoigner seul. Même les ermites sont reliés à une communauté monastique. C’est ce principe qui fera de l’Église « comme un sacrement » (Vatican II) de la communion opérée en Dieu : « voyez comme ils s’aiment ».

La première responsabilité des apôtres et de pratiquer entre eux l’amitié qui unit le Fils à son Père dans l’Esprit. C’est en même temps leur message.

 

Medium is message

Medium envoiCar vous avez sans doute été étonnés que Jésus ne leur donne pas de programme  d’évangélisation, pas de versets à réciter, pas de loi à apprendre par cœur ! Bizarrement, il semble ne pas avoir de contenu à cet envoi en mission.

C’est que l’Évangile consiste moins en des choses à apprendre qu’à des relations à vivre. Marshal Mac Luhan, théoricien des médias, écrivait fort justement en 1964 : « the medium is the message ». La manière dont nous annonçons l’Évangile est l’Évangile lui-même…

Témoigner de l’amitié divine demande de la pratiquer entre envoyés plus que d’en écrire de volumineux traités. Pendant trois siècles, les martyrs chrétiens annonceront l’Évangile avec leur sang : la façon dont ils s’aimaient à la veille de leur martyre, leur pardon à leurs bourreaux, leur joie et leurs chants au moment de mourir ont fait plus pour convertir l’empire romain que Constantin avec son Édit en 313.

Plus tard, l’expansion musulmane sera totalement différente : Mohamed se réclamera être le seul dépositaire de la révélation, il transmettra un texte auquel se soumettre, par la force si besoin. L’évangélisation chrétienne et la conquête musulmane sont radicalement différentes en leur essence (même si hélas les Églises l’ont souvent dénaturé après le III°  siècle). L’une se fait par le témoignage des apôtres, l’autre se fait à la pointe du sabre et des conquêtes militaires.

Annoncer l’Évangile, c’est d’abord le vivre entre nous.

Cela ne résout pas tous les conflits, inévitablement récurrents. Mais on voit dans les Actes des Apôtres comment les Douze et les Églises avec eux ont continué à pratiquer l’amitié divine : par le débat et le consensus (cf. le concile de Jérusalem, Actes 15), par le réalisme dans la composition des équipes (cf. Paul et Barnabé se séparant après en être presque venus aux mains dans leur dispute !), par des lettres, des visites, des collectes solidaires entre Églises etc.

Envoyer deux par deux est un signe fort de l’amitié incarnant l’Évangile.

 

Sans rien pour la route

Un autre signe fort de l’Évangile est la pauvreté des moyens utilisés.

Pas de caravane publicitaire, pas de location de stade à grands frais, pas de show  époustouflant, pas d’argent à distribuer pour acheter les cœurs… 

« Il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. ‘Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange’ ».

Mission des Douze 11.jpg

Là encore, la manière dont est annoncé l’Évangile fait partie du contenu de l’Évangile. Si Dieu est pauvre et désarmé en lui-même comme seul le concept de Trinité nous le révèle, ses disciples le seront également pour qu’ils témoignent de lui, et parce qu’ils vivent de sa vie, donc à sa manière, tout simplement.

« De l’or et de l’argent, je n’en ai pas. Mais ce que j’ai je te le donne : au nom de Jésus le Nazaréen, lève-toi et marche » : Pierre et André (à nouveau à deux) n’ont rien d’autre à donner à l’impotent de la Belle Porte du Temple que cette bonne nouvelle d’un Dieu remettant l’homme debout pour aimer, louer et servir.

Le concile Vatican II a retrouvé cette vision originelle de l’évangélisation en souhaitant une Église humble, servante et pauvre à l’image de Jésus de Nazareth. Que le pape François soit appelé ‘le pape des pauvres’ est un indice du renouveau profond de l’Église catholique. Bien du chemin reste à parcourir sur cette voie de simplicité fraternelle pour annoncer l’Évangile. Mais les bases sont posées par Jésus lui-même envoyant ses disciples deux par deux sans aucun arsenal missionnaire sinon l’amitié vécue.

 

Débriefer à deux

Jésus ne se contente pas d’envoyer, il est désireux de les entendre rendre compte au retour de leur mission. C’est le fameux débrief dont l’importance n’échappe à personne aujourd’hui, militaires et managers y compris. Or débriefer seul induirait un biais trop subjectif : qui sait si je ne travestis pas la réalité en la racontant avec mes mots, ma sensibilité, mes choix personnels etc. ? Débriefer à deux limite là encore le risque de mainmise d’un seul sur la mission exercée.

Chacun des deux aura ses nuances, ses mots propres, ses apports complémentaires ou même divergents. L’unanimité est une force, la capacité de ne pas appauvrir le réel en est une autre. Et la pluralité des approches garantit un meilleur respect de la réalité.

the debrief

La tumultueuse relation entre Pierre et Paul en est un bon exemple : Paul n’hésite pas à fustiger l’attitude de Pierre lorsqu’il le voit ne pas manger avec des païens convertis.  Pourtant il s’appuie sur lui comme une « colonne de l’Église » pour être initié à Jérusalem  pendant trois ans à son contact après le chemin de Damas.

Il faut donc qu’il y ait des analyses différentes, dès lors qu’on peut les croiser dans l’amitié et la recherche de ce qui est juste.

Vous devinez qu’en parlant de l’envoi deux par deux des disciples, nous parlions en même temps de l’envoi deux par deux des couples, des responsables économiques et politiques, des acteurs associatifs, de notre vie amicale, de quartier etc.

Transposez à chacun de ces domaines les points de repères évoqués et vous verrez que cette sagesse du deux par deux est terriblement actuelle !

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Va, tu seras prophète pour mon peuple » (Am 7, 12-15)

Lecture du livre du prophète Amos

En ces jours-là, Amazias, prêtre de Béthel, dit au prophète Amos : « Toi, le voyant, va-t’en d’ici, fuis au pays de Juda; c’est là-bas que tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète. Mais ici, à Béthel, arrête de prophétiser; car c’est un sanctuaire royal, un temple du royaume. » Amos répondit à Amazias : « Je n’étais pas prophète ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les sycomores. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël.’ »

Psaume

(Ps 84 (85), 9ab.10, 11-12, 13-14)
R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. (Ps 84, 8)

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui, 
et ses pas traceront le chemin.

Deuxième lecture
« Il nous a choisis dans le Christ avant la fondation du monde » (Ep 1,3-14)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous donne dans le Fils bien-aimé. En lui, par son sang, nous avons la rédemption, le pardon de nos fautes. C’est la richesse de la grâce que Dieu a fait déborder jusqu’à nous en toute sagesse et intelligence. Il nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ : pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre. En lui, nous sommes devenus le domaine particulier de Dieu, nous y avons été prédestinés selon le projet de celui qui réalise tout ce qu’il a décidé : il a voulu que nous vivions à la louange de sa gloire, nous qui avons d’avance espéré dans le Christ. En lui, vous aussi, après avoir écouté la parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et après y avoir cru, vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint. Et l’Esprit promis par Dieu est une première avance sur notre héritage, en vue de la rédemption que nous obtiendrons, à la louange de sa gloire.

Évangile

« Il commença à les envoyer » (Mc 6,7-13) Alléluia. Alléluia. Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur, pour que nous percevions l’espérance que donne son appel. Alléluia. (cf. Ep 1, 17-18)

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus appela les Douze ; alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Il leur donnait autorité sur les esprits impurs, et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. « Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. » Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. » Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.
Patrick BRAUD

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2 juillet 2018

Nul n’est prophète en son pays

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Nul n’est prophète en son pays

 

Homélie pour le 14° dimanche du temps ordinaire / Année B
08/07/2018

Cf. également :

Quelle est votre écharde dans la chair ?
Le Capaharnaüm de la mémoire : droit à l’oubli, devoir d’oubli
La grâce étonne ; c’est détonant !
Un nuage d’inconnaissance
La parresia, ou l’audace de la foi
Secouez la poussière de vos pieds


L’expression est devenue proverbiale en français, à partir de l’Évangile ce dimanche (Mc 6, 1-6) :

« - N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ?
Et ils étaient profondément choqués à son sujet. Jésus leur disait :
- Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. »

On en déduit un peu trop facilement et trop vite qu’il est fréquent de ne pas être reconnu par les siens. Or Jésus précise bien que c’est en tant que prophète que cette  reconnaissance est rarement accordée. On ne peut donc invoquer ce verset de l’Évangile pour légitimer d’être rejeté par sa famille ou son village. On ne peut pas non plus déduire de ce même rejet que nous serions prophètes ! Cela ne suffit pas : c’est parce qu’il est prophète que Jésus est incompris à Capharnaüm, sa ville. Être déconsidéré par ses proches ne suffit pas à faire quelqu’un prophète, et à lui donner raison.

C'est une expression qui peut laisser perplexe !

Prenez l’exemple de Daesh : les recruteurs islamistes pratiquent des méthodes qui ressemblent à celles des sectes, dont notamment la coupure d’avec la famille. Ils utilisent un discours du style : ‘plus tu te rapprocheras de Dieu, plus ta famille t’en voudra et te reprochera ta conduite religieuse. C’est normal, ne t’inquiète pas : il faudra accepter de t’éloigner de ta famille pour devenir soldat de Dieu’. Ce sont là des faux prophètes qui croient devenir des justes en reniant leurs proches sous prétexte qu’ils n’approuvent pas leur conversion ! Jésus n’a jamais prêché le mépris de la famille : il a voulu élargir les liens du sang et être lui-même le frère universel. Il est heureux que sa mère, avec des cousins et cousines (ses frères et sœurs comme l’écrit Marc dans la culture orientale de l’époque) le suivent dans son itinérance. Il est touché par la présence de Marie sa mère au pied de la croix, et fait en sorte qu’elle ne reste pas seule après sa mort. Il traite ses disciples comme sa famille sans pour autant disqualifier sa famille.

C’est donc la prophétie qui est mal reçue par les proches.

Mais qu’est-ce que être prophète ?
Ce n’est certes pas prédire l’avenir, contrairement aux idées reçues. Dans la Bible, être prophète, c’est selon l’étymologie porter la parole de Dieu devant le peuple, parler au peuple au nom de Dieu. Si le prophète révèle quelque chose, c’est bien plutôt le présent que le futur. À Capharnaüm par exemple, Jésus dans la synagogue annonce que la parole d’Isaïe s’accomplit au moment même où il parle : « aujourd’hui s’accomplit pour vous cette parole ». Car il est en personne le Messie promis depuis Moïse. En dévoilant le présent (le Messie est au milieu de vous) Jésus prophétise et c’est cette lecture du présent que ses voisins de Capharnaüm réfutent violemment, au nom de leur connaissance de sa famille :

D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient profondément choqués à son sujet.

Nul n'est prophète en son pays dans Communauté spirituelle synagogue4

De même, Jérémie devient prophète lorsqu’il révèle à ses concitoyens qu’ils s’éloignent de l’Alliance, et que cela aura des conséquences militaires désastreuses s’ils continuent. Du coup, Jérémie est arrêté, jeté dans une citerne vide, puis déporté. Daniel devient prophète lorsqu’il avertit le roi que son infidélité à l’Alliance le perdra. Le roi le prend très mal évidemment et le jette dans une fosse aux lions, d’où Daniel ressortira miraculeusement indemne. Dans notre première lecture (Ez 2, 2-5), Ézéchiel est envoyé vers Israël par l’Esprit de Dieu qui l’avertit :

« Fils d’homme, je t’envoie vers les fils d’Israël, vers une nation rebelle qui s’est révoltée contre moi. Jusqu’à ce jour, eux et leurs pères se sont soulevés contre moi. Les fils ont le visage dur, et le cœur obstiné ; c’est à eux que je t’envoie. Tu leur diras : ‘Ainsi parle le Seigneur Dieu…’ Alors, qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas – c’est une engeance de rebelles ! – ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux. »

Jésus sait d’expérience que la vérité fait mal et est souvent rejetée. Comme chantait Guy Béart : « le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté… »

Jésus pleure sur Jérusalem « qui lapide les prophètes ». Il constate que ceux qui croient le connaître parce qu’ils l’ont vu tout petit dans les ruelles de Capharnaüm et discuté avec son père à la sortie de la synagogue sont les premiers à douter de ses qualités de prophète. Ils doutent tellement qu’il ne peut pas faire de miracles en eux, car cela demande de faire confiance et d’adhérer à sa parole.

Heureusement, la parole du prophète est parfois acceptée. Ainsi David, lorsqu’il comprend que Nathan en lui parlant d’une vigne volée au pauvre Naboth parle en fait de la belle Bethsabée qu’il a volée à son général Uri, se repend, fait pénitence, et implore le pardon de Dieu. Nathan était prophète en révélant le vol, l’adultère et le meurtre commis par David. Cette fois-ci, le prophète sera reconnu dans son pays…

Heureusement, le prophète n’est pas qu’un prophète de malheur annonçant catastrophes et fins du monde ! Les prophètes portent la parole de Dieu qui est salut, paix, et réconciliation et promesse d’avenir. Ceux qui ne veulent pas entendre cette parole sont souvent ceux qui sont installés dans un confort qui leur va bien, dans une prospérité telle qu’ils n’espèrent rien d’autre. Ils n’aspirent à rien d’autre que de continuer ainsi. S’ils  entendaient réellement la promesse du prophète, ils accepteraient de prendre des risques pour le suivre, ils trouveraient le courage de quitter leur petit bonheur pour un bien plus grand…

Dire la vérité à ses proches est donc dangereux.
En entreprise, ce n’est pas ainsi qu’on franchit facilement les échelons hiérarchiques !
En famille, il faut choisir le bon moment et la bonne manière d’aborder certains sujets.
Entre relations sociales, il faut du courage pour ne pas rester superficiel.
Les avant-gardistes en musique, peinture ou toute forme d’art sont rarement appréciés par leurs contemporains.
Et en politique, les précurseurs ont souvent été obligés de s’exiler avant de pouvoir être reconnus par leur peuple.

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Notons d’ailleurs que dans l’Évangile de Marc, Jésus réagit au rejet de Capharnaüm en sortant de la ville pour annoncer l’Évangile dans les villages aux alentours, ailleurs : « Alors, Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant. »
Il secoue la poussière de ses pieds, en quelque sorte. La non-acceptation par nos proches nous pousse souvent à sortir de notre univers d’origine pour aller explorer d’autres univers [1]. Ainsi la grande persécution de la Terreur après la Révolution française a obligé bon nombre de congrégations religieuses à devenir missionnaires dans des pays lointains et inconnus. De même après la loi de séparation de l’Église de l’État, bon nombre de congrégations religieuses n’ayant plus les moyens de vivre en France ont découvert que d’autres peuples et d’autres cultures les attendaient ailleurs. On pourrait finalement parodier l’Exultet de la nuit de Pâques qui chante : « heureuse faute qui nous valut un tel Rédempteur », en chantant : « heureux rejet qui nous valut une telle ouverture ailleurs ! »

Notons encore que dans l’Évangile de Luc, Jésus réagit à ce rejet par une sérénité extraordinaire : « il allait son chemin au milieu d’eux ». C’est l’autre conclusion que peuvent en tirer les prophètes, quelque soit leur époque : continuer à annoncer la parole, avec sérénité, sans se troubler ni céder aux menaces, quel qu’en soit le prix. Nul doute que les grévistes de Solidarność à Gdansk dans les années soviétiques ont su puiser dans l’Évangile de quoi continuer leur combat sereinement. Qu’il en soit de même pour nos combats d’aujourd’hui !

La parresia, ou l'audace de la foi dans Communauté spirituelle

Le baptême fait de nous des prêtres, des prophètes et des rois. Cette dignité prophétique des baptisés nous charge d’annoncer la parole de Dieu à temps et à contretemps, pour aujourd’hui. Ne nous étonnons pas que cette annonce provoque rejets et résistances, et d’abord chez ceux qui nous entourent. Sans claquer la porte à notre tour, sans répondre au rejet par le rejet, continuons de porter la parole de Dieu, avec force et persuasion, avec l’assurance que le salut de Dieu est pour tous.

 


[1]. Avec un autre risque, celui d’être rejeté comme étranger. « Nul n’est prophète en son pays, mais qu’on veuille l’être à l’étranger on se fait appeler métèque. » (Mathias Lübeck)

 

Lectures de la messe
Première lecture
« C’est une engeance de rebelles ! Qu’ils sachent qu’il y a un prophète au milieu d’eux ! » (Ez 2, 2-5)

Lecture du livre du prophète Ézékiel

En ces jours-là, l’Esprit vint en moi et me fit tenir debout. J’écoutai celui qui me parlait. Il me dit : « Fils d’homme, je t’envoie vers les fils d’Israël, vers une nation rebelle qui s’est révoltée contre moi. Jusqu’à ce jour, eux et leurs pères se sont soulevés contre moi. Les fils ont le visage dur, et le cœur obstiné ; c’est à eux que je t’envoie. Tu leur diras : ‘Ainsi parle le Seigneur Dieu…’ Alors, qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas – c’est une engeance de rebelles ! – ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux. »

Psaume
(Ps 122 (123), 1-2ab, 2cdef, 3-4)
R/ Nos yeux, levés vers le Seigneur, attendent sa pitié. (cf. Ps 122, 2)

Vers toi j’ai les yeux levés,
vers toi qui es au ciel,
comme les yeux de l’esclave
vers la main de son maître.

Comme les yeux de la servante
vers la main de sa maîtresse, 
nos yeux, levés vers le Seigneur notre Dieu,
attendent sa pitié.

Pitié pour nous, Seigneur, pitié pour nous :
notre âme est rassasiée de mépris.
C’en est trop, nous sommes rassasiés du rire des satisfaits,
du mépris des orgueilleux !

Deuxième lecture
« Je mettrai ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure » (2 Co 12,7-10)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, les révélations que j’ai reçues sont tellement extraordinaires que, pour m’empêcher de me surestimer, j’ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour empêcher que je me surestime. Par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure. C’est pourquoi j’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort.

Évangile
« Un prophète n’est méprisé que dans son pays » (Mc 6, 1-6) Alléluia. Alléluia. L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Alléluia. (Lc 4, 18ac)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus se rendit dans son lieu d’origine, et ses disciples le suivirent. Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. De nombreux auditeurs, frappés d’étonnement, disaient : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient profondément choqués à son sujet. Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. » Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Et il s’étonna de leur manque de foi. Alors, Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant.
Patrick BRAUD

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25 juin 2018

Petite théologie du football

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Petite théologie du football


Homélie pour le 13° dimanche du temps ordinaire / Année B
01/07/2018

Cf. également :

La générosité de Dieu est la nôtre
Les matriochkas du 12
Coupe du monde de rugby : petit lexique à usage théologique
Petite théologie du rugby pour la Coupe du Monde


« Le football est un jeu très simple : 22 hommes courent après une balle pendant 90 mn, et à la fin ce sont les Allemands qui gagnent »
 : cette boutade de Gary Lineker (ancien international anglais) nous plonge d’emblée dans une atmosphère quasi-biblique pendant cette Coupe du Monde, avec cette notion de peuple élu que serait l’Allemagne (ou le Brésil) pour incarner le dieu football…

Puisque la coupe du monde de football bat son plein en Russie, essayons – comme nous l’avons fait pour le rugby – de reconsidérer quelques éléments de ce sport sous un éclairage philosophique et théologique.

Il y a d’abord tous les éléments communs aux sports en général. Et en premier lieu la ritualisation de la violence : plutôt que d’en venir aux mains entre bandes rivales, mieux vaut mettre en jeu la rivalité en la mettant en scène sur un terrain de manière régulée, régulière, et la ritualiser avec quelques-uns représentant tout le groupe. Le jeu de balle se pratique depuis environ 3000 ans, et on a des exemples célèbres où il a permis de désamorcer les conflits.
Petite théologie du football dans Communauté spirituellePar exemple au Mexique au XVI° siècle. Deux rois de la triple alliance aztèque Nezahualpilli (Roi de Texcoco) et Motecuzoma II (Roi de Tenochtitlan et empereur des aztèques) se sont livrés en 1519 un combat singulier : un partie de jeu de balle (jeu connu à Chichen Itza dans l’actuel Mexique depuis le VI° siècle av JC 
[1]). Le match-duel se termina par la victoire sans conteste du roi de Texcoco (pourtant moins puissant que l’empereur). Il fit passer la balle dans l’anneau scellé au mur, exploit suprême. L’empereur se retrouva contraint de céder au vœu de pacifisme du roi de Texcoco formulé avant le match en cas de victoire. Le récit du match se trouvait aussi bien dans les annales de Texcoco que de celle de Tenochtitlan.

Exorciser la violence en la ritualisant, en la codifiant, en la symbolisant est une fonction quasi religieuse. Les sacrements font-ils autrement autre chose dans la foi chrétienne que d’exorciser la mort par le baptême, la violence sacrificielle par l’eucharistie, la guerre des sexes par le mariage ?

Dans les sports collectifs il y a bien d’autres éléments qui relèvent du religieux.
On peut évoquer rapidement le désir de se dépasser, témoin de la transcendance qui habite en nous, la ferveur qui unit les supporters touche à la communion au sens le plus fort et le plus spirituel du terme (on sait que le sport est un opérateur de convivialité, autour d’un apéro entre le voisin, famille, amis ou d’un barbecue…). Les manifestations d’unité en 1998 en France lorsque nous avons été champions du monde sont encore dans toutes les mémoires. On peut évoquer encore l’apprentissage de l’échec et l’humilité qui en découle ; le rôle si important du juge arbitre, référence inconsciente au jugement dernier où chacun est sanctionné pour ses fautes et salué lorsqu’il atteint son but etc.

Essayons de repérer quelques éléments propres au football.

 

Une quasi-religion, plus populaire et universelle que les grandes religions

Le football parle à tous, mais avec prédilection aux plus pauvres. Il leur fait entendre une promesse de gloire, une fierté d’appartenance, une espérance de salut hors de la misère quotidienne. Comme avec la religion : ce qui fait dire au théologien protestant Paul Tillich que le football est une quasi-religion, populaire, mondiale. Par exemple, la Coupe du Monde de la FIFA 2014 a attiré plus de 3,2 milliards de téléspectateurs ; 1 milliard ont suivi tout ou partie de la finale selon les chiffres définitifs de la FIFA et de KantarSport… Quelle religion peut en dire autant ?

 

La main interdite
Curieuse, cette interdiction de toucher le ballon avec les mains !

argentine-1986-away-main-de-dieu-et-but-du-siecle coupe dans Communauté spirituelleC’est ce qui oblige chacun à déployer des trésors de virtuosité avec ses pieds, sa tête, ses genoux, sa poitrine. C’est comme si le rôle fondateur de l’interdit était discrètement rappelé, alors que jouer à la main est aussi désirable que le fruit de l’arbre de la Genèse ! Heureusement, Daniel Webb Ellis en 1823 transgressera cet interdit, et le rugby fera jouer tout le corps humain (mais avec d’autres interdits, comme l’en-avant ! Comme quoi on ne peut pas se passer d’interdit…).
Le gardien est le seul à être dispensé de cet interdit : joueur à part, situation unique dans les sports collectifs. Un peu comme les cohen (prêtres juifs) qui seuls avaient le droit de rentrer dans le parvis réservé et le sanctuaire. Le gardien est le seul à pouvoir mettre la main sur le ballon dans la surface de réparation. D’ailleurs, faire entrer la balle dans les filets adverses ne revient-il pas à prendre possession du Temple de Jérusalem comme le firent Nabuchodonosor et l’empire romain en leur temps ? Il s’agirait alors de déposséder le Dieu de l’autre de son prestige et de sa force.

 

La notion de réparation

shoot 2 goal ligue mondiale 2018 jeu de foot capture d'écran 2En Israël, il y avait des sacrifices d’animaux en guise de réparation d’une faute commise envers Dieu. En football, il y a une surface pour cela, dont le but tient lieu de Temple. Toute faute commise dans cet espace donne lieu à un penalty (pénalité en anglais) car sa gravité est proportionnelle à la proximité du lieu saint ! Le penalty est un peu le sacrifice de réparation après une grave entorse au règlement de la violence codifiée. La surface de réparation est le parvis symbolique où l’on sacrifie les animaux pour rétablir la paix avec Dieu.

 

 

Le génie individuel, ou le messianisme sécularisé

Un hat trick, ou coup du chapeau en françaisUn seul joueur peut renverser le cours d’un match. Le doublé d’un Antoine Griezmann, le coup du chapeau (triplé consécutif) d’un Christiano Ronaldo peuvent à eux seuls décider de l’issue incertaine d’un match. C’est comme si un seul individu, soudain revêtu de grâce (charisme en grec) et de talent, pouvait devenir le sauveur de son équipe, et finalement de son peuple. La nature même du sport et en particulier du football, où une carrière et une vie peuvent basculer grâce un but, semble propice au recours au sacré. Dans nul autre sport collectif le rôle de l’individuel n’est aussi décisif (sauf peut-être le basket-ball). Impossible par exemple pour un rugbyman de faire basculer à lui tout seul le score d’une partie. Même les buteurs fameux comme Wilkinson ont besoin que les autres joueurs poussent les autres à la faute pour pouvoir tranquillement enquiller pénalité sur pénalité. Et d’ailleurs justement, même ici, on retrouve les origines footballistiques du rugby, car ce sont des coups de pied arrêtés, et non des jeux de mains…

L’héroïsme qui distingue l’un des Onze d’une équipe de foot (les Douze moins Judas ?) comme le sauveur, le Messie de tous n’est pas loin du messianisme juif ou chrétien. Un seul homme, Jésus, peut en effet inverser le sort humain. Là où tous ont échoué depuis Adam, il a suffi que lui réussisse (par la croix) pour que tous deviennent vainqueurs en lui et grâce à lui. La concentration sur la figure d’un seul au milieu de tous a bien des affinités avec la mise à part du Christ comme seul sauveur, seul médiateur entre Dieu et les hommes (la fameuse main de Dieu de Maradona en est un exemple poussé à l’extrême !). Il y a donc quelque chose de christique dans la légende vivante qui entoure les héros du football, de Just Fontaine à Lionel Messi, en passant par Pelé et autres Zidane…

 

Un vecteur de l’identité nationale et de la communion entre les peuples

France 10 - T-shirt contrasté HommeÀ l’heure de la globalisation à tout-va, chanter l’hymne national (souvent guerrier) pour se démarquer de l’autre partie du stade qui chantera l’autre l’hymne national, c’est presque une provocation. Le thème de l’identité d’un peuple, renforcé par le drapeau, les couleurs du maillot (la Squadra azzura, les Bleus, les Oranges…) revient ici en force, incompressible, irrépressible. Seuls les nationaux jouent en coupe du monde : pas de mercenaires étrangers, pas d’équipe sans nation. Un pays riche comme le Qatar peut certes s’acheter des stars du ballon rond à coups de milliards pour les naturaliser ensuite, cela ne fait toujours pas une sélection nationale. Renforcer l’identité des participants tout en l’ouvrant à la différence, voilà une belle opération symbolique que le football réussit à merveille, quelquefois bien mieux que les religions établies.

 

Tout gamin de la rue a sa chance

Pelé - naissance d’une légendePelé est la figure de l’ascension sociale fulgurante que peut provoquer le football. Sans école ni formation préalable, un gamin de la rue qui sait d’instinct taper dans le ballon pourra peut-être avoir un avenir exceptionnel. Le football fait la promesse d’élever les humbles et d’offrir à leurs chances aux petits. Le Magnificat n’est pas loin ! Cette promesse n’est pas sans harmoniques évangéliques, même si l’Évangile la fait à tous et pas seulement à quelques vedettes. Reste que la possibilité d’inverser le cours d’une existence, autrement promise à la pauvreté, fait partie du pouvoir de séduction du football. Un peu comme le loto. L’espérance d’une vie meilleure est si fortement chevillée au corps que les pauvres admirent et adulent ceux qui réussissent grâce au football, en s’identifiant à eux. Or c’est également un rôle un des rôles sociaux de la religion que de promouvoir chaque membre de la communauté à une vie meilleure, sur tous les plans, même matériel. Les catholiques ont beaucoup pratiqué ce lien entre baptême et ascension sociale, notamment dans les pays de mission. Actuellement, dans les banlieues et les zones de pauvreté, ce sont plutôt les évangéliques qui relèvent ce défi toujours actuel.

 

La tentation superstitieuse

Plus que les autres sports, le football donne lieu à des manifestations publiques de religiosité étonnantes. Olivier Giroud, l’attaquant de l’équipe de France, s’est tatoué un psaume en latin sur le bras (« le Seigneur est mon Berger, je ne manque de rien »). Une foi affichée et assumée qui devrait engager aussi à l’extérieur des terrains de football…

 footballLe 6 juin 2016, le jeune brésilien Neymar, vainqueur de la ligue des champions avec le FC  Barcelone, revêt le bandeau « 100% Jésus » pour célébrer la victoire. Une inscription plus tard censurée par la FIFA dans une vidéo pour la cérémonie du ballon d’or. Après leur victoire en 2002, l’équipe brésilienne tout entière s’est agenouillée en cercle pour une prière collective intense. Quelques joueurs enlevaient leurs maillots pour laisser apparaître leur T-shirts où était écrit : « J’appartiens à Jésus » (« I belong to Jesus »). L’influence évangéliste sur ce genre de pratiques publiques est manifeste.

Le risque est grand d’utiliser Dieu pour la victoire. « Dieu avec nous » est hélas un vieux slogan que l’on peut trouver chez les meilleurs comme chez les pires. Instrumentaliser Dieu pour le succès a été le péché d’Israël : il croyait que Dieu sortait avec ses armées, et il a fallu une énorme défaite (1 Samuel 4) -  avec pourtant l’arche d’Alliance comme emblème – pour que le peuple redécouvre le commandement du Décalogue : « tu ne prononceras pas le Nom de ton Dieu en vain » (Dt 5,11). La superstition (ou la magie) consiste justement à invoquer des force invisibles pour expliquer ou favoriser le cours des évènements…

 

La tentation du divertissement

« Les hommes, ayant perdu le paradis, se mirent à courir après une balle. »

 rugbyCette citation attribuée à Blaise Pascal nous met sur la piste de l’utilisation du football comme divertissement, au sens pascalien du terme, c’est-à-dire quelque chose qui nous divertit, nous détourne de l’essentiel. Les pouvoirs publics utilisent le football et le sport comme force de légitimation (cf. Hitler et les jeux de Berlin, ou l’URSS et le dopage). Ils savent également que le peuple qui a la tête au football ne manifestera pas dans la rue, et oubliera ses problèmes le temps de la compétition et après. Les individus quant à eux vont chercher à s’étourdir dans l’euphorie des supporters, pour oublier leurs problèmes. Poutine en Russie ou Macron en France n’ont pas laissé passer cette occasion d’instrumentaliser la réussite de leur équipe nationale…

Cette vision pessimiste du plaisir des supporters est très puritaine ! Les catholiques préfèreront voir dans ce divertissement un jeu proprement humain, qui n’est pas sans rappeler le plaisir du jeu dont la Sagesse se délectait auprès du Créateur à l’origine du monde (Proverbes 8)…

 

La tentation du mercenaire

Le revers de cette médaille de réussite est le risque de vendre son âme au succès et à la richesse qui l’accompagne. Plus que tout autre sport, le football actuel est envahi par l’argent. Chaque année, le mercato fait monter le prix de transfert des joueurs pour les clubs à des sommets de plus en plus extravagants. La FIFA estime à 4 milliards d’€ le chiffre d’affaires à réaliser autour de la Coupe du Monde 2018, dont 2 milliards de bénéfices.

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En bon marxiste, Mélenchon s’en étonne : « comment voulez-vous que je me passionne pour un sport ou des smicards viennent applaudir des milliardaires ? » Devenir footballeur professionnel est un rêve d’enrichissement et de gloire qui hélas transforme la vie des milliers d’enfants, notamment africains, en long exil décevant à travers l’Europe. Pour ceux qui réussissent (en proportion assez rare), l’ascension est fulgurante. Des gamins de 18 ans se retrouvent à amasser des fortunes qui leur brûlent les doigts et leur tournent la tête. Certains deviennent délinquants, voire criminels ; la plupart flambent leur argent en voitures, boîtes de nuit, filles, alcool etc. Sur le terrain, ils ressemblent plus à des mercenaires qu’à des amoureux du ballon rond et d’une identité locale. Ils sont prêts à se vendre au plus offrant. Heureusement, le PSG avec l’argent du Qatar et ses stars si coûteuses ne vaut pas encore le Real Madrid entraîné par Zidane… Reste que le budget d’un club est proportionnel à son succès en Ligue 1 ou Ligue 2, et vice versa hélas. Le mythe du petit Poucet détrônant les pros se réalise de temps en temps en Coupe de France (Guingamp, les Herbiers…). Mais la dure loi de l’argent règne sur les performances des clubs.

Comment ne pas entendre le Christ tonner : « vous ne pouvez servir Dieu et l’argent ? » Ou bien saint Jacques : « malheur à vous les riches. Vos richesses sont pourries ». Quand taper dans un ballon permet à quelqu’un de gagner en un mois plus qu’un ouvrier pourra jamais économiser tout au long de sa vie, on se dit qu’il y a effectivement quelque chose de pourri au royaume du football…

Le pape François a reçu une délégation de footballeurs lundi au Vatican.

Ce ne sont là que quelques linéaments dans le désordre, quelques briques d’une relecture théologique bien incomplète, à affiner davantage.

L’important est dans l’acte même de prendre du recul sur le spectacle de la Coupe du monde qui nous est offert. L’important est de prendre le temps de réfléchir sur ce jeu et sur cet événement mondial : Dieu n’est certes pas absent des stades (le diable non plus !), de la ferveur qui unit des peuple pacifiquement, de l’envie sportive de se dépasser témoignant de la transcendance etc.

Posons un autre regard sur ces réjouissances : un regard de bienveillance qui cherche à discerner les vraies attentes de nos contemporains derrière les enthousiasmes faciles, agréables et fragiles.

 


[1]. On pense, en s’appuyant notamment sur les grandes fresques en bas-reliefs qui entourent le grand terrain de Chichen Itza au Mexique, que lors des grandes fêtes une équipe représentant les forces de l’inframonde (le monde souterrain où les morts se rendaient – symbolisées par des jaguars) affrontait une équipe représentant la lumière (sous la forme d’aigles) avec une balle en caoutchouc (ils maîtrisaient la vulcanisation). Le match pouvait s’étendre sur plus d’un jour et selon les explications des guides sur place, la tête du capitaine de l’équipe perdante était tranchée par le capitaine de l’équipe gagnante et son sang était répandu sur le sol. Les Mayas associaient le sang à la vie et pensaient qu’il permettait donc une fertilisation du sol, améliorant les récoltes. Pour les Mayas, c’était un grand honneur ; on versait la tête était ensuite empalée dans le mur prévu à cet effet juste à côté du stade de ce jeu de balle.

 

 

 

Lectures de la messe
Première lecture
« C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde » (Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24)

Lecture du livre de la Sagesse

Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent ; ce qui naît dans le monde est porteur de vie : on n’y trouve pas de poison qui fasse mourir. La puissance de la Mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle. Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde ; ils en font l’expérience, ceux qui prennent parti pour lui.

Psaume
(29 (30), 2.4, 5-6ab, 6cd.12, 13)
R/ Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. (29, 2a)

Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé,
tu m’épargnes les rires de l’ennemi.
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie.
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie.

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

Deuxième lecture
« Ce que vous avez en abondance comblera les besoins des frères pauvres » (2Co 8, 7.9.13-15) 

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, puisque vous avez tout en abondance, la foi, la Parole, la connaissance de Dieu, toute sorte d’empressement et l’amour qui vous vient de nous, qu’il y ait aussi abondance dans votre don généreux ! Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité. Dans la circonstance présente, ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu’ils ont en abondance puisse combler vos besoins, et cela fera l’égalité, comme dit l’Écriture à propos de la manne : Celui qui en avait ramassé beaucoup n’eut rien de trop, celui qui en avait ramassé peu ne manqua de rien.

Évangile
« Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » (Mc 5, 21-43)
Alléluia. Alléluia. Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort ; il a fait resplendir la vie par l’Évangile. Alléluia. (2 Tm 1, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer. Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.
Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… – elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré – … cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »
Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur. Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.
Patrick BRAUD

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