L'homélie du dimanche (prochain)

14 décembre 2025

AdopteUnChrist.com !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

AdopteUnChrist.com !

 

Homélie pour le 4° Dimanche de l’Avent / Année A
21/12/25

Cf. également :

Joseph, l’homme aux songes, priait, travaillait et aimait

Marie, vierge et mère

Sois attentif à tes songes…

Deux prénoms pour une naissance

L’annonce faite à Joseph, ou l’anti Cablegate de Wikileaks

 

1. Le meilleur site de rencontre

Logo de AdopteUnMecConnaissez-vous AdopteUnMec.com ? C’est une success story française depuis fin 2007. Ce site de rencontre en ligne se propose de redonner aux femmes la liberté de choisir l’homme avec qui elles veulent échanger (ou plus si affinité !). Pour cela, l’inscription des femmes est gratuite (29,90 € par mois pour les hommes !). Ce site connut un succès fulgurant, et comptait en 2015 plus de 10 millions d’abonnés (à parité égale hommes-femmes), symptôme de la difficulté de se faire adopter comme partenaire dans notre société pourtant ultra connectée…

 

Dans l’évangile de ce dimanche (Mt 1,18-24), c’est Dieu lui-même qui cherche à se faire adopter en la personne de Jésus, fils de Marie. Il n’a même pas besoin d’un site de rencontre pour trouver son père adoptif : Joseph, sur la base de l’engagement de ses fiançailles avec Marie, va accepter l’enfant avec sa mère, nous ouvrant ainsi la voie à une adoption spirituelle dont l’adoption physique de Nazareth était la figure.
Le meilleur site de rencontre entre Dieu et l’homme, c’est l’homme…

 

2. La réticence de Joseph et la nôtre

Certains textes apocryphes font de Joseph un veuf âgé, sans doute pour rendre plus crédible le fait de vivre « comme frères et sœurs » avec Marie après leur mariage. Mais cela n’explique pas pourquoi Joseph envisage la rupture de ses fiançailles : « il décida de la renvoyer en secret ». Pourquoi refuser dans un premier temps de jouer la carte de l’adoption ?

Joseph et MarieLa plupart des commentateurs essaient d’expliquer la rupture des fiançailles par une infidélité supposée de Marie : si Joseph ignorait d’où venait l’enfant – sinon que ce n’était pas de lui – il pouvait logiquement en conclure que Marie avait trahi sa promesse de fiançailles, et donc qu’il lui fallait rompre avec elle. 

Problème : Joseph « était un homme juste » ; et à ce titre il connaissait et appliquait la Torah. Or, que commande la Loi juive lorsqu’une jeune fille vierge fiancée à un homme couche avec un autre homme ? : « Vous les amènerez tous les deux à la porte de la ville et vous les lapiderez jusqu’à ce que mort s’ensuive » (Dt 22,23-24). Si Marie était adultère, il aurait été « juste » pour Joseph de la faire lapider. Alors que si Marie est innocente, il faut la sauver à tout prix.

Saint Jérôme concluait que la réticence de Joseph ne venait pas d’une supposée faute de Marie, mais de la grandeur du mystère qui le dépassait :

« Comment Joseph est-il déclaré juste, si l’on suppose qu’il cache la faute de son épouse ? Loin de là : c’est un témoignage en faveur de Marie. Joseph, connaissant sa chasteté, et bouleversé par ce qui arrive, cache, par son silence, l’évènement dont il [perçoit le grand] mystère » (sur Mt 1. 1, PL 26, 24).

Et saint Bernard renchérissait :

« Pourquoi Joseph voulut-il renvoyer Marie ? Prends cette interprétation, qui n’est pas la mienne mais celle des Pères : Joseph voulut la renvoyer pour la même raison qui faisait dire à Pierre : ‘Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur’ ; et au Centurion : ‘Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit’. Pierre trembla devant la puissance divine et le Centurion trembla en présence de la Majesté. Joseph fut saisi de crainte – comme il était humainement normal – devant la profondeur du mystère ; c’est pourquoi il voulait renvoyer Marie secrètement » (Homélie 2 sur le Missus est, PL 183, 68).


Aujourd’hui, en langage de coach, on dirait que Joseph souffre du 
syndrome de l’imposteur : il ne veut pas faire d’ombre à la paternité divine de Jésus en laissant croire aux autres que c’est lui le père de l’enfant. Les professionnels du coaching définissent ainsi ce syndrome de l’imposteur qui nous guette tous, à l’instar de Joseph, dans notre vie spirituelle :

AdopteUnChrist.com ! dans Communauté spirituelle 31999-large_default« Mécanisme psychologique qui consiste à mettre en doute, de façon permanente ses capacités et à entraîner un profond sentiment d’illégitimité. Il combine autodénigrement, peur de l’échec et doute de soi. Lorsque des individus souffrent de ce complexe, ils font preuve d’une grande modestie car ils ont tendance à être dans le déni de leur propre valeur, s’estiment incompétents et de fait, ne s’approprient pas leurs réussites ou succès qu’ils soient d’ordre professionnel ou personnel. Ils attribuent le mérite de ces derniers, à des facteurs extérieurs tels que le hasard, la chance, les opportunités, etc. Persuadés de tromper leur entourage comme leur hiérarchie, leurs collègues, leurs amis, leur famille… sur leurs compétences/qualités et se considérant comme des imposteurs, ils mettent en place des stratégies de défense comme l’auto-sabotage, de peur d’être démasqués » [1].

 

Tout se passe comme si Joseph craignait de ne pas être légitime dans son rôle de père de Jésus, en se disant en lui-même : ‘Les gens vont croire que c’est moi le vrai père, et donc que Jésus n’est pas le fils de Dieu. Je risque de faire échec à la volonté de Dieu qui est de manifester son fils à Israël et au monde. Je ne serai pas à la hauteur du rôle qu’on veut me faire jouer. Je dois donc m’effacer…’ Il ne veut pas s’approprier l’œuvre du Christ en laissant croire que cela vient de lui.

 

Voilà bien notre réticence à nous aussi : nous avons du mal à imaginer que Dieu veut à ce point avoir besoin de nous que nous puissions l’adopter comme notre enfant. Nous nous persuadons  ne pas être à la hauteur d’une telle demande : appeler Dieu « mon enfant » !

Comme le remarquait saint Bernard, c’est ce syndrome de l’imposteur qui fait dire à Pierre à genoux devant Jésus : « éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur » (Lc 5,8 après la pêche étonnante dans les eaux du lac de Génésareth). Il a conscience d’une telle disproportion entre la grandeur de Jésus et sa propre petitesse de pêcheur-pécheur qu’il ne se croit pas légitime à être le proche, l’ami.

C’est ce syndrome de l’imposteur qui fait reconnaître au centurion romain : « Je ne suis pas digne de de te recevoir… » (Mt 8,8). Il n’ose pas croire qu’un prophète juif puisse avoir pitié de lui, incarnation de l’oppression militaire de l’occupant romain.

C’est ce même syndrome de l’imposteur qui nous paralyse à notre tour pour adopter le Christ « en le prenant chez nous », en le faisant grandir en nous comme notre enfant bien-aimé : qui pourrait se croire à la hauteur d’une telle paternité ?

 

3. Qu’est-ce qu’adopter ?

Ce qui est en jeu, c’est bien d’adopter Jésus. Nous le savons avec les enfants nés de père inconnu : adopter, c’est donner un nom qui enracine dans une lignée familiale, dans une histoire, une généalogie, une culture, un pays. Dieu a besoin de Joseph pour que Jésus soit reconnu « fils de David » (Mt 1,1), donc de la descendance messianique annoncée par les prophètes d’Israël et de Juda.

700-1160576-Certificat-officiel-d-adoption-simple adoption dans Communauté spirituelleAdopter le Christ, c’est l’inscrire dans notre famille, dans notre histoire personnelle et collective, en faire l’égal et le parent de ceux qui portent le même patronyme que le mien.

Adopter, c’est également donner des droits à cet enfant, et notamment le droit d’hériter de ses parents. Jésus hérite de Joseph le droit d’être de la descendance de David : il hérite de moi le droit de recueillir mon patrimoine, mes œuvres et mes réalisations, ma richesse et mes  succès. Si j’accumule, c’est pour lui transmettre. Si je porte du fruit, c’est pour qu’il récolte.

Adopter, c’est encore « prendre chez soi », c’est-à-dire établir avec lui une intimité pleine d’affection et de respect, d’amour et de proximité, comme seul un père peut en avoir avec son fils.

 

Laisser le Christ habiter « chez moi » ; le laisser patiemment grandir en moi ; l’accoutumer à mes manières tout en le laissant prendre toute sa place ; l’éduquer à ma personnalité tout en acceptant qu’il soit autre : l’adoption est une aventure de compagnonnage mutuel, où rien n’est garanti par avance (il y a tant d’adoptions qui se passent mal à l’adolescence ou après !).

 

En un sens, tout père est adoptif.

pere-portant-son-fils_954184-6 Joseph« Un ami m’avouait un jour : « J’ai toujours eu pitié de saint Joseph qui me semblait un personnage falot chargé d’un mauvais rôle. Il n’était pas tout à fait un mari ni tout à fait un père. Mais j’ai découvert la force de sa mission quand je suis moi-même devenu père. À la naissance de mon premier enfant, j’ai été saisi d’un sentiment étrange. Ma femme tenait dans ses bras le bébé qui venait de sortir de son sein. Il faisait partie d’elle-même. Ce n’était pas mon cas. Le bébé s’interposait maintenant entre la femme que j’aimais et moi. Recouvert de sang, ses cris ne me le rendaient pas attirant. Je me suis dit intérieurement qu’il me fallait l’accepter, l’ « adopter » et le reconnaître comme mon enfant. Et, à ce moment-là, j’ai pensé à saint Joseph. Me voilà en train de vivre sa propre démarche d’ « adoption ». Quand mon deuxième enfant est arrivé, j’ai été de nouveau habité par les mêmes sentiments, et par la nécessité d’accomplir « l’adoption », même si je n’avais aucun doute sur ma paternité. »

Au fond, toute personne se trouve face au dilemme de l’adoption d’une manière ou d’une autre. Pas d’adoption, pas d’engagement, pas d’amour. Il me semble possible de parler d’adoption dans les différentes situations de l’existence : notre corps, notre famille, notre histoire, notre pays, notre sexe, nos travaux et missions … Nous avons à les adopter, sous peine de vivre en contradiction stérile avec nous-mêmes. À quoi bon rêver d’un autre corps, d’une autre famille et d’un autre pays ou d’une autre Église que la nôtre ? » [2]

 

4. Avec Marie, nous engendrons le Verbe en nous. Avec Joseph, nous l’adoptons chez nous.

Le plus difficile pour nous est sans doute d’inverser (sans la répudier pour autant !) la spiritualité de la filiation à laquelle nous sommes tant habitués. « Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu » (1Jn 3,2), comme ne cesse d’en témoigner, émerveillés, les compagnons du Christ.

« Car tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi » (Ga 3,26).

« Et voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie “Abba !”, c’est-à-dire : Père ! » (Ga 4,6)

« Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté » (Ep 1,5).

Cette filiation adoptive est non seulement personnelle – par le baptême notamment – mais également communautaire, comme YHWH le rappelle sans cesse à son peuple : « N’est-ce pas lui, ton père, qui t’a créé, lui qui t’a fait et affermi ? » (Dt 32,6).

 

Joseph, en cet ultime dimanche avant Noël, nous invite à inverser cette symbolique de la filiation : nous pouvons devenir le père adoptif du Christ, chacun et chacune !

Maître Eckhart : Sur la naissance de Dieu dans l'âme : sermons 101-104Les mystiques nous avaient déjà familiarisé avec la symétrique : avec Marie, nous pouvons devenir la mère de Dieu, chacun et chacune, selon la parole de Jésus : « Qui est ma mère ? Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère » (Mt 12,50).

Saint Augustin (IV° siècle) s’écriait : « Que cette naissance se produise toujours, à quoi cela me sert-il si elle ne se produit pas en moi ? » 

Maître Eckhart (XIV° siècle) prêchait que l’enjeu véritable de Noël est « la naissance du Verbe dans l’âme » : « Voici que nous entrons dans le temps de la naissance éternelle, par laquelle Dieu le Père a engendré dans l’éternité et ne cesse d’engendrer, afin que cette même naissance se produise aujourd’hui, dans le temps, dans la nature humaine » (sermon 101).

Angélus Silésius (XVII° siècle) affirmait : « C’est en toi que Dieu doit naître. Que Christ naisse mille fois à Bethléem, et non en toi, tu restes perdu pour jamais ».

 

Avec Marie, nous engendrons le Verbe en nous. 

 songeAvec Joseph, nous l’adoptons.

Ces deux expériences sont spirituelles et symétriques. 

Spirituelles, car c’est l’œuvre de l’Esprit en nous, comme dans la chair de Marie et dans le songe de Joseph. 

Symétriques, car c’est dans la mesure où je me réjouis, où je me reçois tout entier de Dieu comme son enfant que je peux en réponse le « prendre chez moi », l’adopter, lui donner mon nom, l’inscrire dans mon histoire, ma famille, en faire mon héritier.

Oui, la filiation et la paternité s’impliquent mutuellement : je suis réellement enfant de Dieu ; il est à son tour réellement mon enfant !

 

L’adoption en Jésus fait de nous les enfants adoptifs de Dieu.

L’adoption de Jésus fait de nous les pères adoptifs du Verbe de Dieu.
Chacun et chacune de nous peut faire cette double expérience spirituelle. Elle n’est pas réservée aux hommes, ni aux femmes. Elle n’est pas une entreprise héroïque (sinon nous serions des imposteurs) mais l’œuvre de l’amour gratuit de Dieu en nous.

 

Tu peux devenir la mère du Christ.

Tu peux également l’adopter comme ton enfant, avec Joseph.

C’est l’Esprit qui fait cela en toi, souvent sans que tu t’en rendes compte, sans que tu le saches, parce que tu te laisses faire, sans calcul ni intérêt.

Si tu es à l’écoute de tes songes – comme Joseph à Nazareth ou son patriarche homonyme en Égypte (Gn 37,5) – tu prendras le Christ chez toi, avec Marie sa mère, c’est-à-dire l’Église, et tu le feras grandir en toi, comme un père éduque et prend soin de son enfant.

Qu’à cela l’Esprit de Dieu nous aide tous !

____________________________

[1]. Cf. https://revue-europeenne-coaching.com/numeros/numero-16-09-2023/le-coaching-et-le-syndrome-de-limposteur-dans-la-prise-de-poste-du-middle-manager/ 

[2]. https://jevismafoi.com/saintjoseph-2/

 

LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE

« Voici que la vierge est enceinte » (Is 7, 10-16)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

En ces jours-là, le Seigneur parla ainsi au roi Acaz : « Demande pour toi un signe de la part du Seigneur ton Dieu, au fond du séjour des morts ou sur les sommets, là-haut. » Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. » Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). De crème et de miel il se nourrira, jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. Avant que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, la terre dont les deux rois te font trembler sera laissée à l’abandon. »

 

PSAUME

(Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6)

R/ Qu’il vienne, le Seigneur : c’est lui, le roi de gloire ! (cf. Ps 23, 7c.10c)

 

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.

 

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au cœur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

 

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent !
Voici Jacob qui recherche ta face !

 

DEUXIÈME LECTURE

Jésus-Christ, né de la descendance de David, et Fils de Dieu (Rm 1, 1-7)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Paul, serviteur du Christ Jésus, appelé à être Apôtre, mis à part pour l’Évangile de Dieu, à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome.
Cet Évangile, que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes dans les saintes Écritures, concerne son Fils qui, selon la chair, est né de la descendance de David et, selon l’Esprit de sainteté, a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur.
Pour que son nom soit reconnu, nous avons reçu par lui grâce et mission d’Apôtre, afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes, dont vous faites partie, vous aussi que Jésus Christ a appelés. À vous qui êtes appelés à être saints, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.

 

ÉVANGILE

Jésus naîtra de Marie, accordée en mariage à Joseph, fils de David (Mt 1, 18-24)
Alléluia. Alléluia. Voici que la Vierge concevra : elle enfantera un fils, on l’appellera Emmanuel, « Dieu-avec-nous ». Alléluia. (Mt 1, 23)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint. Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret. Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».  Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

Patrick BRAUD

 

 

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7 décembre 2025

Jean-Baptiste, ou l’égalité à l’envers

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Jean-Baptiste, ou l’égalité à l’envers

 

Homélie pour le 3° Dimanche de l’Avent / Année A
14/12/25

Cf. également :

Le lac des signes
Le doute de Jean-Baptiste
Dieu est un chauffeur de taxi brousse
L’Église est comme un hôpital de campagne !
Du goudron et des carottes râpées
Gaudete : je vois la vie en rose
La revanche de Dieu et la nôtre

 

1. Les raisons d’un succès foudroyant

On devrait s’en étonner : comment se fait-il que la doctrine des disciples d’un obscur condamné à mort – crucifié qui plus est – se soit répandue aussi rapidement tout autour du bassin méditerranéen dans les trois premiers siècles ? D’autant plus qu’ils étaient persécutés par les Juifs et les Romains, que les intellectuels de l’époque les tournaient en dérision, et que les polythéismes officiels semblaient installés pour toujours !

L’islam s’est diffusé à la pointe du sabre et des conquêtes militaires arabes. La foi chrétienne n’avait pas la force pour elle : pourquoi et comment a-t-elle finalement conquis la première place dans la tête et les cœurs de l’empire romain ?

Impossible de détailler ici les réponses des historiens. Ils insistent à raison sur une combinaison originale de plusieurs facteurs : le témoignage des martyrs (« semence de chrétiens » selon Tertullien, vers 197) qui impressionnaient par leur courage et leur paix intérieure ; l’idée monothéiste qui s’écartait des cultes des idoles ; le réseau fraternel solidaire des petites communautés urbaines disséminées dans l’empire ; un message d’amour où le salut personnel était offert à tous ; un comportement moral exemplaire, dans les familles chrétiennes notamment etc. Le tout sur fond de déliquescence morale et politique des élites, et de crise des cultes païens très formels mais vides de sens.


Jean-Baptiste derrière JésusParmi toutes les raisons du succès du christianisme naissant, la figure de Jean-Baptiste ce dimanche (Mt 11,2-11) nous invite à pointer un facteur décisif : la soif d’égalité des peuples. Selon la parole de Jésus d’aujourd’hui, dans le royaume de son Père le plus grand devient le plus petit : « Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. » (Mt 11,11)

 

Ce renversement hiérarchique est décisif : joint aux autres renversements promis et accomplis en Christ, il a emporté l’adhésion enthousiaste des multitudes qui espéraient un tel message d’égalité universelle, rendant leur dignité à tous les méprisés de la société, si nombreux.

Voyons pourquoi retrouver en notre siècle cette force d’attraction si puissante du christianisme : le plus grand devient le plus petit, le plus petit devient le plus grand !

 

2. La promesse d’un renversement général

Ce renversement est le cœur du message. Jean-Baptiste a les deux pieds dans l’histoire d’avant la Résurrection : il en est le maillon ultime, le point d’orgue. Mais, comme Moïse voyant la Terre promise depuis le désert  sans pouvoir y entrer, Jean-Baptiste a vu le royaume se profiler en son cousin Jésus sans pouvoir y entrer, étant décapité par Hérode avant que la résurrection du Christ n’inaugure les temps nouveaux. Alors que Marie – elle – fait corps avec ce royaume depuis la conception de son enfant en elle, et est associée à la résurrection de Jésus d’une manière unique et immédiate. Elle est donc déjà de plain-pied dans le royaume : à ce titre, elle est plus grande que Jean-Baptiste qui n’y est pas encore (de son vivant). C’est encore plus vrai de Jésus qui ‑lui – est « né d’en haut » (Jn 3,3) depuis toujours, et appartient tout entier au royaume de Dieu. À ce titre, il est bien évidemment « plus grand » que Jean-Baptiste.

Les Pères de l’Église ont amplement développé cette dissymétrie Jean-Baptiste / Jésus.

Icône Jean Baptiste qui baptise Jésus au Jourdain« Jean est le plus grand né d’une femme, car il résume toute la vertu de la Loi et des prophètes. Mais celui qui est né de Dieu dans le Royaume, fût-il le plus petit, lui est supérieur, car il participe à une naissance nouvelle. » (Origène)

« Jean est plus grand que tous ceux qui le précèdent, mais moindre que ceux qui sont déjà nés de l’Esprit. » (Augustin).

« Jean est grand sur la terre, mais il n’a pas encore vu le ciel ouvert ; il annonce le Roi, mais n’est pas encore citoyen du Royaume. » (Chrysostome)

« Jean montre le Christ du doigt, mais il ne Le contemple pas encore en gloire. Ceux qui sont dans le Royaume Le voient face à face. » (Grégoire le Grand)

« Le plus petit dans le Royaume, c’est celui qui, ayant cru en la résurrection, possède la vie éternelle ; Jean n’a pas encore reçu ce don, car le Christ n’est pas encore mort ni ressuscité. » (Hilaire de Poitiers)

 

Matthieu n’avait pas ces objections en tête en écrivant son récit du Précurseur au désert. Il voulait seulement soulever l’immense espérance qui se fait jour dans le passage de Jean-Baptiste à Jésus, d’un monde à l’autre : le plus petit peut devenir le plus grand !

Cette annonce révolutionnaire sera magnifiée et chantée par Marie dans son Magnificat : « Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles » (Lc 1,52). Également par Jésus dans ses Béatitudes : « Heureux vous les pauvres, les doux, les persécutés… car le royaume des cieux est à eux ». Son enseignement sur l’inversion des valeurs dans le royaume va dans le même sens : Jésus promeut la pauvreté et non la richesse, le service et non la domination, la douceur et non la violence, l’amour des petits et non la flatterie des puissants, le pardon et non la vengeance, la recherche de la dernière place et non de la première etc.

 

Jean-Baptiste, ou l’égalité à l’envers dans Communauté spirituelle 500px-Pyramide_%C3%A0_renverserCe renversement radical des hiérarchies communément admises a suscité un immense espoir chez les populations de l’empire, qui était profondément inégalitaire. La société romaine reposait sur la dignitas (la dignité) des élites, la potestas (le pouvoir) des dirigeants, la domination patriarcale etc. Ces inégalités étaient légitimées par les religions païennes, qui racontaient qu’elles étaient voulues et instaurées par les dieux. Les cultes païens célébraient l’ordre établi, la puissance, la réussite (de quelques-uns). Les séparations et différences de statut minaient l’équilibre social : esclaves et affranchis, citoyens et non-citoyens, hommes et femmes, riches et pauvres etc. La liste des inégalités était longue…

Hélas, les Églises par la suite sont souvent revenues à ce triste héritage, et sont tombées dans ce piège inégalitaire mortel (légitimer les puissants) après Constantin…

 

Le christianisme naissant introduisait dans ce système ultra rigide un discours inédit, renversant l’échelle des hiérarchies habituelles. Le Dieu de Jésus n’est pas du côté des puissants, mais des petits, des pauvres, des humiliés. La vraie grandeur n’est plus sociale, militaire ou autre, mais spirituelle. La vraie noblesse est morale et intérieure : une prostituée ou un docker n’ont rien à envier aux patriciens ou aux philosophes, un criminel peut entrer le premier en Paradis. La dernière place devient le lieu de la grâce.

C’est une conversion radicale de la logique de domination du monde antique. Dans une culture qui admirait la force, la richesse, le pouvoir, la virilité, l’esthétisme des corps, le Christ glorifie la faiblesse, le service, la pauvreté, la dignité de chacun quel que soit son sexe, son apparence, sa fortune son intelligence.

« Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. » (Ga 3,28)

Cette affirmation est sans précédent dans le monde antique. Elle a soulevé l’enthousiasme des laissés-pour-compte de l’empire. Paul le constate dans la petite communauté de Corinthe :

« Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est. » (1Co 1,26-28)

 

L’idée que chaque être humain est créé à l’image de Dieu et sauvé en Jésus-Christ fonde une nouvelle anthropologie de la dignité universelle. Cette idée, absente du polythéisme gréco-romain, deviendra plus tard le socle de la notion de personne humaine (plus grand que l’individu, non soluble dans le collectif) et des Droits de l’Homme.

Cette promesse d’égalité et de justice divine a eu un pouvoir de séduction immense :

  • les esclaves y voyaient une espérance de liberté spirituelle ;
  • les pauvres, une dignité nouvelle ;
  • les femmes, un rôle actif et reconnu dans la communauté ;
  • même certains riches étaient touchés par la pureté et la sincérité de cette fraternité.

250px-The_Rise_of_Christianity égalité dans Communauté spirituelleRodney Stark (The Rise of Christianity, 1996) a montré que cette dimension communautaire et égalitaire fut un facteur déterminant de conversion dans les milieux urbains.

Il faut noter que cette égalité était avant tout spirituelle. Le christianisme primitif n’a pas renversé l’ordre social, mais il en a transformé la signification morale. Il a en quelque sorte miné de l’intérieur les structures injustes en introduisant l’égalité universelle comme un ver dans le fruit…

Sur le long terme, cette idée d’égalité devant Dieu servira de ferment intellectuel et moral aux grandes mutations de l’Occident :

  • affranchissement des esclaves,
  • reconnaissance de la dignité humaine pour chacun et chacune,
  • égalité morale et politique des sexes,
  • critique du pouvoir arbitraire, de la domination, de la gloire, de la richesse,
  • aide mutuelle, partage des biens.

 

3. Le rêve d’une égalité « à l’envers »

Dans le Royaume, tout est inversé : les premiers deviennent les derniers, les petits sont les grands, le serviteur est le maître, la force se manifeste dans la faiblesse. Ce principe de renversement est constant chez Jésus : « Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé. » « Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume. » « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. » Jean-Baptiste, par son ascèse, représente le sommet de la justice humaine, mais le Royaume n’est pas une compétition morale : c’est un don. Ainsi, le “plus petit” – celui qui reçoit humblement la grâce, fût-il sans prestige, sans mérite – entre dans une communion que le plus grand des hommes ne peut atteindre par lui-même. Ce n’est pas que Jean soit “abaissé”, mais c’est la mesure de la grandeur qui change d’ordre : on ne mesure plus la vertu humaine, mais la participation à la vie divine, dans l’Esprit du ressuscité.

 

Le christianisme promeut une égalité renversée, non pas par nivellement, mais par élévation des petits. Dans l’ordre du Royaume, personne n’a de mérite propre : le salut ne dépend ni de la naissance, ni du savoir, ni de la puissance, ni même du degré de sainteté atteint par effort personnel. Tout vient de la grâce gratuite de Dieu. Le plus humble pécheur pardonné devient “plus grand” que le plus grand des ascètes. C’est une révolution anthropologique ! Elle détruit toute hiérarchie de nature ou de mérite pour la remplacer par une égalité devant l’amour de Dieu. Cette grandeur passe par l’abaissement. Jean-Baptiste lui-même en a conscience : « Il faut qu’il croisse et que je diminue. » (Jn 3,30) Cette parole condense l’esprit du Royaume : la vraie grandeur consiste à s’effacer pour laisser place à Dieu. C’est le modèle du service, non du pouvoir. Ainsi, Jean n’est pas un contre-exemple, mais un symbole de transition : il atteint la plus haute grandeur humaine, il s’abaisse devant le Christ, et par cet abaissement, il ouvre la voie à la grandeur nouvelle, celle des “petits du Royaume”. 

 

Dans ce renversement, le prophète et le pécheur sont appelés à la même sainteté, Le mérite est remplacé par la foi, la hiérarchie est remplacée par la fraternité. C’est exactement le même esprit que le Magnificat : « Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. » Le Royaume de Dieu n’est donc pas un nivellement, mais un ordre inversé où la valeur se mesure à l’humilité et à la réception de la grâce, et non à la puissance ou au mérite. Ainsi, la parole de Jésus devant Jean-Baptiste illustre à la perfection le principe évangélique d’égalité “à l’envers” ; dans le Royaume, l’humilité vaut plus que la grandeur, et la grâce dépasse le mérite. L’ordre ancien des hiérarchies s’efface devant une égalité fondée sur l’amour gratuit de Dieu. Le royaume de Dieu, en survenant dans le cœur de chacun, « au milieu de nous », abolit la hiérarchie du mérite : la sainteté ne se conquiert plus, elle se reçoit. Ainsi, la parole de Jésus ne rabaisse pas Jean : elle abolit la pyramide où il occupait le sommet, pour instaurer un cercle fraternel de fils et de filles de Dieu.

C’est l’accomplissement parfait du rêve d’égalité spirituelle “à l’envers” : les plus petits deviennent les plus grands, non par renversement social, mais par la logique de la grâce.

 

Cette utopie d’une égalité à l’envers a gardé toute sa force d’attraction pour les chercheurs de sens de notre siècle. dilexi-te Jean BaptisteÊtre missionnaire, c’est d’abord mettre en pratique ce renversement spirituel, en actes et en paroles, car le témoignage de la promotion des plus petits est l’un des plus puissants moteurs d’adhésion à la foi chrétienne. Le pape Léon XIV vient de le rappeler dans sa première exhortation apostolique (Dilexi te = Je t’ai choisi) : faire corps avec les petits et les pauvres n’est pas une conséquence sociale de la foi, c’est le lieu même où se révèle Jésus-Christ, le pauvre de Dieu. Léon XIV ne signe pas un texte social de plus, il renverse une hiérarchie implicite : on ne peut plus dire : « J’ai la foi donc je m’engage pour les pauvres ». C’est précisément l’inverse : la rencontre avec le Christ, but de toute vie chrétienne, a lieu en priorité dans la rencontre avec les pauvres. « Nous ne sommes pas dans le domaine de la bienfaisance, mais dans celui de la Révélation », insiste Léon XIV (n° 5). L’engagement pour les précaires, les migrants, les malades, les personnes âgées isolées, ceux qui vivent dans la rue, n’est pas une conséquence sociale de la foi : c’est la foi elle-même. L’« option préférentielle pour les pauvres », expression souvent réduite à un courant ou une sensibilité dans l’Église, retrouve ici sa signification première, théologique : ce n’est pas une option humaine, c’est un choix de Dieu. C’est Lui qui les préfère. « Dieu montre en effet une prédilection pour les pauvres : c’est d’abord à eux que s’adresse la parole d’espérance et de libération du Seigneur… » (n° 21). Et les autres ? La Parole leur est, bien entendu, également adressée mais à travers les plus pauvres. Léon XIV franchit ainsi un seuil doctrinal : il ne demande pas aux catholiques de faire preuve de générosité, mais de reconnaître là où Dieu habite, là où ils peuvent le rencontrer. Être catholique, c’est marcher aux côtés des pauvres, c’est faire partie de ce peuple de pauvres en esprit.

 

Comment puis-je m’engager concrètement, dans mon métier comme dans mes autres activités, à réaliser cette égalité à l’envers que Jésus promettait devant Jean-Baptiste ?

 

 

 

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE

« Dieu vient lui-même et va vous sauver » (Is 35, 1-6a.10) 

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et du Sarone. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête, couronnés de l’éternelle joie. Allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuient.

 

PSAUME

(Ps 145 (146), 7, 8, 9ab.10a)
R/ Viens, Seigneur, et sauve-nous ! ou : Alléluia ! (cf. Is 35, 4)

 

Le Seigneur fait justice aux opprimés,
aux affamés, il donne le pain,
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,


le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes.

Le Seigneur protège l’étranger,
il soutient la veuve et l’orphelin.
D’âge en âge, le Seigneur régnera.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Tenez ferme vos cœurs car la venue du Seigneur est proche » (Jc 5, 7-10)

 

Lecture de la lettre de saint Jacques

Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive. Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche. Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. Voyez : le Juge est à notre porte. Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur.

 

ÉVANGILE
« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11, 2-11)
Alléluia. Alléluia. L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Alléluia. (cf. Is 61,1)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jean le Baptiste entendit parler, dans sa prison, des œuvres réalisées par le Christ. Il lui envoya ses disciples et, par eux, lui demanda : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répondit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! »
Tandis que les envoyés de Jean s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ? Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? un homme habillé de façon raffinée ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois. Alors, qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète. C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi. Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. »
Patrick BRAUD

 

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30 novembre 2025

Un Avent « aux poils » !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Un Avent « aux poils » !

Homélie pour le 2° Dimanche de l’Avent / Année A
07/12/25
 
Cf. également :
Abraham & Co, pierres et fils
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
Réinterpréter Jean-Baptiste 
Isaïe, Marx, et le vol de bois mort
Crier dans le désert
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
Maintenant, je commence

1. La Bible hypertexte
Chaque année, l’Avent nous ramène à Jean-Baptiste et aux détails truculents qui l’accompagnent : son accoutrement étonnant, sa nourriture bizarre, ses coups de gueule au désert…

 
Un Avent Pour interpréter ces détails apparemment anecdotiques, les juifs savent qu’il faut les lire en référence à d’autres passages des Écritures, qui eux-mêmes renvoient à d’autres récits etc. Bien avant la navigation sur Internet, ils ont appris à sauter d’un texte à l’autre, avec la même aisance que nous avons pour cliquer sur un lien hypertexte qui nous renvoie à un autre site, où d’autres clics nous attendent pour découvrir à nouveau d’autres pages etc. Et, comme pour le surf sur la Toile, cette navigation est quasi infinie, nous faisant voyager sans cesse à la découverte de nouvelles significations possibles.
 
Cette méthode d’interprétation biblique, autrefois réservée aux rabbins ayant une culture encyclopédique de la Torah et de ses commentaires, est aujourd’hui accessible à tout le monde. Il suffit d’aller sur un site (gratuit) où le texte original en grec (Nouveau Testament ou LXX) ou en hébreu (Ancien Testament) est disponible [1] : en cliquant sur un terme, vous avez immédiatement la liste de toutes les occurrences de ce terme dans la Bible. Il est alors passionnant d’explorer tous les autres usages, associée eux-mêmes à d’autres mots, qui renverront à d’autres textes etc.
 
Amusons-nous à cliquer sur les quelques mots caractéristiques de Jean-Baptiste dans l’évangile de ce dimanche (Mt 3,1-12) : ceinture, cuir, rein, poêle, chameau, sauterelles, miel, sauvage.
Le foisonnement des significations cachées, comme les couleurs invisibles de l’arc-en-ciel ou les harmoniques d’un accord musical, nous donnera une idée de ce que les juifs appellent la « lecture infinie », une explosion de sens multipliant les interprétations d’un texte, d’une phrase, d’un mot.

 
2. La ceinture de cuir autour des reins
saint-jean Avent dans Communauté spirituelle
Jean portait « une ceinture de cuir autour des reins ». Impossible pour un juif qui lit cela de ne pas y reconnaître tout de suite le commandement de YHWH pour célébrer la Pâque : « Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur » (Ex 12,11). Jean-Baptiste plante donc un décor résolument pascal. Le baptême par lequel il va immerger Jésus dans le Jourdain ne préfigure-t-il pas le baptême à venir de sa Passion ? « Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! » (Lc 12,50)

 
 Cette dimension pascale est soulignée par le désert qui est en toile de fond : l’Exode hors de l’esclavage passe par le désert ; la liberté est à ce prix. Jean-Baptiste en est le vivant rappel.
 
La ceinture de cuir fait également penser à la tunique de cuir dont YHWH avait revêtu Adam et Ève à la sortie du jardin d’Éden, pour les protéger : « Le Seigneur Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de cuir et les en revêtit » (Gn 3,21).
Le cuir dont s’entoure Jean-Baptiste n’a rien de sado-maso ! C’est le rappel de la protection de Dieu tout au long de notre traversée pascale : quelques soient nos fautes, l’amour de Dieu est plus grand que nous offense, et son pardon nous protège du froid et des bêtes féroces cherchant à nous dévorer (le cuir est le signe que ces dangers sont vaincus, puisque nous portons ainsi la dépouille de nos prédateurs).

Le 13 décembre 2022, Romain Imadouchène est devenu champion du monde de l'épreuve d'épaulé-jeté en haltérophilie.
Quand elle est autour des reins, cette ceinture symbolise la force que Dieu nous donne. Rappelez-vous ces haltérophiles accroupis qui se lèvent pour un épaulé-jeté avec plus de 200 kg à bout de bras ! Ils ont une énorme ceinture autour des reins, pour leur éviter de se faire mal et pour mobiliser toute leur énergie. La ceinture est le symbole de la force vitale qui nous permet de soulever des montagnes ! Ne dit-on pas d’une entreprise qu’elle a les reins solides ? Alors qu’un tour de rein est synonyme d’immobilisation douloureuse.

C’est pourquoi YHWH conseille à Job : « Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit : Ceins donc tes reins comme un homme. Je vais t’interroger, et tu m’instruiras. » (Jb 40,6–7).

Paul reprendra ce symbole en le liant à la vérité : « Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité » (Ep 6,14). Car les reins sont également le siège du désir, des passions. Au creux des reins, l’élan amoureux prend naissance, et il faut bien la ceinture de cuir, c’est-à-dire la vérité de la Révélation, pour contenir, éduquer, humaniser cette énergie qui peut devenir sublime ou dévastatrice. Dieu seul sonde les reins et les cœurs (Jr 11,20 ; 17,10) : garder la ceinture serrée autour des reins signifie notre volonté de ne pas tomber dans l’esclavage de nos passions.
 
Dans la Russie du siècle dernier, une devinette réjouissait les enfants et faisait réfléchir les adultes : « Qui suis-je ? Le jour un cercle ; la nuit un serpent. Celui qui devine sera mon amant ». La réponse était… la ceinture, celle-ci étant fermée le jour (le cercle) et ouverte la nuit (le serpent). En russe, le rapprochement est aussi facilité par l’euphonie entre les mots qui désignent le serpent – uz, et le mari – muz. Toute l’ambiguïté de la ceinture autour des reins est ainsi évoquée sans détours…
 
3. Les poils de chameau
« Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage ».

pim_48533_couette_d_hiver_en_poil_de_chameau_3 chameauQue viennent faire ces poils de chameau dans le message prophétique de Jean-Baptiste ?
L’allusion là encore est très claire pour les lecteurs assidus de l’Ancien Testament : c’est le vêtement d’Élie, le prophète enlevé au ciel dont le retour marquera la venue du Messie ! « Ils répondirent : “C’était un homme portant un vêtement de poils et une ceinture de cuir autour des reins.” Il déclara : “C’est Élie de Tishbé.” » (2R 1,8). Pour Jean-Baptiste, S’habiller ainsi, c’est avertir ses auditeurs que le Messie vient derrière lui. C’est ce qui avait été déclaré à Zacharie lors de l’annonce de la naissance de son fils : « Il [Jean-Baptiste] marchera devant, en présence du Seigneur, avec l’esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants, ramener les rebelles à la sagesse des justes, et préparer au Seigneur un peuple bien disposé » (Lc 1,17). C’est l’accomplissement de la prophétie de Malachie : « Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable » (Ml 3,23).

 
Mais ce n’est pas tout : les poils font immanquablement penser à Ésaü, l’aîné des deux frères jumeaux : « Le premier qui sortit était roux, tout couvert de poils comme d’une fourrure. On lui donna le nom d’Ésaü » (Gn 25,25). Ésaü était poilu comme un singe à sa naissance : rappel symbolique de notre condition animale, alors que Jacob est la figure de notre vocation spirituelle, recevant la bénédiction pour devenir Israël. Les poils de la tunique instaurent alors un parallélisme Jean-Baptiste–Ésaü // Jésus–Jacob (Israël). Jean-Baptiste crie dans le désert ; Jésus ne haussera pas le ton (Is 42,2) ; Jean-Baptiste est la voix, Jésus est le Verbe.
 
En outre, ce sont des poils de chameau que porte Jean-Baptiste. Et le chameau est éminemment symbolique dans la Bible : c’est un signe de richesse que d’en posséder des troupeaux entiers. La reine de Saba impressionnera Salomon par ses convois de chameaux chargés de trésors : « Elle arriva à Jérusalem avec une escorte imposante : des chameaux chargés d’aromates et d’une énorme quantité d’or et de pierres précieuses » (1R 10,2). Ces troupeaux annoncent la richesse qui affluera vers Jérusalem : « En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur » (Is 60,6).
Porter des poils de chameau implique qu’on a tué l’animal, qu’on a éteint en son cœur l’amour de la richesse qui gouverne les puissants de ce monde. Jean-Baptiste n’a que les poils, pas les troupeaux.

De plus, le chameau est un animal impur : « Vous tiendrez pour impur le chameau parce que, bien que ruminant, il n’a pas le sabot fourchu » (Lv 11,4). Par extension, il désigne les nations païennes, impures, infréquentables.
C’est dans ce sens que saint Hilaire de Poitiers interprète symboliquement l’étrange accoutrement de Jean le Baptiste dans notre évangile (Jn 3,1-12).

« Ce vêtement pris à des animaux immondes auxquels on peut comparer les nations païennes et qu’il sanctifiait en le portant, était un symbole de la sainteté que nous pouvions recevoir par son ministère. Les hommes, dans leurs allures désordonnées, ressemblaient à ces sauterelles dont se nourrissait le Prophète, ils étaient volages, stériles dans leurs œuvres, verbeux, agités. Et maintenant il s’est trouvé que nous sommes devenus la nourriture des saints et les délices des prophètes : et nous leur avons offert en même temps que nos personnes un miel qui provenait non des rayons de la Loi, mais des arbres sauvages (saint Hilaire de Poitiers : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, II 2). »

L’universalisme de Jean-Baptiste se manifeste, hors de Jérusalem, dans le désert, par son accueil de tous les pénitents. Bien plus, il affirme avec force : « avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham ». C’est-à-dire : ne croyez pas que le peuple de Dieu est limité aux juifs, au circoncis, aux pratiquants des rites prescrits. Dieu est libre de se susciter une famille en Inde comme au Brésil, en Chine comme en Afrique…
Les poils de chameau symbolisent la solidarité de Jean-Baptiste avec les nations païennes impures, et le salut qui leur est offert.
 
paquet-de-cigarettes-camel-blue-label cientureNous sommes appelés à vivre un Avent « aux poils » pour préparer réellement la venue du Messie en nous ! L’animal à bosse(s) évoque encore beaucoup d’autres dimensions symboliques de notre condition de croyants. Comme lui, nous sommes en marche dans le désert de nos existences. C’est son domaine, ce silence habité par une Parole. D’autres trouveraient ça aride, lui s’y sent bien. Ses larges pattes s’appuient en souplesse sur la fluidité du sable, comme le chercheur de sens aime le foisonnement des interprétations. Et puis le chameau est plus libre que d’autres car il a de bonnes réserves d’eau dans ses bosses. Nous ne sommes pas des bébés qui doivent être allaités au biberon toutes les trois heures. Le chameau peut marcher une semaine sans rien manger ni boire, et quand il trouve alors un point d’eau il se rattrape en buvant 120 litres d’un coup. Christ nous donne cette liberté, cette autonomie. Il suffit que – même une seule fois – nous puissions boire à la source de bénédiction qu’est Dieu pour ensuite avancer librement sur notre chemin pendant des années. Car c’est en nous, dans notre cœur, dans notre être que nous portons la bénédiction de Dieu, comme le chameau porte de l’eau dans ses bosses.
 
La symbolique du chameau charrie encore tant d’autres harmoniques ! En hébreu, il s’écrit גָּמָל gamal (ce qui a donné Camel en anglais cf. le célèbre paquet de cigarettes !). Il vient du verbe distribuer, rétribuer, faire participer aux bénéfices. Le chameau a donc à voir avec le partage. D’ailleurs, sa première lettre en hébreu a la forme d’un homme qui marche : ג (gimel). La seconde – beth – signifie maison et en a la forme : מ (cf. Beth-léem : la maison du pain). La troisième lettre du chameau est le ל daleth, qui signifie pauvre.
Gamal chameauLes trois lettres ensemble גמל signifient alors : un homme quitte sa maison et marche pour partager avec le pauvre.
La contestation de la richesse déjà évoquée avec les poils s’accompagne ici de la nécessité d’un élan du cœur, qui conduit à un mouvement sincère et spontané, désintéressé, vers les pauvres. Ce n’est pas d’ascèse il s’agit, mais d’amour : le chameau גָּמָל en est le signe !

 
Vous voyez : les poils de chameau, c’est tout sauf un détail insignifiant…
 
4. Les sauterelles
Êtes-vous entomophage ? Si oui, vous vous régalez d’insectes grillés, bourrés de protéines. Les sauterelles dévorées par Jean-Baptiste ne renvoient pas à une mode gastronomique ou diététique ! la-nuee-120x160-hd cuirÉvidemment, qui lit sauterelles pense immédiatement : plaie d’Égypte.

« Moïse étendit son bâton sur le pays d’Égypte […]. Des nuées de sauterelles montèrent sur tout le pays d’Égypte et se posèrent sur l’ensemble du territoire. Jamais auparavant et jamais depuis lors, il n’y eut une telle masse de sauterelles » (Ex 10,13-14)
C’est la huitième plaie, destinée à faire plier le pharaon réduisant les hébreux en esclavage. Les sauterelles dévastent les précieuses récoltes du Nil.
Sauterelles et chameaux sont quelquefois associés dans la dévastation : « Ils arrivaient avec leurs troupeaux et leurs tentes, comme une multitude de sauterelles. Eux et leurs chameaux étaient innombrables, et ils envahissaient le pays pour le ravager » (Jg 6,5 ; 7,12)
 
Jean-Baptiste nous propose une méthode surprenante pour nous nourrir : manger nos sauterelles, c’est-dire engloutir ce qui nous menace, travailler en amont du problème qui nous enchaîne. Ce n’est pas toujours facile avec nos propres forces d’affamer ainsi notre faiblesse, notre colère, notre frustration, nos rancunes… Mais avec l’aide de Dieu, qui fait des prodiges dans ce domaine, oui.
 
Dévorer ce qui nous dévore, se nourrir de ce qui nous menace, entendre l’appel à ne plus être esclave… : les sauterelles de Jean-Baptiste sont décidément beaucoup plus qu’un régime alimentaire !
 
5. Le miel sauvage
Le miel est doux et sucré : après l’amer des sauterelles, il réjouit le palais et soigne les inflammations. L’Écriture y a vu une figure de la saveur de la parole de Dieu : « Qu’elle est douce à mon palais ta promesse : le miel a moins de saveur dans ma bouche ! » (Ps 119,103).

 hypertexteL’Apocalypse reprend cette dualité de saveur de la Parole de Dieu : « Je m’avançai vers l’ange pour lui demander de me donner le petit livre. Il me dit : “Prends, et dévore-le ; il remplira tes entrailles d’amertume, mais dans ta bouche il sera doux comme le miel.” Je pris le petit livre de la main de l’ange, et je le dévorai. Dans ma bouche il était doux comme le miel, mais, quand je l’eus mangé, il remplit mes entrailles d’amertume » (Ap 10,9-10).
 
Le miel est l’aliment par excellence de la Terre Promise dont l’autre nom est « le pays où coule le lait et le miel » (Ex 3,8 et 25 autres occurrences). Tout au long du trajet, Dieu donne aux hébreux un avant-goût de cette Terre promise avec la manne qu’il fait pleuvoir le matin et qui a le goût de gâteau au miel, nous dit la Bible : « C’était comme de la graine de coriandre, de couleur blanche, au goût de beignet au miel » (Ex 16,31).
 
De plus, le miel de Jean-Baptiste est sauvage : nous n’avons pas eu à le cultiver ; ce n’est pas un produit la civilisation urbaine ; ce n’est pas une production domestique. C’est donné, gratuit, gracieux, sans effort humain. C’est le goût de la Parole de Dieu telle qu’on la trouve, non pas seulement en Israël, mais aussi chez les nations, sauvages, barbares, païennes.
Paradoxalement, Jean-Baptiste l’ultra-juif fait son miel de tout ce qu’il trouve dans les cultures sauvages qui l’environnent…
 
N’est-il pas temps pour nous aussi de nous vêtir de poils de chameau (les sagesses des nations) et de nous nourrir de sauterelles et de miel sauvage (les semences du Verbe présentes dans toute culture) ?
 
Exerçons-nous à pratiquer cette lecture hypertexte des Évangiles, qui clique de mot en mot, surfe de texte en texte, afin de « lire aux éclats », enivrés du foisonnement de sens inépuisable des Écritures !
 
Ceinture, cuir, reins, poils, chameau, sauterelles, miel, sauvage : notre Jean-Baptiste au désert a de quoi nourrir notre méditation chaque soir de la semaine qui vient…

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[1]. Cf. par exemple https://www.stepbible.org/



LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Il jugera les petits avec justice » (Is 11, 1-10)
 
Lecture du livre du prophète Isaïe
En ce jour-là, un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur – qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins. Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

PSAUME
(Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 12-13, 17)
R/ En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des temps. (cf. Ps 71, 7)
 
Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

 
En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

 
Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

 
Que son nom dure toujours ;
sous le soleil, que subsiste son nom !
En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ;
que tous les pays le disent bienheureux !


DEUXIÈME LECTURE
Le Christ sauve tous les hommes (Rm 15, 4-9)
 
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, tout ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance. Que le Dieu de la persévérance et du réconfort vous donne d’être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus. Ainsi, d’un même cœur, d’une seule voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. Car je vous le déclare : le Christ s’est fait le serviteur des Juifs, en raison de la fidélité de Dieu, pour réaliser les promesses faites à nos pères ; quant aux nations, c’est en raison de sa miséricorde qu’elles rendent gloire à Dieu, comme le dit l’Écriture : C’est pourquoi je proclamerai ta louange parmi les nations, je chanterai ton nom.

ÉVANGILE
« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 3, 1-12)
Alléluia. Alléluia. Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de la conversion. N’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Patrick BRAUD

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23 novembre 2025

Si je t’oublie, Jérusalem…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Si je t’oublie, Jérusalem…

Homélie pour le 1° Dimanche de l’Avent / Année A
30/11/25

Cf. également :
La venue. Quelle venue ?
L’Apocalypse, version écolo, façon Greta
Encore un Avent…
Gravity, la nouvelle arche de Noé ?
Ce déluge qui nous rend mabouls
L’absence réelle
Le syndrome du hamster
Dans l’évènement, l’avènement
L’évènement sera notre maître intérieur
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?


1. Down by the riverside

Comment nourrir l’espérance de la liberté sans verser dans la haine de l’oppresseur ? Les esclaves noirs déportés d’Afrique aux 16°–18° siècles et leurs descendants cherchèrent à sortir du malheur, les uns par la violence (Malcom X), les autres par la non-violence (Martin Luther King). Ceux qui étaient chrétiens lisaient et relisaient l’Exode pour y trouver le chemin vers la Terre promise. Ils relisaient également Isaïe (notre première lecture notamment : Is 2,1-5) pour y puiser le courage d’annoncer un temps où « les peuples feront de leurs épées des socs, et de leurs lances des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée. On n’apprendra plus la guerre ».
Si vous avez déjà vu Louis Armstrong gonfler ses grosses joues pour trompetter ces paroles, si vous avez entendu sa grosse voix de basse érailler la promesse d’Isaïe, vous n’oublierez pas de sitôt la folle prophétie qui accompagne l’attente du Messie : « jamais nation contre nation ne lèvera l’épée. On n’apprendra plus la guerre ».
En anglais, ce negro spiritual « Down by the riverside » a inspiré – depuis bien avant la guerre de Sécession – la démarche vers le baptême de millions d’esclaves renonçant à la violence au nom de leur foi.

Gonna lay down my burden, Down by the riverside
I ain’t gonna study war no more
Je vais déposer mon fardeau le long de la rivière
et jamais plus je n’étudierai la guerre…

Voilà une portée sociale immense pour ce petit verset d’Isaïe 2,4 !
Les pacifistes ont repris ce chant dans leurs manifestations contre la guerre du Vietnam dans les années 60. Même le pape Paul VI l’a repris en son compte avec son célèbre cri devant l’assemblée générale de l’ONU : « Jamais plus la guerre ! » (le 04/10/1965)

Rien de naïf, aucun doux pacifisme bêlant dans ces mots d’Isaïe : même en nous préparant à la guerre contre la Russie, nous pouvons éduquer nos cœurs et nos peuples à désirer la paix, à ne pas haïr ceux qu’il nous faudra combattre.
La défense contre l’agresseur est légitime.
L’attente du Messie – n’est-ce pas le début de l’Avent en ce dimanche ? – nous oblige seulement à toujours penser « le coup d’après », le moment où l’on pourra arrêter de fabriquer des armes, des missiles, des drones et des bombes, parce qu’un accord pérenne et juste aura été trouvé.

2. Tous à Jérusalem !
Il est quand même fou de constater que l’avenir de la paix mondiale se joue en partie sur ces quelques kilomètres carrés coincés entre le Jourdain et la mer ! Et la ville de Jérusalem concentre sur elle tous les enjeux, toutes les tensions, aspirations et contradictions des conflits à venir.
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Isaïe pressentait déjà que la ville de David jouerait un rôle essentiel dans les relations internationales ! Il annonce une ère messianique, que nous croyons inaugurée en Jésus, où « le loup habitera avec l’agneau… » (Is 11,6), c’est-à-dire où Palestiniens et Israéliens vivront en frères, où l’Europe sera source de paix et non plus de guerres mondiales comme au XX° siècle, où chinois, américains et indiens s’entendront sur l’avenir de la planète etc…. Et dans notre première lecture (Is 2,1-5, repris en Mi 4,1-3), il annonce que Jérusalem deviendra la capitale mondiale de la paix, centre de pèlerinage pour tous les peuples.

Utopique ? Naïf ? Peut-être. Mais ceux qui ont cru à ce genre d’utopie ont réconcilié la France et l’Allemagne après 1945, ont créé l’Europe pour la paix, ont aboli les lois raciales aux États-Unis, l’apartheid en Afrique du Sud… : la liste est trop longue !

L’universalisme d’Isaïe dans ce texte est toujours une formidable source d’action politique et sociale.
C’est un universalisme « centripète » en fait : « Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haut que les monts, s’élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux ». La prière de Salomon pour consacrer le premier Temple en témoigne :
« Si donc, à cause de ton nom, un étranger, qui n’est pas de ton peuple Israël, vient d’un pays lointain – on entendra parler de ton grand nom, de ta main forte et de ton bras étendu – prier dans cette Maison, toi, dans les cieux où tu habites, écoute-le. Exauce toutes les demandes de l’étranger. Ainsi, tous les peuples de la terre, comme ton peuple Israël, vont reconnaître ton nom et te craindre. Et ils sauront que ton nom est invoqué sur cette Maison que j’ai bâtie. » (1R 8,41-43)
28-En-route-vers-Jerusalem guerre dans Communauté spirituelleLes psaumes insistent sur le rôle central de Jérusalem et de son roi-Messie :
« Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents. Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande. Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront » (Ps 72,10-11)

Le Temple de Jérusalem est une maison de prière pour tous les peuples : « Je les conduirai à ma montagne sainte je les comblerai de joie dans ma maison de prière, leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel, car ma maison s’appellera “Maison de prière pour tous les peuples” » (Is 56,7).

Jésus lui-même se réfère à cet universalisme pour dénoncer les trafics polluant le Temple :
« Il enseignait, et il déclarait aux gens : “L’Écriture ne dit-elle pas : Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations ? Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits” » (Mc 11,17).

On peut penser la mission de l’Église selon ce dynamisme du rassemblement : rassemblement eschatologique de toutes les nations à Jérusalem pour Isaïe et Salomon, rassemblement de toutes les cultures dans la communion ecclésiale pour nous aujourd’hui.
Ce modèle centripète de la mission a déjà porté de très beaux fruits : la vitalité des premières communautés chrétiennes tout autour du bassin méditerranéen dans les premiers siècles (cf. Actes des Apôtres), l’évangélisation par les monastères au Moyen Âge en Europe etc…

L’autre conception de la mission de l’Église sera sans surprise un universalisme « centrifuge ».

La présence de Paul à Rome, loin de Jérusalem, l’oblige à décentrer sa perspective : « les nations païennes peuvent rendre gloire à Dieu. Comme le dit l’Écriture : je te louerai parmi les nations » (Rm 15,4-9). Il ne s’agit plus là d’attirer le monde entier à Jérusalem (ou dans l’Église), mais d’être dispersés au milieu des peuples pour leur permettre d’entrer en communion avec Dieu chacun selon son génie propre. On peut penser la mission de l’Église selon ce dynamisme de l’envoi.

Dans cette époque qui est la nôtre, tous les problèmes – sinon tous les peuples – semblent converger vers Jérusalem, ville de discorde, symbole de désunion.
Les juifs religieux enragent de ne pouvoir construire le troisième Temple sur le mont Sion, à cause de la mosquée Al Aqsa et des accords internationaux.
Les musulmans considèrent que c’est leur lieu saint, annexant au passage Abraham et changeant Isaac en Ismaël.
Les chrétiens voudraient que cette ville soit à tous, en fidélité au souhait du Christ qui y a subi sa Passion.
Autrement dit : le dossier de la paix à Jérusalem, en Palestine et en Israël, est avant tout un dossier religieux. C’est un aveuglement bien occidental de n’y voir que tractations politiques, pétrodollars et lobbys américains !

 3. Blasphème, substitution, falsification et annexion : les trois monothéismes au banc des accusés
Avant les bombardements de Gaza, il y eut l’hostilité entre juifs et chrétiens pendant des siècles. Paul et les Pères de l’Église racontent les persécutions violentes dont les premiers chrétiens – encore assimilés aux juifs – furent victimes au début.

deux statues de femmes, l'une en reine couronnée, et l'autre aux cheveux dénoués et aux yeux couverts d'un bandeau

L’Église et la synagogue

Ce n’est qu’après 90 que les chrétiens furent expulsés des synagogues, et tombèrent sous le coup de deux accusations de blasphème, méritant la mort aux yeux des juifs : faire de Jésus un Dieu, et délaisser les prescriptions rituelles de la Loi de Moïse (circoncision, alimentation, ablutions, shabbat etc.). Ce sont eux qui ont exclu les chrétiens des synagogues, les poussant à « faire Église » en quelque sorte. En réaction, certains chrétiens pensèrent que Dieu avait rejeté Israël, et que c’était maintenant à l’Église de prendre sa place. C’est ce que l’on appelle la théorie de la substitution. Une version primitive du grand remplacement, en quelque sorte.

Les dons et les promesses de Dieu à l’« ancien Israël » sont transférés à l’Église, qui devient le « nouvel Israël », le « nouveau peuple de Dieu ». Il s’ensuit que le judaïsme n’a plus qu’une valeur toute relative, en fonction du christianisme, dont il n’est que l’imparfaite préfiguration et le témoin dépassé, rejeté par Dieu à cause du « déicide » opéré sur Jésus de Nazareth.

Aujourd’hui, l’Église a répudié toute « théologie de la substitution » et reconnaît l’élection actuelle du peuple juif, « le peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance qui n’a jamais été révoquée » selon l’expression du pape Jean-Paul II devant la communauté juive de Mayence le 17 novembre 1980. Le chapitre 11 de l’épître aux Romains est désormais relu à la lumière de cette persistance de la Première Alliance : « Dieu a-t-il rejeté son peuple ? Pas du tout ! Moi-même, en effet, je suis Israélite, de la descendance d’Abraham, de la tribu de Benjamin. Dieu n’a pas rejeté son peuple, que, d’avance, il connaissait » (Rm 11,1-2).
Tant que l’Occident chrétien s’est pensé comme le véritable Israël, il n’y avait guère de légitimité à accorder aux juifs la possibilité de se trouver une terre. Israël n’existait plus comme peuple de l’Alliance, remplacé par l’Église, donc l’aspiration à retrouver l’ancien territoire perdu (perte considérée comme une punition à cause de leur déicide, comme l’Église le disait à l’époque) était nulle et non avenue.

 Jérusalem

Manuscrit persan du Moyen Âge représentant le prophète Mahomet conduisant Jésus, Moïse et Abraham à la prière

La situation s’est compliquée davantage encore avec les conquêtes militaires de l’islam dès le VII° siècle. L’islam prétend que les juifs ont falsifié l’Ancien Testament, et les chrétiens le Nouveau Testament. Cette « théorie de la falsification » des Écritures conduit logiquement à la théorie de l’annexion pure et simple : ni Abraham ni Moïse ni David n’étaient juifs, Jésus n’était pas chrétien, tous étaient soumis à Dieu, musulmans (c’est le sens étymologique du nom). Et le Coran prétend rétablir la vérité première de leur message qui aurait été déformé par les juifs et les chrétiens. L’islam voit dans le judaïsme et le christianisme des déformations, des trahisons du message monothéiste. C’est la conséquence du dogme de la déformation (tah.rīf) des Écritures antérieures, fondé notamment sur quelques versets du Coran (II,75 ; IV,46 ; V 13,41). Ces versets ne sont pas très clairs, mais selon l’interprétation la plus courante, ils indiquent que les textes sacrés ont été trafiqués, notamment parce que l’annonce de la prophétie de Mohamed aurait été gommée des textes juifs et chrétiens. Les juifs imaginent posséder la Torah révélée à Moïse, et les chrétiens l’Évangile, fruit de la prédication de Jésus ; mais les deux livres ont été falsifiés (selon le Coran), respectivement par les juifs et par les chrétiens, ce qui leur ôte toute authenticité et autorité. Le contenu authentique des révélations faites à Moïse et à Jésus a heureusement été préservé, précisément dans le Coran. La disparition de la version authentique de la Torah et de l’Évangile perd donc de sa gravité, puisque le Coran les remplace (substitution).
Pour les musulmans il n’y a pas trois Alliances, trois religions, mais un seul message que Mohammed a enfin restauré dans sa pureté originelle. Difficile de nier davantage l’altérité des croyants se réclamant du judaïsme ou du christianisme !

 paix- Appliquez la théorie du blasphème à Jérusalem : seuls les juifs fidèles à la Torah ont droit d’y habiter. C’est leur héritage. Sion demeure la capitale éternelle d’Israël. Les autres croyants ont trahi et sont infidèles.

- Appliquez la théorie de la substitution à Jérusalem : les juifs n’ont droit à aucune exclusivité. Ils doivent laisser la place, ou au mieux la partager avec chrétiens et musulmans. Jérusalem doit obtenir le statut de ville internationale. Aujourd’hui, les catholiques diraient plutôt que Jérusalem est universelle non pas bien que juive mais parce que juive.

- Appliquez la théorie de la falsification/annexion à Jérusalem : seuls les musulmans savent ce qui s’y est passé (le prétendu voyage céleste de Mohamed à la mosquée Al Aqsa exprime au plus haut point cette volonté d’annexion). C’est une ville sainte de l’islam, la plus importante après la Mecque et Médine. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’universalisme d’Isaïe annonçant le rassemblement de tous les peuples à la maison du Seigneur a été transposé par Mohamed à la Kaaba de La Mecque : toute l’Oumma (la communauté musulmane mondiale, c’est-à-dire potentiellement toute l’humanité) doit converger vers la pierre noire et tourner autour pour en faire le centre du monde…

Tant qu’on ne prendra pas conscience que la paix à Gaza, en Palestine et en Israël est avant tout un débat théologique, on ne pourra pas trouver de solution durable.
L’Occident est encore fasciné par la tentative de l’immense Emmanuel Kant de fonder une paix perpétuelle entre les nations sur la seule raison. Son traité de paix perpétuelle (1795) a nourri les rêves de tous les pacifistes européens. Ultime tentative de se débarrasser de la question religieuse, afin qu’elle n’interfère pas dans les débats, tant elle est explosive…
Mais le réel revient au galop : impossible d’éliminer YHWH, le Christ ou Allah de l’équation au Moyen-Orient comme ailleurs, des débats sur les guerres en cours et à venir ! Il faudra que les responsables européens suivent des cours de théologie et d’histoire des religions. Il faudra que les peuples d’Europe se ressaisissent de leur patrimoine spirituel, afin de que par exemple les orthodoxes russes ne les considèrent plus comme décadents, afin que la coexistence des trois monothéismes en Israël comme en Europe permette à chacun d’exister en vérité. Le même effort intellectuel sera à demander aux musulmans et aux juifs, aux orthodoxes et protestants.
Pas de paix sans vérité ! La vérité est à chercher plus qu’à posséder ; elle échappe aux doxas poutiniste ou wokiste ; elle n’est pas dans le djihad du Hamas ou du Hezbollah ; elle n’est pas dans les mensonges trumpistes ni dans les délires des complotistes de tous bords.

Reprenons les paroles du psaume de ce dimanche pour prier sur Jérusalem, comme Jésus l’a fait lui-même, en pleurant :

800px-Jerusalem-2013%282%29-Aerial-Temple_Mount-%28south_exposure%29 TempleAppelez le bonheur sur Jérusalem :
« Paix à ceux qui t’aiment !
Que la paix règne dans tes murs,
le bonheur dans tes palais ! »

À cause de mes frères et de mes proches,
je dirai : « Paix sur toi ! »
À cause de la maison du Seigneur notre Dieu,
je désire ton bien.

« Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite m’oublie !
Je veux que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir,
si je n’élève Jérusalem, au sommet de ma joie. » (Ps 137,5-6)



LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE
Le Seigneur rassemble toutes les nations dans la paix éternelle du royaume de Dieu (Is 2, 1-5)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Parole d’Isaïe, – ce qu’il a vu au sujet de Juda et de Jérusalem.
Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haut que les monts, s’élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. Ils diront : « Venez ! montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob ! Qu’il nous enseigne ses chemins, et nous irons par ses sentiers. » Oui, la loi sortira de Sion, et de Jérusalem, la parole du Seigneur.
Il sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux. De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre.
Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur.

PSAUME
(Ps 121 (122), 1-2, 3-4ab, 4cd-5, 6-7, 8-9)
R/ Dans la joie, nous irons à la maison du Seigneur. (cf. Ps 121, 1)

Quelle joie quand on m’a dit :
« Nous irons à la maison du Seigneur ! »
Maintenant notre marche prend fin
devant tes portes, Jérusalem !

Jérusalem, te voici dans tes murs :
ville où tout ensemble ne fait qu’un !
C’est là que montent les tribus,
les tribus du Seigneur.

C’est là qu’Israël doit rendre grâce
au nom du Seigneur.
C’est là le siège du droit,
le siège de la maison de David.

Appelez le bonheur sur Jérusalem :
« Paix à ceux qui t’aiment !
Que la paix règne dans tes murs,
le bonheur dans tes palais ! »

À cause de mes frères et de mes proches,
je dirai : « Paix sur toi ! »
À cause de la maison du Seigneur notre Dieu,
je désire ton bien.

DEUXIÈME LECTURE
« Le salut est plus près de nous » (Rm 13, 11-14a)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, vous le savez : c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ.

ÉVANGILE
Veillez pour être prêts (Mt 24, 37-44)
Alléluia. Alléluia. Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. Alléluia. (Ps 84, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée. Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

Patrick BRAUD

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