L'homélie du dimanche (prochain)

7 août 2022

Le grand dragon rouge feu de l’Assomption

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le grand dragon rouge feu de l’Assomption

Homélie pour la fête de l’Assomption / Année C
15/08/2022

Cf. également :

Assomption : entraîne-moi !
Marie et le drapeau européen
Le Magnificat de l’Assomption : exalter / exulter
Quelle place a Marie dans votre vie ?
Assomption : Ne vous faites pas voler votre espérance
L’Assomption : Marie, bien en chair
Assomption : les sentinelles de l’invisible
L’Assomption de Marie, étoile de la mer
L’Assomption de Marie : une femme entre en Résistance
Marie, parfaite image de l’Église à venir
Marie en son Assomption : une femme qui assume !

Néron 666

Le grand dragon rouge feu de l’Assomption dans Communauté spirituelle 51VvT4YxOGL._SY291_BO1,204,203,200_QL40_ML2_Rome est en feu. Rome brûle. En ce mois de juillet caniculaire de 64 ap. J.C., l’empereur Néron est sur la côte dans sa villa au bord de la mer. Un incendie accidentel se déclare du côté du marché et embrase bientôt les deux tiers de la ville. Il y a des milliers de morts. Plus de 12 000 immeubles consumés. 200 000 habitants se retrouvent sans-abris (à cette époque, Rome compte près de 800 000 habitants).

Néron revient en hâte et met tout en œuvre pour voler au secours des sinistrés, mais le peuple gronde. Il veut des coupables. Alors Néron leur désigne les chrétiens, boucs émissaires tout désignés pour canaliser la colère du peuple. Ne raconte-t-on pas des rumeurs atroces sur les mœurs de cette secte nouvelle ? On dit qu’ils mangent de la chair et boivent du sang lors de leurs rassemblements. Ils refusent d’adorer l’empereur et contestent sa divinité. Ces athées sont subversifs et dangereux. D’ailleurs ce n’est qu’un ramassis d’esclaves et de gens de basse condition : dockers, prostituées, esclaves, le lumpenprolétariat romain, le Quart-Monde de l’époque en quelque sorte. Ce sont des nuisibles qu’il est donc sain et légitime d’éradiquer de la Cité. Alors, tel Hitler désignant les juifs après l’incendie du Reichstag en 1933, Néron désigne les chrétiens à la vindicte populaire comme coupables de l’incendie de la Ville éternelle. Ils sont arrêtés, crucifiés, livrés aux fauves dans les arènes romaines, ou transformés en torches vivantes le soir pour des exécutions publiques qui consolent les Romains après l’incendie : ceux qui ont répandu le feu doivent périr par le feu, c’est bien ainsi.

On comprend que Néron soit devenu pour les communautés chrétiennes de cette époque le symbole de l’opposition au Christ, l’Antéchrist de l’Apocalypse. Dans la tradition juive chaque lettre avait une valeur numérique en hébreu ; or l’addition des lettres de César-Néron en hébreu forme un total de 666, et Jean s’est empressé de coder son allusion au tyran avec ce nombre devenu maudit (Ap 13,18), d’autant plus symbolique qu’il comporte 3 fois – summum de plénitude négative – le chiffre 6, symbolique de l’inachevé puisque coincé entre le 5 de la Torah et le 7 de la Création.
666, c’est le comble de l’inachevé, de l’informe.

 

L’Apocalypse façon Jean Moulin

 666 dans Communauté spirituelleLe livre de l’Apocalypse, première lecture de notre fête de l’Assomption (Ap 11,19a ; 12,1-6a.10ab), est un livre de la Résistance face aux persécuteurs : Jean l’a écrit en pleines persécutions romaines et juives, afin de soutenir la foi et le courage de ceux qui savaient marcher vers leur supplice en demandant le baptême. En ces temps-là, devenir chrétien était risqué, très risqué ; les discriminations étaient nombreuses contre eux dans la fonction publique, les menaces également : perdre son métier, être muté ailleurs, ne jamais être promu, perdre son logement, et dans son quartier être à la merci d’une dénonciation anonyme etc. Il fallait être discret. Le Dominicum - ce rassemblement eucharistique du dimanche caractéristique de l’Église naissante – devait être clandestin. Les messages entre baptisés circulaient sous le manteau, codés et cryptés pour ne pas tomber entre les mains de la police ou de l’armée. À la façon de Jean Moulin coordonnant et unissant les réseaux la Résistance en France, Jean veut par l’Apocalypse encourager les chrétiens de la clandestinité, fortifier leur espérance, les assurer de la victoire finale au bout des persécutions. Voilà pourquoi l’Apocalypse est truffée de symboles réservés aux initiés, d’images codées, d’allusions compréhensibles par les seuls convertis au Christ. Contrairement aux délires des Témoins de Jéhovah ou autre groupes plus ou moins illuminés, l’Apocalypse de Jean n’a jamais voulu prédire l’avenir, annoncer des catastrophes de fin des temps ni se mêler de la politique du XX° siècle ! C’est un livre pour résister en temps d’oppression, un livre pour continuer à espérer alors que l’Église semble mise à mort.

 

Le dragon rouge feu

alors-que-la-femme-c%C3%A9leste-l-organisation-spirituelle-de-dieu-est-sur-le-point-de-donner-naissance-aux-futurs-dirigeants-de-la-terre-appara%C3%AEt-un-dragon-couleur-rouge-feu-avec-7-t%C3%AAtes-et-10-cornes-comme-les-b%C3%AAtes-d-apocalypse-13-et-17 ApocalypseC’est dans ce contexte que notre lecture met en scène deux signes grandioses dans le ciel : une femme et un dragon. On a déjà longuement commenté la figure de la femme couronnée d’étoiles, qui peut être Marie, Israël, l’Église ou l’humanité tout entière.

Intéressons-nous aujourd’hui à la bête extraordinaire des versets 3 à 18.
Ici, c’est un dragon. L’Ancien Testament utilisait déjà ce bestiaire fantastique, par exemple : « Dieu, mon roi dès l’origine, vainqueur des combats sur la face de la terre, c’est toi qui fendis la mer par ta puissance, qui fracassas les têtes des dragons sur les eaux ; toi qui écrasas la tête de Léviathan pour nourrir les monstres marins » (Ps 74, 12-15). Ce Léviathan est décrit dans des poésies cananéennes comme un monstre marin à 7 têtes, qui n’est pas sans rappeler la multicéphale Hydre de Lerne vaincue par Héraclès, créature mythologique ressemblant, encore, au serpent.

D’autres passages évoquent le combat contre le mal incarné par ces bêtes effrayantes :
« Ce jour-là, le Seigneur châtiera de son épée dure et grande et forte, Léviathan, le serpent fuyard, Léviathan, le serpent tortueux ; il tuera le dragon de la mer » (Is 27,1).
« Éveille-toi, éveille-toi, revêts-toi de force, bras du Seigneur ! Éveille-toi comme aux jours anciens, au temps des générations d’autrefois. N’est-ce pas toi qui taillas en pièces Rahab, qui transperças le Monstre marin ? » (Is 51,9)
« Jérusalem dit : Il m’a dévorée, avalée, Nabuchodonosor, le roi de Babylone ; il m’a laissée telle un plat vide. Comme un dragon, il m’a engloutie, il a rempli son ventre de mes délices ; il m’a rejetée » (Jr 51,34).
« Parle. Tu diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Me voici contre toi, Pharaon, roi d’Égypte, grand dragon tapi parmi les bras du Nil ; tu as dit : il est à moi, le Nil, c’est moi qui l’ai fait. » (Ez 29,3)

Tel Philippe Druillet et son univers BD onirique et fantastique, Jean prolonge cette tradition et imagine un bestiaire qui inspirera longtemps encore des artistes de toutes disciplines, dont les tapisseries de Lurçat à Angers sont un joyau.
Ce dragon est rouge feu. Le feu évoque immédiatement l’incendie de Rome dont Néron s’est servi pour accuser les chrétiens et les pourchasser dans tout l’empire. Sans le vouloir, l’Apocalypse offre un effet de miroir – tragique – à l’Évangile de dimanche dernier (Lc 12,49-53) : « je suis venu allumer un feu sur la terre… ». L’incendie désiré par le Christ est celui de l’amour de Dieu venant embraser le cœur de chacun. Le pouvoir politique idolâtre répond à ce brasier intérieur en transformant le croyant en torche vivante, supplicié dans la liesse générale…

118 Assomption« Avant tout, il y a le dragon rouge, très puissant, avec une manifestation impressionnante et inquiétante du pouvoir sans grâce, sans amour, de l’égoïsme absolu, de la terreur, de la violence. Au moment où saint Jean écrivit l’Apocalypse, pour lui ce dragon était la représentation du pouvoir des empereurs romains anti-chrétiens, de Néron à Domitien. Ce pouvoir apparaissait illimité ; le pouvoir militaire, politique, propagandiste de l’empire romain était tel que devant lui, la foi, l’Église, apparaissait comme une femme sans défense, sans possibilité de survivre, encore moins de vaincre. Qui pouvait s’opposer à ce pouvoir omniprésent, qui semblait capable de tout? Et toutefois, nous savons qu’à la fin, la femme sans défense a vaincu ; ce n’est pas l’égoïsme, ce n’est pas la haine ; mais c’est l’amour de Dieu qui l’a emporté et l’empire romain s’est ouvert à la foi chrétienne » (Homélie du Pape Benoît XVI, 15 Août 2007).

Le rouge du dragon est la couleur du sang, le sang des martyrs qui selon Tertullien est semence de chrétiens lorsqu’il coule à flots sans renier l’amour des ennemis et le pardon des offenses. Mais ce dragon élargit l’image d’un pouvoir sanguinaire à la plupart des empires qui ont dominé le monde connu jusqu’alors. Car il a 7 têtes, et 7 est le chiffre désignant toute la Création (les 7 jours de la semaine, que les Babyloniens avaient adopté pour leur mois lunaire = 4×7 jours). Il n’y a pas que Rome à vouloir se faire adorer comme divinité devant laquelle se prosterner et à qui tout sacrifier. Il y a également l’Égypte, l’Assyrie, Babylone, les Mèdes, la Perse, la Grèce, Rome, 7 empires au moins qui ont ensanglanté la terre, conquis des territoires en incendiant leurs villes. L’ours russe en Ukraine pourrait succéder au dragon rouge feu : rien de nouveau sous le soleil hélas…

Chacune des 7 têtes du dragon était ceinte d’un diadème, ce qui confirme l’interprétation politique de cette bête. Curieusement, elle a 10 couronnes et non 7, ce qui est peu pratique pour les porter sur 7 têtes ! C’est donc là encore une signification cachée : ces 10 diadèmes constituent comme un anti Décalogue, comme un anti miniane, ce groupe de 10 fidèles juifs minimum pour pouvoir célébrer le culte. La Loi à l’envers en quelque sorte.
Jean avertit ainsi les nouveaux convertis que, plus ils brûlent du désir du Christ en eux, plus ils seront haïs, rejetés par les pouvoirs en place : ‘Si vous voulez suivre le Christ, soyez forts, préparez-vous au déchaînement du mal et de la violence sur vous et sur vos proches’.
Sacrée douche froide pour ceux qui n’auraient pas perçu l’enjeu existentiel du baptême ! Soyons réalistes : ils étaient nombreux du coup ceux qui reniaient leur foi devant de tels dangers pesant sur eux et leurs familles. On les appelle les lapsi, ceux qui ont chuté (lapsus) en latin, et il y aura un grand débat dans l’Église ensuite pour savoir s’il faut ou non réintégrer les lapsi qui demandait à revenir après avoir renié.

Les cornes portées par le dragon étaient le symbole de la puissance, celle du taureau encornant tout sur son passage, celle de l’orage grondant dans l’obscurité comme le meuglement du taureau en colère. Il y avait 4 cornes aux 4 coins de l’autel des sacrifices du Temple de Jérusalem, et c’est avec une corne remplie d’huile que Samuel fit l’onction messianique sur la tête de David. Les cornes du dragon font allusion à tous les envahisseurs qui ont causé la ruine d’Israël au cours des exodes et déportations successives, selon Za 2,2 par exemple : « Je dis à l’ange qui me parlait : ‘Ces cornes, que sont-elles ?’ Il me répondit : ‘Ce sont les cornes qui ont dispersé Juda, Israël et Jérusalem’ ».
Avec ses 10 cornes, le dragon de l’Apocalypse semble étendre sa domination sur toute la terre.

Ainsi couronné de 7 têtes, 7 diadèmes, 10 cornes, le grand dragon rouge feu avait de quoi effrayer quiconque voulait naître de la femme-Église, car il est posté devant elle, prêt à dévorer dès leur naissance les baptisés qui sortent du ventre de la mère-Église. Avertissement à ceux qui voudraient devenir chrétiens : dès leur conversion au Christ, le pouvoir les guettera pour détruire leur réputation, les enfermer, les supplicier, en leur enjoignant de renier leur foi pour se prosterner devant César.

 

Les dragons d’aujourd’hui

M02266086111-large dragonLes pouvoirs politiques ou religieux n’ont pas manqué au cours des siècles de poursuivre cette guerre faite aux croyants lorsqu’ils osent contester la prétention totalitaire des régimes en place. De Néron à Poutine en passant par Mao, Pol Pot ou Pinochet, les totalitarismes de tous poils se transforment en dragon rouge feu contre ceux qui, par la seule affirmation de leur foi, les empêchent d’être tout-puissants. Les talibans afghans, les partis communistes encore au pouvoir, les ultranationalistes hindous, les djihadistes de Boko Haram, du Yémen ou du Pakistan, et même l’orthodoxie alliée à Poutine ou le christianisme façon Bolsonaro : la liste des dragons contemporains est trop longue…

« Puissent les chrétiens de cette nation être une force généreuse de renouveau spirituel en chaque milieu de la société. Qu’ils combattent l’attrait du matérialisme qui étouffe les authentiques valeurs spirituelles et culturelles, ainsi que l’esprit de compétition débridée qui génère égoïsme et conflits. Qu’ils rejettent également les modèles économiques inhumains qui créent de nouvelles formes de pauvreté et marginalisent les travailleurs, ainsi que la culture de la mort qui dévalue l’image de Dieu, le Dieu de la vie, et viole la dignité de chaque homme, femme et enfant » (Homélie du Pape François en Corée du Sud pour la fête de l’Assomption, 15 Août 2014).

Le combat contre ces dragons modernes fait partie de notre mission de baptisés :

« La prière avec Marie, en particulier le Rosaire, a aussi cette dimension ‘agonistique’, c’est-à-dire de lutte, une prière qui soutient dans la bataille contre le malin et ses complices » (Homélie du Pape François, 15 Août 2013).

Le livre de l’Apocalypse est là pour que nous ne soyons pas effrayés par ces tyrans rouge feu.
Gardons en tête cet hymne de l’Apocalypse que la Liturgie des Heures nous fait chanter au temps pascal (Ap 12,10–13) :

Maintenant voici le salut +
et le règne et la puissance de notre Dieu, *
voici le pouvoir de son Christ !

L’accusateur de nos frères est rejeté, *
lui qui les accusait, jour et nuit,
 devant notre Dieu.

Ils l’ont vaincu par le sang de l’Agneau, +
par la parole dont ils furent les témoins : *
renonçant à l’amour d’eux-mêmes, jusqu’à mourir.

Soyez donc dans la joie, *
cieux, et vous, habitants des cieux !

 

MESSE DU JOUR

PREMIÈRE LECTURE
« Une Femme, ayant le soleil pour manteau et la lune sous les pieds » (Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean
Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit, et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire.
Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et, sur chacune des sept têtes, un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place. Alors j’entendis dans le ciel une voix forte, qui proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! »

PSAUME
(Ps 44, (45), 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16)
R/ Debout, à la droite du Seigneur,se tient la reine, toute parée d’or.(cf. Ps 44, 10b)

Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ;
oublie ton peuple et la maison de ton père :
le roi sera séduit par ta beauté.

Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui.
Alors, les plus riches du peuple,
chargés de présents, quêteront ton sourire.

Fille de roi, elle est là, dans sa gloire,
vêtue d’étoffes d’or ;
on la conduit, toute parée, vers le roi.

Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ;
on les conduit parmi les chants de fête :
elles entrent au palais du roi.

DEUXIÈME LECTURE
« En premier, le Christ ; ensuite, ceux qui lui appartiennent » (1 Co 15, 20-27a)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens
Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang : en premier, le Christ, et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort, caril a tout mis sous ses pieds.

ÉVANGILE
« Le Puissant fit pour moi des merveilles : il élève les humbles » (Lc 1, 39-56)
Alléluia. Alléluia.Aujourd’hui s’est ouverte la porte du paradis : Marie est entrée dans la gloire de Dieu ; exultez dans le ciel, tous les anges ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. » Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.
Patrick BRAUD

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La foi divise

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

La foi divise

Homélie pour le 20° Dimanche du temps ordinaire / Année C
14/08/2022

Cf. également :

N’arrêtez pas vos jérémiades !
De l’art du renoncement
Les trois vertus trinitaires
Les djihadistes n’ont pas lu St Paul !

La foi : combien de divisions ?

Vous aurez reconnu la transposition de la célèbre réplique de Staline en 1935 répondant à Pierre Laval qui lui demandait de respecter les libertés religieuses en URSS : « le Vatican, combien de divisions ? ». On sait combien l’avenir lui donnera tort.
« La foi : combien de divisions ? » : l’Évangile de ce dimanche (Lc 12, 49-53) permet cet autre jeu de mots associant foi et divisions non pas militaires mais sociales, car le Christ semble bien lier les deux de manière assez perturbante :

« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »

Voilà des versets dangereux dans la bouche d’un autre que Jésus. En leur nom, les Témoins de Jéhovah par exemple justifient la coupure familiale qu’ils imposent aux nouveaux convertis. Isoler des disciples de leurs proches pour mieux les retourner est une technique sectaire de manipulation mentale vieille comme le monde. Sous prétexte d’aller au bout de ses convictions politiques, religieuses ou autres, combien ont coupé les ponts d’avec leurs amis d’avant, leurs frères et sœurs, leurs proches ? Autrefois, les idéalistes rêvant de révolution plaquaient tout pour partir à Cuba (comme Régis Debray), Katmandou, Woodstock ou le Larzac. Maintenant, ils partent faire la guerre en Syrie pour Daesh, refusent de manger à la même table que les carnivores et militent à L214, vont rejoindre des groupes écologistes extrémistes avec des choix de vie les coupant radicalement des autres.

Bref, de tout temps, la foi divise.
La foi, ou les convictions fortes, si l’on préfère cette équivalence sécularisée. Ce qui peut nous rendre méfiants envers les gens ayant des idées très arrêtées…

La foi divise dans Communauté spirituelle v4-728px-Clean-Rainbow-Sandals-Step-2-Version-2À première lecture, on pourrait utiliser Jésus pour prêcher une telle radicalité. Les versets d’aujourd’hui annoncent la division familiale comme conséquence de la foi au Christ. Mais ailleurs, Jésus n’est pas plus tendre : « qui n’est pas avec moi est contre moi ». « Qui me préfère à son père, sa mère, ses frères et sœurs n’est pas digne de moi ». « Ne va pas enterrer ton père : laisse les morts enterrer leurs morts ». « Qui sont ma mère, mes frères et mes sœurs ? Ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (sous-entendu : les autres ne font pas partie de ma vraie famille). « Si on ne vous accueille pas dans un village, secouez la poussière de vos pieds et partez ailleurs ». Etc.

Ceux qui veulent sélectionner dans le Nouveau Testament des paroles justifiant leur coupure d’avec les autres pourront en trouver une liste assez solide pour impressionner les nouveaux convertis.

 

D’abord un constat

Alors, la foi est-elle un facteur de division ?
On peut tenter d’apporter une réponse en plusieurs temps.

- Il est essentiel de lire le Nouveau Testament dans sa globalité, sans isoler les versets dangereux de leur contexte et du reste.
Car, hors la liste évoquée ci-dessus, l’ensemble du Nouveau Testament plaide courageusement pour ce qu’on appellerait aujourd’hui un vivre ensemble apaisé. L’amour des ennemis, la volonté tenace de Jésus de se mélanger aux impurs, aux catégories socialement méprisées, aux romains idolâtres lui a attiré les foudres des « purs », des pharisiens notamment dont le nom signifie justement « séparés » parce qu’ils habitent, mangent, s’habillent et prient à l’écart des autres. Il s’est battu pour réintégrer les lépreux, les aveugles, les handicapés de toutes sortes alors que la superstition religieuse voulait les garder hors du contact des autres. Ses paroles dures sont souvent contrebalancées par des paroles différentes : « Qui n’est pas contre moi est avec moi ». « Ne faites pas tomber le feu du ciel sur ceux qui ne vous accueillent pas ». « Honore ton père et ta mère ». « Laissez pousser ensemble le bon grain et l’ivraie » etc. Et plus tard, les apôtres exhorteront les chrétiens à vivre en paix avec tous, en respectant les autorités légitimes, sans causer d’autres troubles que l’annonce de la résurrection.

Les sectaires pratiquent toujours une lecture fondamentaliste et sélective de la Bible. C’est ainsi par exemple que des Églises réformées ont pu justifier bibliquement l’apartheid en Afrique du Sud pendant des décennies ! Fondamentalistes, ils prennent un verset au pied de la lettre, sans le situer dans son contexte. Sélectifs, ils rabâchent quelques versets seulement, qu’ils isolent du reste pour justifier leur idéologie.

Il nous revient de ne pas sélectionner dans les Écritures ce qui va dans notre sens seulement, ce qui nous conforte dans nos convictions préétablies.

Il nous revient également de toujours situer un verset dans un ensemble, son contexte historique, social, les particularités de sa langue d’écriture, sous peine d’incohérence.

Un professeur d’exégèse aimait répéter : le plus important dans la Bible, c’est la reliure…

006_C charité dans Communauté spirituelleAinsi nos versets ‘dangereux’ sont nettement plus compréhensibles quand on se souvient qu’ils ont été écrits dans les années 70 après Jésus-Christ : à ce moment-là, les persécutions juives et romaines battaient déjà leur plein, et menaçaient les fragiles communautés naissantes. Sous la pression de l’occupant romain, cherchant à éradiquer ce nouveau groupe juif un peu trop gênant, des pères dénonçaient des fils, des frères livraient des sœurs aux autorités, des amis se divisaient sur la résurrection de Jésus, avec des conséquences terribles car la prison et les fauves n’étaient jamais bien loin.

Dire que la foi chrétienne divise n’était pas alors un projet social ou politique, mais un constat historique douloureux. Jésus ne dit pas à ses disciples d’être des facteurs de division ; il les avertit qu’ils seront soumis à la division à cause de lui. C’est fort différent !

Et ce constat est toujours le nôtre : des minorités chrétiennes sont persécutées et ghettoïsées en ce siècle à cause de leur foi un peu partout dans le monde, particulièrement  dans les pays fortement religieux, où la religion majoritaire ne tolère pas d’autres convictions que les siennes (ce que les Églises chrétiennes ont été capables de faire par le passé, hélas).

En France, malgré un certain bashing antichrétien (surtout parmi les gens des médias et de l’intelligentsia) la situation est plus paisible. Reste que la messe de minuit à Noël est devenue un facteur de discorde car elle divise la table familiale (quand autrefois tout le monde y allait en bloc, croyant ou non). Reste que des jeunes se voient mettre quasiment à la porte de chez eux lorsqu’ils disent demander le baptême, ou entrer au séminaire, ou vouloir devenir religieuse… La solitude des croyants au cœur de leur famille est réelle. Je connais un père de famille qui tous les dimanches matins depuis 40 ans va seul à l’église du quartier, parce que sa femme et ses enfants n’épousent pas ses convictions chrétiennes…

 

C’est la foi sans l’amour et sans l’espérance qui divise

La foi divise donc : c’est un constat. Amer et douloureux.
Mais il faut tout de suite préciser : du côté des chrétiens au moins, la foi divise quand elle reste seule. Si l’on reste sur le seul registre des convictions, et si ces convictions sont assez fortes pour accepter de mourir pour elles, alors la vie commune avec ceux qui ne les partagent pas devient très difficile.

L'essence du ChristianismeFeuerbach avait déjà dénoncé au XIX° siècle le pouvoir clivant de la foi seule. Dans L’essence du christianisme (1841), il explicite les fondements de l’humanisme moderne, qui dénonce la foi en Dieu comme source d’intolérance. Son raisonnement est rigoureux, et hante encore aujourd’hui l’inconscient collectif européen : la foi seule est meurtrière. Car elle sépare les hommes en croyants et mécréants : divisions et conflits sont inéluctablement engendrés par les religions. L’athéisme pratique des européens puise ses racines dans cette méfiance envers la violence inhérente à la foi :

« La foi porte nécessairement à la haine, la haine à la persécution, dès que la puissance de la foi ne trouve pas de résistance, ne se brise pas contre une puissance étrangère, celle de l’amour, de l’humanité, du sentiment du droit. La foi, par elle-même, s’élève au-dessus des lois de la morale naturelle ; sa doctrine est la doctrine des devoirs envers Dieu, et le premier devoir est la foi. Autant Dieu est au-dessus de l’homme, autant les devoirs envers Dieu sont au-dessus des devoirs envers l’homme, et ces devoirs entrent nécessairement en collision les uns avec les autres. »

- C’est là qu’intervient pour les chrétiens le triptyque : foi/amour/espérance.
Car la foi sans amour n’est qu’idéologie. Avec l’amour, la foi permet de prier pour ceux qui nous font du mal, de ne pas rendre le mal pour le mal, de bénir ceux qui nous maudissent, et de considérer l’autre comme supérieur à soi. L’amour ne demande pas de se couper des autres, mais de les accepter tels qu’ils sont, comme je m’accepte tel que je suis. « Aime ton prochain comme toi-même » en quelque sorte !

Conjuguer foi et amour tempère l’ardeur des convictions pour l’ouvrir à l’accueil de l’autre, et structure le sentiment d’amitié/amour pour lui donner un contenu solide.

foi-espoir-amour-vinyle-autocollant-autocollant division

- Cela ne suffit cependant pas encore… Car les choses pourraient sembler figées : le croyant / le mécréant d’un côté, le fanatique / le raisonnable de l’autre. C’est là que l’espérance entre en jeu : elle fait bouger les lignes, elle introduit des degrés de liberté, elle dévoile de l’inachevé. Car l’espérance nous dit que rien n’est jamais figé, que la fin de l’histoire n’est pas écrite, que l’avenir – et notamment l’avenir en Dieu – nous réserve bien des surprises. Comment avoir un jugement définitif sur l’autre si j’espère qu’un jour « Dieu sera tout en tous » ? Comment camper sur mes positions si j’attends de « connaître comme je suis connu », confessant par là-même un non-savoir radical ? Comment exclure au nom de mes opinions si un verre d’eau fraîche donnée par le pire d’entre nous peut le sauver au Jugement dernier mieux que mes idées droites ? Comment rêver de vivre entre « purs » alors que Jésus sur la croix est assimilé aux bandits qui l’entourent, et promet à l’un d’entre eux le paradis ?

Avec l’espérance, la foi et l’amour ne voient pas le monde à partir des catégories humaines qui divisent et séparent, mais à partir de Dieu qui appelle l’humanité à la communion trinitaire, en formant une seule famille unie dans la diversité. Au regard de Dieu, nulle opposition ne peut se prétendre définitive ou radicale, nulle division n’est insurmontable, nulle partition n’a les promesses de l’éternité…

Pères de l'EgliseEpitre à DiognèteDans les premiers siècles, les chrétiens ont pratiqué joyeusement l’amour des ennemis alors qu’on les pourchassait. Ils ne se sont pas regroupés entre eux, ils n’ont pas exclu leur famille même si leur famille les excluait. Écoutons pour terminer ce que la célèbre Lettre à Diognète (II° siècle) disait de la fraternité qui unissait les premiers chrétiens aux autres citoyens, sans rien renier pourtant de leur conviction, jusqu’au martyre s’il le fallait :

Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou par les rêveries d’esprits inquiets; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine.
Ils habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire.
Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on les condamne ; on les tue et c’est ainsi qu’ils trouvent la vie. Ils sont pauvres et font beaucoup de riches. Ils manquent de tout et ils tout en abondance. On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire. On les calomnie, et ils y trouvent leur justification. On les insulte, et ils bénissent. On les outrage, et ils honorent. Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs. Tandis qu’on les châtie, ils se réjouissent comme s’ils naissaient à la vie.

Que dépend-il de nous pour que la foi ne soit pas une source de division autour de nous ?

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Ma mère, tu m’as enfanté homme de querelle pour tout le pays » (cf. Jr 15, 10) (Jr 38, 4-6.8-10)

Lecture du livre du prophète Jérémie
En ces jours-là, pendant le siège de Jérusalem, les princes qui tenaient Jérémie en prison dirent au roi Sédécias : « Que cet homme soit mis à mort : en parlant comme il le fait, il démoralise tout ce qui reste de combattant dans la ville, et toute la population. Ce n’est pas le bonheur du peuple qu’il cherche, mais son malheur. » Le roi Sédécias répondit : « Il est entre vos mains, et le roi ne peut rien contre vous ! » Alors ils se saisirent de Jérémie et le jetèrent dans la citerne de Melkias, fils du roi, dans la cour de garde. On le descendit avec des cordes. Dans cette citerne il n’y avait pas d’eau, mais de la boue, et Jérémie enfonça dans la boue. Ébed-Mélek sortit de la maison du roi et vint lui dire : « Monseigneur le roi, ce que ces gens-là ont fait au prophète Jérémie, c’est mal ! Ils l’ont jeté dans la citerne, il va y mourir de faim car on n’a plus de pain dans la ville ! » Alors le roi donna cet ordre à Ébed-Mélek l’Éthiopien : « Prends trente hommes avec toi, et fais remonter de la citerne le prophète Jérémie avant qu’il ne meure. »

Psaume
(Ps 39 (40), 2, 3, 4, 18)
R/ Seigneur, viens vite à mon secours !
(Ps 39, 14b)

D’un grand espoir,
j’espérais le Seigneur :
il s’est penché vers moi
pour entendre mon cri.

Il m’a tiré de l’horreur du gouffre,
de la vase et de la boue ;
il m’a fait reprendre pied sur le roc,
il a raffermi mes pas.

Dans ma bouche il a mis un chant nouveau,
une louange à notre Dieu.
Beaucoup d’hommes verront, ils craindront,
ils auront foi dans le Seigneur.

Je suis pauvre et malheureux,
mais le Seigneur pense à moi.
Tu es mon secours, mon libérateur :
mon Dieu, ne tarde pas !

Deuxième lecture
« Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée » (He 12, 1-4)

Lecture de la lettre aux Hébreux
Frères, nous qui sommes entourés d’une immense nuée de témoins, et débarrassés de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien –, courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré la croix en méprisant la honte de ce supplice, et il siège à la droite du trône de Dieu. Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et vous ne serez pas accablés par le découragement. Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché.

Évangile
« Je ne suis pas venu mettre la paix sur terre, mais bien plutôt la division » (Lc 12, 49-53)Alléluia. Alléluia. Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ; moi, je les connais, et elles me suivent. Alléluia. (Jn 10, 27)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »
Patrick BRAUD

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31 juillet 2022

Par la foi…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Par la foi…

Homélie pour le 19° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
07/08/2022

Cf. également :

Avec le temps…
La sobriété heureuse en mode Jésus
Restez en tenue de service
Agents de service
Manager en servant-leader
Jesus as a servant leader
Aimer Dieu comme on aime une vache ?

De nuit

Par la foi… dans Communauté spirituelle image-434x500Avez-vous déjà navigué de nuit ? Les ‘voileux’ connaissent bien cette sensation étrange, lorsque le ciel et la mer se mélangent, lorsque les étoiles emballent le voilier dans un somptueux écrin-cadeau, lorsque le chuintement de l’écume le long de l’étrave dans le silence de la nuit est à la fois inquiétant et familier, lorsque l’œil humain a perdu tout repère apparent pour savoir où aller. Dans ces nuits-là, surtout si le vent a forci, après la fatigue des veilles et les dangers des navigations risquées, la moindre lueur à l’horizon est guettée avec avidité. « Là : un éclat ! » Le bateau peut être à des dizaines de milles nautiques de son port d’arrivée, mais il suffit du scintillement d’une bouée cardinale ou d’un éclat blafard à peine perceptible pour que le capitaine vérifie sa route : le port d’arrivée sera en vue tôt ou tard.

 

La foi des Hébreux

L’auteur de la Lettre aux Hébreux a-t-il traversé la Méditerranée ? Sa description de la foi dans notre lecture de ce dimanche (He 11,1-2.8-19) rejoint en tout cas l’expérience d’une navigation de nuit :
« Frères, la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. (…) C’est dans la foi, sans avoir connu la réalisation des promesses, qu’ils sont tous morts ; mais ils l’avaient vue et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs ».

GaliléeC’est un critère facile pour distinguer science et foi : la science n’espère rien, elle cherche à expliquer ; la foi espère tout, et anticipe sur ce qu’elle espère. Ceux qui cherchent des ‘preuves’ de l’existence de Dieu se trompent de quête : Dieu est quelqu’un en qui croire, et non un savoir à apprendre. Démontrer Dieu serait éteindre la foi. Il faudrait se plier à la vérité objective qui s’imposerait alors à nous. Comme dit Paul, « voir ce qu’on espère ce n’est plus espérer » (Rm 8,24). Le navigateur dans la nuit espère le port, il ne le voit pas. La lueur du phare soutient cette espérance en lui permettant de croire qu’il est en bonne voie.

La confusion entre foi et science est hélas courante aujourd’hui : des fondamentalistes chrétiens ou musulmans veulent à tout prix faire concorder les résultats des sciences actuelles avec ceux de leur lecture de la Bible ou du Coran. Ce concordisme a maintes  fois été dénoncé par l’Église comme illusoire et dangereux. Illusoire car ce que la science dit aujourd’hui peut être contredit demain par de nouvelles découvertes et théories, et celui qui aura fondé sa foi sur la science d’hier sera alors bien orphelin. Dangereux, car appuyer sa foi sur la science revient inéluctablement à vouloir l’imposer aux autres, par la force s’il le faut, car la vérité ne peut être l’objet d’un choix personnel. Le système soviétique a voulu imposer la vérité « scientifique » du communisme comme l’unique voie de salut pour les pauvres. Les politiques libérales prétendent s’appuyer sur une « science économique »  indiscutable, et cela pour disqualifier les autres choix possibles.

Les médecines soi-disant alternatives ou les méthodes soi-disant éprouvés des thérapies en tous genres s’appuient sur des théories fausses suffisamment complexes pour bluffer leurs clients et créer une soumission aveugle. Qu’on pense par exemple à la fameuse dianétique de Ron Hubbard, fondateur de l’Église de scientologie : un best-seller (plus de 250 millions d’exemplaires vendus !) de fausses vérités habillées d’un appareil pseudo-scientifique qui serait risible s’il n’était aussi dangereusement sectaire…

La science peut aider la foi en contredisant de fausses lectures des textes (sur l’évolution par exemple). La foi peut favoriser la science en l’aidant à ne pas sortir de son champ d’investigation (ce que font tous les scientismes) et en l’ouvrant à d’autres perspectives.

Tous ceux qui dès lors veulent imposer leur foi aux autres sous prétexte de révélation supérieure font mentir la Lettre aux Hébreux.
Enlever à la foi son caractère ‘nocturne’ conduit à toutes les dictatures pseudo-religieuses ou pseudo-scientifiques…

 

Par la foi

"C'est par la foi..."Vient ensuite dans le texte du chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux une longue énumération de personnages bibliques, qui opère en fait une relecture croyante des périodes de l’histoire d’Israël. Cette litanie est rythmée par le leitmotiv : par la foi… L’auteur balaie ainsi des siècles d’évènements bibliques, avec une première liste depuis la Création jusqu’à Sara, puis une deuxième liste depuis Abraham jusqu’à Rahab. Tiens ! On a donc deux listes (cela nous rappelle les généalogies de Jésus en Mt 1 et Lc 3) qui chacune se termine avec une femme [1], ce qui est déjà une petite provocation dans le monde juif où les femmes n’ont pas le droit de témoigner ; or là elles sont deux femmes à témoigner de la puissance de la foi, et en plus leur statut social les range plutôt du côté des méprisés : Sara est stérile, Rahab est prostituée. La foi culmine souvent en ceux et celles que la société traite comme des moins-que-rien !

Deuxième caractéristique de cette longue et double liste (dont notre lecture liturgique ne donne qu’un extrait) : tous ceux qui sont cités ne sont pas épargnés, au contraire ! Pour le dire autrement : la foi ne les a pas protégés comme par miracle, elle les a au contraire largement exposés à l’épreuve, à la persécution, au malheur innocent :
« Certains autres ont été torturés et n’ont pas accepté la libération qui leur était proposée, car ils voulaient obtenir une meilleure résurrection. D’autres ont subi l’épreuve des moqueries et des coups de fouet, des chaînes et de la prison. Ils furent lapidés, sciés en deux, massacrés à coups d’épée. Ils allèrent çà et là, vêtus de peaux de moutons ou de toisons de chèvres, manquant de tout, harcelés et maltraités » (He 11,35–37).
Bigre : pas très réjouissant tous ces supplices ! Si c’est ça le bénéfice de croire, beaucoup vont se découvrir athées ! Ou du moins idolâtres : car les païens demandent à leurs idoles de les protéger des épreuves, alors que les chrétiens s’appuient sur leur foi pour continuer à aimer et croire à travers l’épreuve. Les Égyptiens suppliaient leurs dieux de leur envoyer des crues abondantes du Nil. Les idolâtres d’aujourd’hui multiplient les cierges, génuflexions, les pèlerinages et les neuvaines pour échapper au cancer, avoir des enfants, réussir un examen ou s’enrichir… Il n’y a guère de différence entre le culte d’Amon pour obtenir de bonnes récoltes et le rabâchage de prières magiques pour obtenir la santé, l’amour ou la richesse !

 

La foi n’est pas un parapluie

05c4ddc9 foi dans Communauté spirituelleLa foi juive et la foi chrétienne ne protègent pas des épreuves, elles permettent de les traverser sans cesser d’espérer. Elles n’ont rien d’un parapluie qui nous mettrait à l’abri ; elles nous exposent aux persécutions, au mépris des puissants, jusqu’à devenir « le rebut de l’humanité, l’ordure du monde » (1Co 4,13). Pire encore, la foi biblique ne nous garantit pas la réalisation de la promesse de notre vivant ! « Et, bien que, par leur foi, ils aient tous reçu le témoignage de Dieu, ils n’ont pas obtenu la réalisation de la promesse » (He 11,39).
Joseph n’a pas vécu la Pâque ni l’Exode ; Moïse n’est pas entré en Terre promise ; Jésus lui-même est mort lamentablement abandonné de tous, même de son Père.
Si votre foi n’a pour but que de vous procurer un mieux-être personnel ici-bas, vous serez inévitablement déçus par la foi chrétienne ! Instrumentaliser la foi pour mieux vivre, c’est de l’utilitarisme idolâtre !
Malheureusement, ce qui intéresse la plupart des gens n’est pas Dieu en lui-même, mais ce que Dieu peut leur apporter. Ils aiment Dieu comme on aime une vache, disait Maître Eckhart : pour sa viande, son lait, son cuir, mais pas pour elle-même.

La foi n’est pas un parapluie anti-épreuves de la vie ! Au contraire, elle fait prendre des risques, faire des choix à contre-courant, elle suscite l’hostilité car elle dérange le marchandage avec les idoles. Elle nous expose, au lieu de nous mettre à l’abri.
« Choisissant d’être maltraité avec le peuple de Dieu plutôt que de connaître une éphémère jouissance du péché, Moïse considéra l’humiliation subie par le Christ comme une richesse plus grande que les trésors de l’Égypte : en effet, il regardait plus loin… » (He 11,25–26).

Serions-nous plus grands que Moïse qui, par la foi, navigua ainsi de nuit jusqu’à apercevoir le but sans pouvoir l’atteindre ?
Serions-nous plus forts que le Christ qui à Gethsémani lutta par la foi contre la tentation d’instrumentaliser Dieu : « Père, que ta volonté soit faite et non la mienne » ?
Le malheur innocent nous frappera, comme Job. Sa foi n’a pas vacillé alors qu’il était dépouillé de tout (santé, famille, richesses). Il a continué d’interroger Dieu sans rompre la relation avec lui, et sa foi devint une lutte comme celle de Jacob avec l’ange, se roulant dans la poussière jusqu’à être béni (Gn 32).

 

Comme s’il voyait l’invisible

51oNKTrhf3L._SX344_BO1,204,203,200_ nuitNotre lecture emploie cette belle formule paradoxale à propos de la foi de Moïse : « Grâce à la foi, Moïse quitta l’Égypte sans craindre la colère du roi ; il tint ferme, comme s’il voyait Celui qui est invisible » (He 11,27).
C’est aussi le titre d’un livre célèbre en son temps (1964), écrit par un prêtre-ouvrier, Jacques Loew, docker à Marseille à partir des années 40. Il s’y exerçait à la même relecture historique croyante que celle de la Lettre aux Hébreux, en discernant dans l’histoire des ouvriers qu’il côtoyait des éléments de foi et d’espérance témoignant du travail de l’Esprit en eux. Ce qui lui a permis de tenir en milieu largement anticlérical !

Comme s’il voyait l’invisible, Jacques Loew a cru en la proximité de ces rudes dockers avec l’Évangile.
Comme s’il voyait l’invisible, Moïse a quitté ses privilèges de la cour de Pharaon pour aller vers un pays lointain qu’il ne connaissait pas et dans lequel il n’est pas entré.
Comme s’il voyait l’invisible, Jésus de Nazareth a subi l’humiliation de la croix s’appuyant sur sa confiance en celui qu’il appelait Abba, et il mourut sans voir se réaliser la promesse d’un royaume de Dieu vainqueur du mal.

 

Alors nous aussi, comme si nous voyions l’invisible, avançons dans la foi, naviguons chacun dans notre nuit sans quitter des yeux la lumière qui, là-bas, nourrit notre espérance…

 


[1]. 1° liste : Création, Abel, Hénoch, Noé, Abraham, Sara ; 2° liste : Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, Israël, Rahab.



Lectures de la messe

Première lecture
« En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais à la gloire » (Sg 18, 6-9)

Lecture du livre de la Sagesse
La nuit de la délivrance pascale avait été connue d’avance par nos Pères ; assurés des promesses auxquelles ils avaient cru, ils étaient dans la joie. Et ton peuple accueillit à la fois le salut des justes et la ruine de leurs ennemis. En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais à la gloire. Dans le secret de leurs maisons, les fidèles descendants des justes offraient un sacrifice, et ils consacrèrent d’un commun accord cette loi divine : que les saints partageraient aussi bien le meilleur que le pire ; et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères.

Psaume
(Ps 32 (33), 1.12, 18-19,20.22)
R/ Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu.
 (Ps 32, 12a)

Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange !
Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu,
heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine !

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

Deuxième lecture
« Abraham attendait la ville dont le Seigneur lui-même est le bâtisseur et l’architecte » (He 11, 1-2.8-19)

Lecture de la lettre aux Hébreux
Frères, la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. Et quand l’Écriture rend témoignage aux anciens, c’est à cause de leur foi.
Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit sans savoir où il allait.
Grâce à la foi, il vint séjourner en immigré dans la Terre promise, comme en terre étrangère ; il vivait sous la tente, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse, car il attendait la ville qui aurait de vraies fondations, la ville dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte.
Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses. C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort, a pu naître une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, une multitude innombrable.
C’est dans la foi, sans avoir connu la réalisation des promesses, qu’ils sont tous morts ; mais ils l’avaient vue et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs. Or, parler ainsi, c’est montrer clairement qu’on est à la recherche d’une patrie. S’ils avaient songé à celle qu’ils avaient quittée, ils auraient eu la possibilité d’y revenir. En fait, ils aspiraient à une patrie meilleure, celle des cieux. Aussi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu, puisqu’il leur a préparé une ville.
Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve, Abraham offrit Isaac en sacrifice. Et il offrait le fils unique, alors qu’il avait reçu les promesses et entendu cette parole : C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom. Il pensait en effet que Dieu est capable même de ressusciter les morts ; c’est pourquoi son fils lui fut rendu : il y a là une préfiguration.

Évangile
« Vous aussi, tenez-vous prêts » (Lc 12, 32-48)
Alléluia. Alléluia. 
Veillez, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l’homme viendra. Alléluia. (cf. Mt 24, 42a.44)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n’approche pas, où la mite ne détruit pas. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir. S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur viendrait, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. » Pierre dit alors : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tous ? » Le Seigneur répondit : « Que dire de l’intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de son personnel pour distribuer, en temps voulu, la ration de nourriture ? Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi ! Vraiment, je vous le déclare : il l’établira sur tous ses biens. Mais si le serviteur se dit en lui-même : ‘Mon maître tarde à venir’, et s’il se met à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, alors quand le maître viendra, le jour où son serviteur ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il l’écartera et lui fera partager le sort des infidèles. Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a rien préparé et n’a pas accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, celui-là n’en recevra qu’un petit nombre. À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage. »
Patrick BRAUD

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24 juillet 2022

On n’a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

 On n’a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard !

Homélie pour le 18° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
31/07/2022

Cf. également :

Êtes-vous croissant ou décroissant ?
Vanité des vanités…
La double appartenance
Gardez-vous bien de toute âpreté au gain !
Le pauvre Lazare à nos portes
Chameau et trou d’aiguille
À quoi servent les riches ?
Où est la bénédiction ? Où est le scandale ? dans la richesse, ou la pauvreté ?

On n’a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard !

 On n'a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard ! dans Communauté spirituelleJésus n’était pas canadien ! Mais il aurait pu inventer ce dicton de nos cousins du Nord. Il l’a fait en réalité avec la parabole de ce dimanche (Lc 12, 13-21) qui dénonce l’accumulation outrancière des riches :

« Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : ‘Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.’ Puis il se dit : ‘Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.’ Mais Dieu lui dit : ‘Insensé : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?’ Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu ».

L’humanité hélas n’a pas beaucoup progressé depuis ! Ce triste constat de la surcapitalisation de quelques-uns aux dépens de leur vie spirituelle est toujours d’actualité : malgré un contexte morose en 2021, les grands patrons français du CAC 40 ont vu leurs rémunérations quasiment doubler en un an, et largement dépasser celles de 2019. Avec une augmentation moyenne de +93 % en 2021, les patrons du CAC ont connu une augmentation record de leurs émoluments. D’après la société spécialisée Scalen, la rémunération moyenne d’un dirigeant du CAC 40 s’élève désormais à la modeste somme de 8,7 millions d’euros par an, deux fois plus qu’en 2020, 60% de plus qu’en 2019, 3 fois plus qu’en 2011, 310 fois le salaire médian !

Dans la parabole, Jésus dénonce une double soif des riches, si insatiable qu’elle les dévore de l’intérieur : la soif de posséder, qui se traduit par une accumulation exponentielle, et la soif de jouir de l’existence, qui se traduit par des trains de vie époustouflants où la moindre montre vaut des centaines de milliers d’euros et le restaurant entre amis le salaire annuel d’un de leurs employés…

Max Weber projetait l’ascétisme protestant dans une certaine sobriété, un refus de consommer à outrance chez les pionniers du 18° siècle, qui créait ainsi une propension à épargner nécessaire à l’esprit du capitalisme naissant. On connaît sa thèse : selon Weber, le comportement économique des premiers protestants américains s’explique par la prédestination. Pour Calvin en effet, le salut éternel dépend d’une décision arbitraire de Dieu et non des actions bonnes ou mauvaises entreprises durant la vie, comme c’est le cas dans le catholicisme d’alors. La grâce seule sauve, pas les œuvres. Mais cette prédestination ne mène pas au fatalisme, car l’angoisse du calviniste (« suis-je destiné à aller au paradis ? ») peut être dissipée par la réussite économique, signe d’élection divine. Or le sermon sur ma montagne (Mt 5) demande de vivre dans un esprit de pauvreté une vie ascétique et austère. Autrement dit, les calvinistes sont incités à réussir, mais pas à consommer les fruits de leur labeur, ce qui est (évidemment) favorable à l’accumulation.

« Le calviniste ne peut savoir s’il sera sauvé ou damné, or c’est là une conclusion qui peut devenir intolérable. Par un penchant non pas logique, mais psychologique, il cherchera donc dans le monde les signes de son élection divine. C’est ainsi, suggère Weber, que certaines sectes calvinistes ont fini par trouver dans le succès temporel, éventuellement le succès économique, la preuve du choix de Dieu. L’individu est ainsi poussé au travail pour surmonter l’angoisse dans laquelle ne peut pas ne pas entretenir l’incertitude de son salut » (Raymond Aron).

Il est donc amené à travailler rationnellement en vue d’un profit et à ne pas dépenser ce profit. Ce qui rejoint une logique nécessaire au début du capitalisme : travailler comme un fou, non pas pour jouir des douceurs de l’existence, mais pour la seule satisfaction de produire toujours plus, avec la certitude de l’élection divine qui l’accompagne. Le profit ainsi accumulé constitue alors l’épargne, réinvestie pour développer de nouveaux moyens de production etc….

41IX4YYY0jL._SX302_BO1,204,203,200_ grenier dans Communauté spirituelle« Pour résumer ce que nous avons dit jusqu’à présent, l’ascétisme protestant, agissant à l’intérieur du monde, s’opposa avec une grande efficacité à la jouissance spontanée des richesses et frein la consommation, notamment celle des objets de luxe. En revanche, il eut pour effet psychologique de débarrasser des inhibitions de l’éthique traditionaliste le désir d’acquérir. Il a rompu les chaînes qui entravaient pareille tendance à acquérir, non seulement en la légalisant, mais aussi … en la considérant comme directement voulue par Dieu…

Plus important encore, l’évaluation religieuse du travail sans relâche, continu, systématique, dans une profession séculière, comme moyen ascétique le plus élevé et à la fois preuve la plus sûre, la plus évidente de régénération et de foi authentique, a pu constituer le plus puissant levier qui se puisse imaginer de l’expansion de cette conception de la vie que nous avons appelée, ici, l’esprit du capitalisme ».
(Max Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du Capitalisme)

Historiquement, pourtant, Max Weber avait tort : les riches de toutes les époques veulent à la fois épargner et consommer sans fin ! Le développement du capitalisme n’a pas fait exception. Qu’on songe aux riches marchands de Gêne, Venise, Bruges, Anvers, Amsterdam, Londres : ils ont tour à tour tenu le haut du pavé du commerce mondial depuis le 16° siècle, en s’enrichissant à l’excès, et en étalant leur réussite avec insolence et mépris.

 

Accumulez, accumulez…

Pour une fois, il faut donc donner raison à Marx (et Jésus !) contre Weber : la soif de jouir alimente la soif d’accumuler, et réciproquement. Le chapitre dans lequel Marx aborde ce thème s’intitule : « Théorie de l’abstinence » (on dirait aujourd’hui : de la frugalité, de la sobriété), et c’est bien une question très actuelle :

Le Capital« Accumulez, accumulez ! C’est la loi et les prophètes !
La parcimonie, et non l’industrie, est la cause immédiate de l’augmentation du capital. À vrai dire, l’industrie fournit la matière que l’épargne accumule.
Épargnez, épargnez toujours, c’est à dire retransformez sans cesse en capital la plus grande partie possible de la plus-value ou du produit net ! Accumuler pour accumuler, produire pour produire, tel est le mot d’ordre de l’économie politique proclamant la mission historique de la période bourgeoise.
Enfin, accumuler, c’est conquérir le monde de la richesse sociale, étendre sa domination personnelle, augmenter le nombre de ses sujets, c’est sacrifier à une ambition insatiable.
Il s’élève dès lors en lui (le capitaliste) un conflit à la Faust entre le penchant à l’accumulation et le penchant à la jouissance » [1].

Pour Marx, cette suraccumulation capitalistique est immorale et dangereuse. Pour Jésus, elle est littéralement in-sensée : « insensé, cette nuit même on va te demander ton âme ». Cette phrase est devenue proverbiale elle aussi : on l’adresse à quelqu’un qui se noie dans une recherche effrénée, afin de le réveiller avant qu’il ne soit trop tard. Les riches croient avoir trouvé la parade avec l’héritage, qui leur permet d’accumuler sur des générations et pas seulement sur la durée d’une vie. À la question de Jésus : « ce que tu as accumulé, à ta mort qui l’aura ? » ils répondent : « mon fils, ma fille », sans réaliser qu’ils avouent ainsi vouloir posséder leurs enfants à qui ils demandent de n’être qu’une extension de leur propre trajectoire.

Heureusement, la loi du Jubilé en Israël ou les lois antitrust modernes viennent régulièrement casser cette logique d’accumulation. Heureusement, l’expérience montre que le capitalisme familial a du mal à durer au-delà de 3 ou 4 générations (à part quelques exceptions notables, en France par exemple avec l’empire de la famille Mulliez. Mais cet empire familial ne date que de 1961. Et pour combien de temps ?).

Et de toute façon, survivre à travers ses enfants n’est pas survivre : c’est encore vouloir posséder ce qui n’est pas à soi, c’est se faire illusion en confondant le souvenir et la vie éternelle. Qu’est-ce que cela peut faire à Steve Jobs dans sa tombe que Steve Jobs junior soit immensément riche ? L’avenir de quelqu’un en Dieu ne s’achète pas, ni ne dépend de son revenu fiscal !

 

L’homme comblé ne dure pas, il ressemble au bétail qu’on abat

Le psaume 49, que Jésus a dû apprendre et psalmodier par cœur – par le cœur – exprime bien cette méfiance fondamentale d’Israël envers l’accumulation pratiquée par les riches :

chat-paradis-dscal Marx« Pourquoi craindre aux jours de malheur ces fourbes qui me talonnent pour m’encercler,
ceux qui s’appuient sur leur fortune et se vantent de leurs grandes richesses ?
Nul ne peut racheter son frère ni payer à Dieu sa rançon :
aussi cher qu’il puisse payer, toute vie doit finir.

Peut-on vivre indéfiniment sans jamais voir la fosse ?
Vous voyez les sages mourir : comme le fou et l’insensé ils périssent, laissant à d’autres leur fortune.
Ils croyaient leur maison éternelle, leur demeure établie pour les siècles ; sur des terres ils avaient mis leur nom.
L’homme comblé ne dure pas : il ressemble au bétail qu’on abat.

Tel est le destin des insensés et l’avenir de qui aime les entendre :
troupeau parqué pour les enfers et que la mort mène paître.
À l’aurore, ils feront place au juste ; dans la mort, s’effaceront leurs visages : pour eux, plus de palais !

Mais Dieu rachètera ma vie aux griffes de la mort : c’est lui qui me prendra.
Ne crains pas l’homme qui s’enrichit, qui accroît le luxe de sa maison :
aux enfers il n’emporte rien ; sa gloire ne descend pas avec lui.

De son vivant, il s’est béni lui-même : ‘On t’applaudit car tout va bien pour toi !’
Mais il rejoint la lignée de ses ancêtres qui ne verront jamais plus la lumière.
L’homme comblé qui n’est pas clairvoyant ressemble au bétail qu’on abat ».

On croirait lire le Capital de Marx ! Mais c’est plutôt Marx qui, juif de culture, a puisé dans la Bible de quoi critiquer le capitalisme naissant, en sécularisant les arguments des textes inspirés. En tout cas, l’avertissement de Jésus est le même : l’homme comblé ne dure pas, il ressemble au bétail qu’on abat.

La fortune estimée de Vladimir PoutineVoilà de quoi faire trembler Poutine, multimilliardaire politique, et ses amis oligarques et ploutocrates de tous poils, qui ont profité de son ascension au pouvoir. Voilà également de quoi calmer les ardeurs de Bill Gates, Elon Musk et autres Mark Zuckerberg, propulsés à des niveaux de fortune inimaginables, carrément indécents : « insensé, cette nuit même on va te demander ton âme »

Soyons justes : certains essaient d’entendre cette petite voie de leur conscience qui leur rappelle que trop, c’est trop. Bill Gates par exemple a donné la moitié de sa fortune à sa fondation qui lutte contre le paludisme, fléau mondial trop oublié. La philanthropie des riches est une ancienne tradition très américaine. Elle produit de beaux fruits, sans annuler le constat sévère du Christ : même en étant généreux, tu continues d’accumuler pour toi ce qui manque aux autres, et tu te prosternes devant le Veau d’or. Une nouvelle forme d’idolâtrie en somme.

Tel Picsou plongeant avec délices dans son coffre-fort rempli de pièces d’or, les riches se délectent du seul fait de posséder, tout en voulant posséder encore plus que les autres riches…

Certains protestants font donc une lecture sélective de la Bible lorsqu’ils voient dans leurs greniers pleins le signe de leur élection divine. Ils ne retiennent que les versets où la richesse accumulée est le signe de la bénédiction par YHWH des travaux entrepris, tel Abraham jouissant de ses nombreux biens, ou Job rétabli enfin dans son abondance. Ils oublient une bonne moitié de la Bible, où l’ambivalence de la richesse la fait basculer du côté des tentations mortelles sur le plan spirituel. Citons quelques passages sans ambigüité :

1947-balthazar-picsou-02 parabole« Ne vous faites pas de trésors sur la terre, là où les mites et les vers les dévorent, où les voleurs percent les murs pour voler. Mais faites-vous des trésors dans le ciel, là où il n’y a pas de mites ni de vers qui dévorent, pas de voleurs qui percent les murs pour voler. » (Mt 6,19-20)
« Quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation ! » (Lc 6,24)
« Votre or et votre argent sont rouillés. Cette rouille sera un témoignage contre vous, elle dévorera votre chair comme un feu. Vous avez amassé des richesses, alors que nous sommes dans les derniers jours ! » (Jc 5,3)

« Tu dis : ‘Je suis riche, je me suis enrichi, je ne manque de rien’, et tu ne sais pas que tu es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! » (Ap 3,17)
Dans l’Apocalypse, la chute de Babylone-la-grande illustre la folie des gagnants de la mondialisation : « Les marchands qu’elle avait ainsi enrichis se tiendront à distance par peur de ses tortures, dans les pleurs et le deuil. [...] Et jetant de la poussière sur leur tête, ils criaient dans les pleurs et le deuil. Ils disaient : ‘Malheur ! Malheur ! La grande ville, dont l’opulence enrichissait tous ceux qui avaient des bateaux sur la mer : en une heure, elle a été dévastée !’ » (Ap 18,15.19)

Impossible d’aligner ici tous les passages où l’accumulation d’argent ou de biens condamne à la mort physique et spirituelle !

Weber avait donc deux fois tort : il croyait que la sobriété et l’accumulation peuvent aller de pair pour des raisons religieuses ; il croyait voir cette dynamique puritaine à l’œuvre dans le capitalisme naissant, en oubliant la cupidité à l’origine du capitalisme, et la soif de puissance très vite omniprésente dans l’enrichissement des premiers Américains.

Reste que la thèse de Max Weber sur l’affinité élective entre une foi religieuse et une économie est puissante. Contre Marx qui voulait démontrer que la religion n’est qu’une superstructure de l’économie, Weber nous aide à penser l’interaction entre nos systèmes religieux et nos systèmes économiques. Ce que nous croyons a une influence énorme sur ce que nous produisons et consommons, et sur la manière dont nous le faisons. Oui, il y a bien un lien entre ma réponse à la question sur l’au-delà et mon compte en banque ! Si je pense qu’après la mort j’ai un avenir en Dieu, alors à quoi sert d’accumuler dans des greniers ce qui périra avec moi ? C’est littéralement insensé que d’épargner ou de consommer comme si je ne devais jamais mourir ! Cela n’a aucun sens d’accumuler pour moi seul le temps de quelques courtes décennies, alors qu’une autre faim et une autre soif m’attendent en Dieu, pour toujours…

 

Et nos greniers à nous ?

589hommeriche richesseIl est facile de dénoncer les greniers des autres. Mais les miens ? Jésus, lui, était cohérent, car il n’avait pas de pierre où reposer la tête. Or nous affirmons – non sans raison – qu’un minimum d’accumulation est nécessaire pour vivre dignement. Seulement, la question du seuil est délicate. À partir de quand commence-t-on à ressembler au capitaliste de la parabole de ce dimanche ? Quand on est propriétaire de son logement ? Non, c’est un minimum, répondent les 64% de la population française qui ont pu acheter leur appartement ou leur maison. Quand on se paye une résidence secondaire, à la mer, la montagne la campagne ? Non, ce n’est pas grand-chose à côté des autres, répondront les ménages qui possèdent les 10 % de logements classés comme résidence secondaire. Quand on dépasse 500 000 € de patrimoine (soit 3 fois le patrimoine médian des Français) ? C’est à peine une poire pour la soif, répondront en s’excusant les 7 % de la population qui dépassent ce seuil…

Bref, les riches, c’est toujours les autres ! Les greniers trop pleins et trop nombreux sont ceux qu’on dénonce ailleurs que dans sa cour. Chacun veut être le pauvre d’un autre.
« Insensé, cette nuit même on va te redemander ta vie ! ».

Quels sont ces greniers où j’accumule de plus en plus sans même m’en apercevoir ?

On pense bien sûr à l’argent durement gagné (ou non !) : face à l’inflation, il est légitime de chercher à sécuriser notre retraite, notre pouvoir d’achat. Mais l’épargne solidaire, la finance éthique ou l’investissement utile (style crowfounding, coopérative, mutuelle etc.) sont des alternatives crédibles à la seule accumulation stérile.

Qui dit greniers signifie encore d’autres manières de thésauriser.
Accumuler du pouvoir devient en politique, en entreprise ou en famille une drogue dangereuse.
Accumuler du prestige transforme les meilleurs en baudruches gonflées d’eux-mêmes.
Accumuler du savoir sans le mettre au service d’une cause relève du dandysme intellectuel.
Accumuler des bonnes œuvres religieuses est tout aussi illusoire et conduit tout droit au pharisaïsme.
« Insensé, cette nuit même on va te redemander ta vie ! ».

Quelle est la soif d’accumulation, petite ou grande, qui me dévie du but ultime ?
Quels sont les greniers que je m’épuise à remplir, au point de perdre le sens de mon métier, de ma famille, de mes activités ?
« Insensé, cette nuit même on va te redemander ta vie ! ».

 


[1]. Karl MARX, Le Capital, Livre premier, Le développement de la production capitaliste, VII° section : Accumulation du capital, Chapitre XXIV : Transformation de la plus-value en capital, III. Division de la plus-value en capital et en revenu, Théorie de l’abstinence.

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Que reste-t-il à l’homme de toute sa peine ? » (Qo 1, 2 ; 2, 21-23)

Lecture du livre de Qohèleth
Vanité des vanités, disait Qohèleth. Vanité des vanités, tout est vanité !

Un homme s’est donné de la peine ; il est avisé, il s’y connaissait, il a réussi. Et voilà qu’il doit laisser son bien à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine. Cela aussi n’est que vanité, c’est un grand mal !
En effet, que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? Tous ses jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments : même la nuit, son cœur n’a pas de repos. Cela aussi n’est que vanité.

Psaume
(Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc)

R/ D’âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge. (Ps 89, 1)

Tu fais retourner l’homme à la poussière ; tu as dit : « Retournez, fils d’Adam ! »
À tes yeux, mille ans sont comme hier, c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.

Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ; dès le matin, c’est une herbe changeante :
elle fleurit le matin, elle change ; le soir, elle est fanée, desséchée.

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ? Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu ! Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains.

Deuxième lecture
« Recherchez les réalités d’en haut ; c’est là qu’est le Christ » (Col 3, 1-5.9-11)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens
Frères, si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre.
En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire. Faites donc mourir en vous ce qui n’appartient qu’à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais, et cette soif de posséder, qui est une idolâtrie. Plus de mensonge entre vous : vous vous êtes débarrassés de l’homme ancien qui était en vous et de ses façons d’agir, et vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau qui, pour se conformer à l’image de son Créateur, se renouvelle sans cesse en vue de la pleine connaissance. Ainsi, il n’y a plus le païen et le Juif, le circoncis et l’incirconcis, il n’y a plus le barbare ou le primitif, l’esclave et l’homme libre ; mais il y a le Christ : il est tout, et en tous.

Évangile
« Ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » (Lc 12, 13-21)
Alléluia. Alléluia. 
Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ! Alléluia. (Mt 5, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? » Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. » Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : ‘Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.’ Puis il se dit : ‘Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.’ Mais Dieu lui dit : ‘Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?’ Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »
Patrick BRAUD 

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