L'homelie du dimanche

18 juillet 2017

500 000 clics !

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500 000

500 000 : c’est à la louche le nombre de clics sur les pages du site, cap symbolique franchi ce mois-ci.

·      Le bibliste calculera : 5 c’est le chiffre de la loi (Pentateuque), 50 c’est celui de Pentecôte (le don de la loi au peuple sur le mont Sinaï 50 jours après la Pâque), 100 et 1000 sont synonymes de multitude. 500 000 c’est donc la loi arrivée à maturité et partagée à la multitude…

·      L’optimiste s’écriera : un demi-million de lecteurs, c’est quand même encourageant !

·      Le réaliste tempèrera : il faut diviser par 52 car ce sont les mêmes qui reviennent  chaque semaine.

·      Le pessimiste objectera : on n’est même pas sûr que ceux qui tombent sur ces pages les lisent vraiment.

·      Le gestionnaire avisé fera ses calculs : quand même, avec une seule production par semaine, beaucoup de sites aimeraient avoir un ratio semblable…

·      Le commercial soupirera : dommage qu’on ne puisse pas convertir ces clics en revenus financiers ! On aurait pu au moins en tirer des revenus de publicité…

·      L’homme de foi relativisera : il suffirait qu’une seule page ait touché un seul lecteur au point de lui donner le goût de la Bible, et le pari du site serait gagné !

 

Bref, chacun lira ce que son talent personnel lui fait lire, mais ces 500 000 pages lues sont de toute façon un cap de Bonne-Espérance franchi au large !

 

Et maintenant, en avant pour le million…

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17 juillet 2017

Le levain dans la pâte : interprétations symboliques

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Le levain dans la pâte : interprétations symboliques

 

Homélie pour le 16° dimanche du temps ordinaire / Année A
23/07/2017

Cf. également :

Ecclésia permixta

La patience serait-elle l’arme des forts ?

Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires

L’Eglise et la modernité: sel de la terre ou lumière du monde ?

Parmi toutes les paraboles sur le Royaume de Dieu ce dimanche, arrêtons-nous sur l’une des plus connues : le levain dans la pâte. Elle est courte, facilement mémorisable, elle se prête à un infini d’interprétations symboliques qui lui ont assuré un grand succès dans l’histoire de l’Église et au-delà :

« Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. » cf. Mt 13, 24-43

Caté : La parabole du levain dans la pâte

Les Père de l’Église y ont d’abord vu une image de l’humilité du Christ :

Il est le plus petit de tous les germes, car il est venu, mais non dans la puissance royale, non dans la richesse, non dans la sagesse de ce monde (St Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, VII 180-185)

Puis une image de la double nature du Christ :

Le levain est un élément qui vient se joindre à la farine. Jésus, en tant qu’il était de la même nature que ses pères, pouvait se comparer au grain de blé : mais ayant ajouté à cette nature humaine la nature divine, il devient un ferment à l’égard de celle-là. Déjà il est partout dans la loi ancienne, il est partout mais caché ; il est révélé par les prophètes, et il commence à se manifester dans l’Évangile : c’est lui qui ramène tout à l’unité (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, VII 187-188).

Ils ont reconnu à travers la femme de la parabole tantôt Marie, tantôt l’Église, les deux étant constamment indissociables dans le christianisme primitif :

Cette femme qui mêle le ferment divin à la masse de l’humanité c’est la Vierge Marie ; comme la mort était venue par Ève, la vie vient à tous par Marie (saint Pierre Chrysologue : sermon XCIX).

Cette femme c’est aussi l’Église qui doit faire pénétrer Jésus au-dedans de notre âme jusqu’à ce que la chaleur de la sagesse céleste remplisse les parties les plus secrètes de notre cœur (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, VII 187).

On peut également partir de la réalité matérielle et fonctionnelle du levain.

Le levain dans la pâte : interprétations symboliques dans Communauté spirituelle levain+liqu+m%c3%bbrQu’est-ce que le levain ? Le dictionnaire Larousse écrit :

Morceau de pâte en cours de fermentation incorporé à la pâte en cours de pétrissage pour en provoquer la levée par dégagement de gaz carbonique.

La levure est issue d’un phénomène de moisissures (les micro-organismes). Il en faut très peu pour faire lever la pâte. À condition que le levain ait été correctement mélangé à l’ensemble, la pâte (à pain) gonfle et devient légère, aérée, sans que l’on puisse à la fin distinguer à nouveau la levure de la pâte où elle s’est dissoute à jamais.

Il y a six caractéristiques de l’action du levain que nous pouvons retenir pour notre propre action de chrétiens dans le monde aujourd’hui.

Moisir – s’enfouir – être minoritaire – se disperser – transformer – se perdre.

Bien sûr, une seule image ne suffit pas décrire entièrement le mystère du Royaume de Dieu. Il faut adjoindre à celle du levain les autres paraboles, où il est souvent question d’un tandem (antinomique) : sel/lumière, bon grain/ivraie, graine de moutarde, brebis au milieu des loups, drachme perdue…

Pourtant, depuis la fin du siècle dernier, la symbolique du levain dans la pâte a perdu du terrain dans l’imaginaire des chrétiens. Catholiques ou protestants parlent de reconquête, se retrouvent entre eux dans des communautarismes à la mode, affirment clairement une identité visible voire agressive.

Cf. L’Eglise et la modernité: sel de la terre ou lumière du monde ?

Raison de plus pour redécouvrir combien les harmoniques – non exclusives – de cette métaphore du levain devraient structurer notre présence au monde.

 

Moisir

C’est évidemment curieux de choisir un tel verbe – connoté très négativement – et de commencer par lui ! Mais les champignons de la levure ne sont ni plus ni moins que des moisissures microscopiques. Moisir, c’est peut-être – au plan spirituel – faire l’expérience de sa propre part d’ombre, pâlir d’effroi devant ses contradictions et son incohérence. Impossible de rejoindre les autres utilement sans d’abord plonger en soi et regarder avec courage les décompositions intérieures qui nous travaillent.

Plus encore, le levain évoque cette part d’humanité que l’on considère comme moisie, au rebut, déchet de la société. Ce n’est pas pour rien que Pâques est la fête des pains sans levain, et qu’il faut éliminer toute trace de cette impureté dans les maisons juives avant de célébrer Pessah. Or Jésus s’est identifié à ce levain impur que l’on met dehors pour Pâques (Jn 19,14). Lui, le saint de Dieu, il a fait corps avec les impurs, des lépreux aux adultères, des païens aux zélotes. Sur la croix, il devient un maudit de Dieu (Ga 3,13 ; Dt 21,23), identifié à ce que l’humanité produit de pire en matière de criminalité et de blasphème.
Or, si le levain fait lever la pâte, c’est parce qu’il est composé de cette inhumanité repoussée par les dominants.

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Impossible de contribuer au bien commun sans « moisir » d’abord avec les exclus de notre temps, ce qui commence avec soi-même. C’est par exemple Jean Vannier recueillant chez lui des personnes handicapées mentales qu’on allait placer en institution, ou l’Abbé Pierre partageant la vie et le travail des premiers compagnons d’Emmaüs.

 

S’enfouir

Comment ne pas s’étonner que le Verbe de Dieu vienne s’enfouir dans une bourgade perdue d’un peuple juif qui n’est certes pas le plus grand ni le plus nombreux des peuples de nos manuels d’histoire !? Et pourtant, Jésus est devenu universel à partir de sa singularité juive, judéenne, et grâce à elle.

Celui qui ne sait pas s’enfouir dans une culture, un peuple, avec ses coutumes, sa langue, sa sagesse ou son histoire ne pourra faire lever l’ensemble. Les Pères Blancs envoyés en Afrique noire au XVIII° siècle commençaient par une année d’école, pour apprendre la langue, les proverbes, les coutumes de l’ethnie vers qui ils allaient être envoyés.

S’enfouir est à l’inverse de tous les ghettos, replis sur soi ou citadelles qui sont trop souvent le lot des expatriés ou des immigrés. S’enfouir, c’est se faire romain avec les romains, manger africain avec les africains, s’habiller indien avec les indiens, servir le thé au Japon comme les Japonais… Comment susciter un élan pour tous en restant à distance, cloisonné dans un autre univers ? Ce fut l’une des sources de l’anticléricalisme en France, car le haut clergé ne vivait plus au milieu du peuple ni comme lui. C’est aujourd’hui l’un des reproches les plus violents fait à nos politiques, qui ne savent plus de quoi est fait le quotidien des plus modestes, parce qu’ils ne fréquentent plus leurs quartiers, n’ont plus les mêmes joies ni les mêmes soucis.

Savoir s’enfouir, à la manière du Christ 30 années caché à Nazareth, est l’indispensable préambule à l’efficacité du levain.

Pélobate cultripède. Enfouissement dans le sable

Être minoritaire

Répétons-le : très peu de levain suffit (comme le sel). Bien des chrétiens rêvent de redevenir majoritaires en France ou ailleurs, avec une nostalgie mauvaise conseillère. Le but de l’Église n’est pas de contrôler ni de devenir l’ensemble de la société (à l’inverse de l’ambition musulmane). Elle est de faire lever le royaume de Dieu en pleine humanité. Point n’est besoin pour les baptisés d’être nombreux ou au pouvoir. La condition de minoritaires  leur va bien. Ce fut leur condition au cours des trois premiers siècles du christianisme, et cela ne les a pas empêchés, au contraire, d’embraser le bassin méditerranéen du feu de l’Évangile !
Cf. Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires

un-blanc-d-oeuf-dans-les-oeufs-bruns-minorit%C3%A9-visible-17707566 enfouissement

Se disperser

Le levain s’éparpille dans toute la pâte, par nature et par travail du pétrin. S’il reste concentré, certaines parties lèveront trop, d’autres pas du tout. Les chrétiens n’ont pas vocation à vivre ensemble : il leur faut s’éparpiller dans la vie sociale à travers les professions, les associations, les loisirs les plus variés. S’ils se retrouvent, c’est pour se raconter l’action de l’Esprit Saint chez ceux qu’ils rencontrent (à la manière des Actes des Apôtres), pour reprendre des forces en communiant à l’ekklèsia et à l’eucharistie avant d’être à nouveau renvoyés à leurs responsabilités ordinaires (« allez dans la paix du Christ » / ite missa est).

Même les communautés monastiques, apparemment monobloc, veulent en pratiquant l’accueil et l’hospitalité ne pas se couper de la multiplicité des détresses et des espoirs du monde qui les entoure.

Un baptisé à lui tout seul ne peut assumer l’intégralité de cette dispersion. Mais à plusieurs, il est essentiel de vérifier régulièrement la surface et la qualité de la diaspora vécue, quitte à envoyer en mission là où justement il n’y a personne. La diaspora juive demeure le mode de vie ordinaire de l’Église. Elle fait même partie de son identité catholique, c’est-à-dire orientée vers la totalité de l’humanité.

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Transformer

S’enfouir, être présent au maximum à nos réalités contemporaines : oui, mais pas seulement pour être présent. Le levain possède une efficacité spectaculaire, et visible ! La pâte lève alors qu’elle était compacte et lourde. La puissance de la levure se juge à la transformation opérée. Ainsi la qualité de la vie spirituelle des baptisés se juge aux fruits qu’elle produit  dans l’ensemble de la société. Car il ne s’agit pas d’épouser les mœurs environnantes pour devenir complice ! Il s’agit de faire corps avec le meilleur de nos contemporains pour que l’Esprit les élève vers Dieu. Les premières générations de chrétiens ont apporté avec eux le respect de la vie humaine, de la dignité féminine, de l’égalité entre maîtres et esclaves, toutes valeurs qui n’étaient pas évidentes dans l’empire romain ou dans les nations barbares. Les générations d’aujourd’hui seront levain dans la pâte si elles réussissent à  humaniser davantage la vie en entreprise, le partage des richesses, le respect de la vie et des plus faibles etc. Cette transformation se joue dans les quartiers, les familles, mais aussi dans les lois, la création artistique, l’innovation sociale…

À quoi bon des églises pleines si elles sont incapables de rendre la société meilleure ? À quoi bon des baptisés par millions s’ils suivent aveuglement Hitler ou Pétain, s’ils se saisissent de la machette entre Hutus et Tutsis, s’ils aggravent les inégalités entre riches et pauvres ? À l’inverse, un Desmond Tutu et un Nelson Mandela renversent l’apartheid ; un Jean Monnet et un Maurice Schumann construisent la paix en Europe sur le pardon franco-allemand et la coopération économique ; les Pères Blancs mettent par écrit les langues indigènes et leur grammaire ; Jean Paul II s’engage dans la lutte contre le communisme en Pologne et donne des coups de pioches spirituels qui finiront par casser le mur de Berlin etc. etc.

 

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Se perdre

À la fin du pétrin, le levain ne se distingue plus de la pâte. Comme dans l’immixtion eucharistique, où on ne peut plus distinguer l’eau du vin dans le calice. Il s’agit bien de se perdre, par amour. Impossible pour le levain de calculer un ROI (retour sur investissement), de planifier une prise de pouvoir, d’obtenir gloire et reconnaissance à la fin de l’opération, car il n’existe plus, purement et simplement ! Le désintéressement est aussi naturel au levain que l’ambition aux politiques… La seule ambition du levain, c’est que la pâte lève, et il sait que c’est au prix de sa propre disparition en tant que levain.

Le Christ a vécu au plus haut ce désintéressement. Par amour, il a accepté de se perdre, d’aller au plus bas, aux enfers mêmes. C’est « par-dessus le marché » que Dieu l’a relevé, exalté en même temps qu’il élevait et exaltait notre nature humaine.

Sans désintéressement, la transformation n’est ni puissante ni pérenne.

Sans gratuité, l’ego sépare à nouveau ce que l’amour avait réuni, à la manière d’une émission instable, huile et vinaigre.

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Moisir, s’enfouir, être minoritaire, se disperser, transformer, se perdre : choisissez le verbe qui en ce moment résonne pour vous comme un appel de Dieu.

Regardez cette semaine comment l’incarner davantage dans vos responsabilités ordinaires.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Après la faute tu accordes la conversion » (Sg 12, 13.16-19)
Lecture du livre de la Sagesse
Il n’y a pas d’autre dieu que toi, qui prenne soin de toute chose : tu montres ainsi que tes jugements ne sont pas injustes. Ta force est à l’origine de ta justice, et ta domination sur toute chose te permet d’épargner toute chose. Tu montres ta force si l’on ne croit pas à la plénitude de ta puissance, et ceux qui la bravent sciemment, tu les réprimes. Mais toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance. Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain ; à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute tu accordes la conversion.

PSAUME
(Ps 85 (86), 5-6, 9ab.10, 15-16ab)
R/ Toi qui es bon et qui pardonnes, écoute ma prière, Seigneur. (cf. Ps 85, 5a.6a)

Toi qui es bon et qui pardonnes,
plein d’amour pour tous ceux qui t’appellent,
écoute ma prière, Seigneur,
entends ma voix qui te supplie.

Toutes les nations, que tu as faites,
viendront se prosterner devant toi,
car tu es grand et tu fais des merveilles,
toi, Dieu, le seul.

Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié,
lent à la colère, plein d’amour et de vérité !
Regarde vers moi,
prends pitié de moi.

DEUXIÈME LECTURE
« L’Esprit lui-même intercède par des gémissements inexprimables » (Rm 8, 26-27)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. Et Dieu, qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles.

ÉVANGILE
« Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson » (Mt 13, 24-43)
Alléluia. Alléluia.
Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : ‘Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?’ Il leur dit : ‘C’est un ennemi qui a fait cela.’ Les serviteurs lui disent : ‘Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?’ Il répond : ‘Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.’ »
 Il leur proposa une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leurs nids dans ses branches. » Il leur dit une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. »
Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans parabole, accomplissant ainsi la parole du prophète : J’ouvrirai la bouche pour des paraboles, je publierai ce qui fut caché depuis la fondation du monde.
Alors, laissant les foules, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. » Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. L’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal ; ils les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père.
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
Patrick BRAUD

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10 juillet 2017

Semer pour tous

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Semer pour tous


Homélie pour le 15° dimanche du temps ordinaire / Année A
16/07/2017

Cf. également :

La lectio divina : galerie de portraits
Éléments d’une écologie chrétienne
Sortir, partir ailleurs…
Le management du non-agir
Le pourquoi et le comment

 

Le fondement de l’égalité

Notre parabole du semeur de ce dimanche est l’une des plus connues du Nouveau Testament. Elle a souvent été associée à la parabole des talents, sans doute parce que dans les deux cas chacun reçoit quelque chose – quelle que soit sa nature – à faire fructifier. Le chemin pierreux reçoit peu de graines, le serviteur moins talentueux ne reçoit qu’un talent, mais chaque terrain est ensemencé, chaque serviteur se voit confier une chose à développer.

Semer pour tous dans Communauté spirituelle 64_image_1_110201045806Tocqueville, en fin analyste de l’idéal républicain en Amérique et en Europe, voyait dans ces paraboles la source d’inspiration la plus fondamentale de ce qui est devenu la sacro-sainte égalité républicaine en France, trônant sur les frontispices de nos mairies avec ses deux amies (pourtant souvent antagonistes) : la liberté et la fraternité.

 « C’est nous [les Français] qui avons donné un sens déterminé et pratique à cette idée chrétienne que tous les hommes naissent égaux et qu’il avons appliqué aux faits de ce monde. C’est nous qui, en détruisant dans tout le monde le principe des castes, des classes, en retrouvant, comme on l’a dit, les titres du genre humain qui étaient perdus, c’est nous qui, en répandant dans tout l’univers de la notion de l’égalité des hommes devant la loi, comme le christianisme avait créé l’idée de l’égalité de tous les hommes devant Dieu, je dis que c’est nous qui sommes les véritables auteurs de l’abolition de l’esclavage. » (Discours à la chambre des Députés, 31 Mai 1845)

Le philosophe Luc Ferry commente :

« Cette parabole d’apparence anodine représente en réalité une véritable révolution. Elle signifie que la valeur morale d’un être dépend non pas des dons naturels qu’il a reçus au départ, mais de ce qu’il en fait ; pas de la nature, mais de la liberté. C’est une rupture avec le monde aristocratique, où la hiérarchie sociale reflète les inégalités naturelles. Un trisomique 21, d’un point de vue chrétien, a la même valeur morale, a priori, qu’Einstein: tout est fonction non de ses talents naturels, mais de ce qu’il en fait. Kant et les républicains français reprendront ce thème en expliquant que les dons naturels – beauté, mémoire, intelligence, force… – ne sont pas bons moralement en eux-mêmes. La preuve ? Ils peuvent tous être mis indifféremment au service du bien comme du mal, ce qui prouve que c’est seulement leur usage qui est moral. C’est cette sécularisation de la parabole des talents qui fondera les premières grandes morales laïques. C’est elle qui imprégnera tout le droit républicain. » [1]

Jésus est pétri de la bienveillance divine qu’il contemple tant dans la création : « voyez les lis des champs… » (Mt 6,28) que dans l’histoire humaine : « Dieu fait tomber la pluie sur les bons comme sur les méchants… » (Mt 5,45). Il a lu le récit où David s’interdit de supprimer son ennemi Saül pourtant à sa merci (1S 24). Il chantait chaque jour les psaumes s’émerveillant de la générosité de Dieu envers sa création. Du coup, il est devenu lui-même patient envers le figuier qui ne semble plus rien produire, comme envers Israël qui semble ne pas reconnaître le Messie (Lc 13,8). Il a été bouleversé par la miséricorde divine que les prophètes annonçaient (même à contrecœur, tel Jonas !) à ceux que tout le monde considérait comme perdus pour l’humanité.

Alors le semeur de la parabole refuse de sélectionner les terrains à ensemencer.
Alors le maître donne des talents à chacun, refusant de disqualifier a priori le serviteur moins habile.
Les banquiers de tout temps ne prêtent que rarement et très peu à ceux qui ne présentent pas toutes les garanties de remboursement. On ne prête qu’aux riches… Les machines agricoles modernes optimisent le rendement à venir en ne versant les graines que dans les sillons préparés dans la bonne terre bien sélectionnée.

Le semeur divin sème pour tous.

L’éducateur d’un groupe d’enfants lui ressemblera s’il fait le pari que quelque chose peut germer et grandir même chez les plus terribles.
Le manager d’une équipe d’employés lui ressemblera si sa passion de faire grandir chacun (« empowerment ») ne s’arrête pas aux préjugés et a priori ordinaires.
Les parents lui ressembleront s’ils accordent à chacun de leurs enfants les mêmes possibilités, adaptées à leur personnalité etc.

Bref : la générosité divine est le fondement de l’égalité (républicaine, humaniste).

Comment refuser au mondain, au cœur de pierre ce que Dieu lui-même lui accorde : la capacité de porter des fruits ? La notion de capabilité de l’économiste indien Amartya Sen peut également s’enraciner dans cette vision bienveillante du potentiel de chacun [2].

 

Le fondement de la responsabilité

L’égalité, oui. Mais le résultat n’est pas automatique, et dépend de la mise en œuvre par chacun de la graine reçue. Le chemin pierreux se laisse voler ses graines-promesses-d’espoir par les oiseaux du ciel. La terre superficielle laisse étouffer sa fécondité par les ronces environnantes. Les graines symbolisent la parole de Dieu semée dans nos cœurs, selon l’interprétation de Jésus, mais aussi les talents reçus, les désirs vrais qui nous font nous dépasser, les élans authentiques vers plus d’humanité etc.

Luc Ferry commente à nouveau :

Philosophie de l'amour : l'héritage chrétienQ : Le talent est récompensé… s’il y a eu effort!

R : Exactement, et c’est là l’autre implication essentielle de cette parabole: la valorisation du travail. Un aristocrate joue, ripaille, fait la guerre, mais il ne travaille pas – il y a des esclaves pour ça. En revanche, si la vertu morale ne réside plus dans les dons naturels, mais dans ce qu’on en fait, le travail est valorisé. Ce sont les moines qui, en Europe, vont être les premiers à le mettre en valeur, car ce qui compte, c’est la fructification de ce qu’on a reçu. Un homme qui ne travaille pas n’est pas seulement un homme pauvre, il est aussi un pauvre homme, qui n’est pas « cultivé ». Paresse et égoïsme sont les deux péchés principaux pour l’instituteur républicain, qui est plus chrétien qu’il ne l’imagine. La vertu n’est plus l’actualisation d’une nature bien née ; au contraire, elle lutte contre les penchants naturels à la paresse et à l’égoïsme. [3]

Il est donc de notre responsabilité de porter des fruits. N’allons pas accuser Dieu de n’avoir rien reçu ! N’allons pas désespérer non plus de ne rien trouver à faire grandir chez l’autre… Même le condamné à des années de prison, même le collègue irascible et renfermé, même l’handicapé apparemment réduit à une vie plus ou moins végétative, tous et chacun ont en eux quelque chose à faire fructifier pour le bien commun. C’est peut-être l’art de survivre d’un prisonnier, l’hypersensibilité d’un collègue introverti, le sourire si désarmant de l’handicapé…

 

Et moi, qu’ai-je reçu ? Pour quels fruits rendre grâce ? Quelle croissance réinvestir qui manque encore à ma récolte ?

Saurai-je discerner chez mes proches leur capacité à porter des fruits, et les encourager, les accompagner en ce sens ?

 


[1] . De l’amour : Une Philosophie pour le XX° siècle, Luc Ferry, Ed. Odile Jacob, p 109.

[2] . Une « capabilité » ou « capacité » ou « liberté substantielle » est, suivant la définition qu’en propose Amartya Sen, la possibilité effective qu’un individu a de choisir diverses combinaisons de fonctionnements, autrement dit une évaluation de la liberté dont il jouit effectivement (Wikipedia).

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« La pluie fait germer la terre » (Is 55, 10-11)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. »

PSAUME
(Ps 64 (65), 10abcd, 10e-11, 12-13, 14)

R/ Tu visites la terre et tu l’abreuves, Seigneur,
tu bénis les semailles.
 (cf. Ps 64, 10a.11c)

Tu visites la terre et tu l’abreuves,
tu la combles de richesses ;
les ruisseaux de Dieu regorgent d’eau,
tu prépares les moissons.

Ainsi, tu prépares la terre,
tu arroses les sillons ;
tu aplanis le sol, tu le détrempes sous les pluies,
tu bénis les semailles.

Tu couronnes une année de bienfaits,
sur ton passage, ruisselle l’abondance.
Au désert, les pâturages ruissellent,
les collines débordent d’allégresse.

Les herbages se parent de troupeaux
et les plaines se couvrent de blé.
Tout exulte et chante !

DEUXIÈME LECTURE
« La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu » (Rm 8, 18-23)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, j’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous. En effet la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Et elle n’est pas seule. Nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps.

ÉVANGILE
« Le semeur sortit pour semer » (Mt 13, 1-23)
Alléluia. Alléluia. La semence est la parole de Dieu ; le semeur est le Christ ; celui qui le trouve demeure pour toujours. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord de la mer. Auprès de lui se rassemblèrent des foules si grandes qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage. Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur sortit pour semer. Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger. D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde. Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. D’autres sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés. D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » Il leur répondit : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là. À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a. Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre. Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai. Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu.

Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur. Quand quelqu’un entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : celui-là, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin. Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt. Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit. Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »
Patrick BRAUD

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3 juillet 2017

Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ?


Homélie du 14° dimanche du temps ordinaire / Année A
09/07/2017

C’est dans la fournaise qu’on voit l’humble

En joug, et à deux !

Plus humble que Dieu, tu meurs !

Dieu est le plus humble de tous les hommes


Macron LouvreL’humble roi annoncé par Zacharie

Les images de la mise en scène quasi royale de la prise de pouvoir par Emmanuel Macron en France ont fait le tour du monde. Sorti de l’ombre, seul, marchant vers la lumière de la pyramide du Louvre au son de l’ode à la joie de la neuvième symphonie de Beethoven : voilà une liturgie républicaine inspirée des ors de l’ancien régime ! Ce style très « jupitérien » [1] semble à l’opposé de l’annonce faite par le prophète Zacharie à Jérusalem :
« Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. » (Za 9,9)
Impossible pour les chrétiens de ne pas y reconnaître le style évangélique de l’entrée de Jésus à Jérusalem, monté sur un âne et foulant les rameaux au son des Hosanna ! de la foule…

Deux styles de gouvernement très opposés donc. On objectera que les temps ont changé et qu’il faut bien assumer aujourd’hui les insignes du pouvoir. On répétera à l’envie que la présidence française avait bien besoin d’être resacralisée comme du temps de De Gaulle, que les autres chefs d’État ont tous recours à de telles symboliques, que les Français adorent finalement retrouver inconsciemment la figure du roi dont ils ne se pardonnent pas l’exécution en 1793…

GhandiPourtant, les plus anciens n’ont pas oublié les pieds nus et l’humble drapé de Gandhi parcourant la planète pour la liberté de l’Inde et la non-violence. Pourtant, la simplicité de Nelson Mandela devenant le premier président noir de l’Afrique du Sud a ému aussi le monde entier. Elle démontrait que l’attente des peuples est en phase avec ce mode d’exercice du pouvoir qu’est l’humilité biblique. Rappelez-vous encore la pompe des papes des siècles précédents : la tiare, la chaise à porteurs, les vêtements ridicules à force d’accumuler les usages d’autrefois… Jean XXIII a vendu cette tiare pour donner l’argent aux pauvres, et a remisé au musée la chaise à porteurs. Le pape François se déplace maintenant le plus possible à pied, et aime les contacts directs avec les populaces des favelas où des slums.

Bref, en politique comme partout ailleurs, le fond c’est la forme. La manière dont un puissant exerce son pouvoir en dit long sur le contenu de son action. « Le style c’est l’homme » : Buffon avait raison de nous avertir !

Il ne suffit pas d’inviter nos politiques à convertir leur style de vie. Moraliser la vie politique est un chantier important, qui doit nous renvoyer au style de gouvernement qui est le nôtre également, en famille, en entreprise, dans l’associatif.

 

L’humilité en entreprise

Isaac Getz commence son livre [2] sur les sources inspirantes pour libérer l’entreprise d’aujourd’hui par cette citation de Lao Tseu :

« Si le sage désire être au-dessus du peuple,
Il lui faut s’abaisser d’abord en paroles ;
s’il désire prendre la tête du peuple,
il lui faut se mettre au dernier rang. »

Il continue :

Quand j’en ai fait part à Bob Davids (patron du vignoble Sea Smoke Cellors), j’ai reçu la réponse suivante :
« Ces mots devraient être affichés en bonne place sous les yeux de tous les leaders qui pensent qu’ils ont besoin d’un bureau de luxe, d’une voiture de luxe, de sièges d’avion en 1° classe. Quand ils se rendent différents des gens, ils se rendent incapables d’être des leaders. »

En entreprise, on commence à redécouvrir les vertus de l’humilité et du service. Un chef qui se montre hautain et réservé, qui descend rarement ou avec condescendance de sa sphère de pouvoir ne pourra pas gagner l’attachement et l’engagement de ses équipes. Le style de management conditionne largement l’efficacité de l’équipe managée.

Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ? dans Communauté spirituelle 1090875553Lazlo Bock, vice-président DRH chez Google, a lancé un pavé dans la marre en annonçant que l’humilité est pour lui un trait de personnalité déterminant chez les candidats cadres-dirigeants. Une étude de la très sérieuse revue Harvard Business Review de 2014 [3] semble lui donner raison puisque sur des centaines d’entreprises analysées, elle a révélé que l’altruisme, les actes désintéressés et la modestie des leaders étaient des facteurs d’optimisation des performances de l’entreprise. Les leaders altruistes favorisent l’intégration des salariés, la cohésion, le sentiment d’appartenance à une culture d’entreprise, le sentiment de reconnaissance et, in fine, les performances des équipes. Un leadership moins égocentrique stimule l’innovation et les propositions émanant des salariés.

L’humilité intellectuelle vantée par le DRH de Google se manifeste notamment par 4 comportements :

- Une attitude modeste
- La possibilité offerte à tous d’apprendre et de se perfectionner
- La prise de risque pour défendre des intérêts collectifs
- La responsabilisation de chacun, notamment des salariés

Regardez l’humilité de Zidane dans sa gestion du formidable vivier footballistique du Real Madrid : deux titres consécutifs de champion d’Europe et un palmarès impressionnant pour cet  entraîneur d’à peine 2 ans. Or Zidane a cette gentillesse et cette humilité qui lui gagnent le cœur des plus grands, et lui confère une autorité morale indiscutée.

Car c’est bien le paradoxe que ne voient pas les orgueilleux : l’autorité véritable et pérenne est largement accordée aux humbles, alors que la superbe des patrons en surplomb de leurs équipes ne génère que soumission lâche, adhésion de façade, désengagement ou violence grandissante chez ceux qu’on ignore. « Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre »  prophétise Zacharie, car ce roi humble et ouvert sera respecté de tous.

OuiChef1-Copie-300x170 humilité dans Communauté spirituelle

Le lien humilité-autorité tient à ce que Hannah Arendt appelait « faire autorité ». On se rallie librement et avec enthousiasme à quelqu’un dont on sent qu’il est au service des autres, et non là pour servir pour sa propre gloire. Jésus, doux et humble de cœur, faisait autorité justement parce qu’on voyait bien qu’il n’était pas là pour profiter de son charisme. Il parlait en homme qui a autorité non pas en imposant d’en haut sa volonté, mais en se mettant à égalité avec ses interlocuteurs. Le mot humus qui a donné humilité évoque ce ras-de-terre où l’on voit les choses du point de vue des autres. Quand il devait trancher au nom de son identité divine (ex: « on vous a dit… eh bien moi je vous dis… » Mt 5) c’était à chaque fois en faveur de ceux que les puissants oppressent, et non pour asseoir son propre pouvoir. D’où l’adhésion enthousiaste des foules qui reconnaissaient en lui la conjonction tant attendue de la force et du service, de l’humilité et de l’autorité, de la gloire d’un seul et de la gloire de tous.


Humilité et non-violence 

Autre détail : le roi annoncé par Zacharie annonce la fin de la guerre, la fin du commerce des armes :

Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, et de l’Euphrate à l’autre bout du pays. (Za 9,10)

 jupitérienÉvidemment, dans le contexte actuel, tout le monde répétera : ‘il faut faire la guerre au terrorisme ; il faut armer ceux qui résistent aux fanatiques. Il faut bombarder, détruire et anéantir les forces du mal. D’ailleurs, cela développe notre industrie de l’armement et génère des emplois’. Sans doute il y a un temps pour faire la guerre, comme ce fut le cas en 1939 contre Hitler. Mais il y a également un temps pour faire la paix, rappelle l’Ecclésiaste, et ce temps devra venir. C’est l’honneur du politique de préparer ce chemin de réconciliation et de respect ou les armes deviennent inutiles, où les musulmans les plus radicaux n’auront plus besoin de recourir aux attentats pour se sentir respectés, où les démocraties menacées n’auront plus besoin d’envahir ou de bombarder pour se défendre… Utopique ? Les plus anciens se souviennent qu’il était utopique de parler d’amitié franco-allemande après 1945, de vouloir le désarmement nucléaire au cœur de la guerre froide, la fin de l’apartheid ou récemment la fin des énergies polluantes.

 

Humilité et pauvreté

Le dernier lien évoqué par la prophétie de Zacharie concerne la relation entre humilité et pauvreté : annoncer « un roi humble et pauvre » ne correspond guère aux canons de la pensée ordinaire que l’on a du pouvoir… Et pourtant l’exemplarité des chefs commence par le désintéressement pécuniaire. Les affaires Cahuzac, Fillon, Ferrand etc. montrent que le peuple ne supporte plus de voir s’enrichir personnellement ceux qui devraient le servir.

 Lao Tseu

L’idéal d’humilité et de pauvreté que Zacharie applique au pouvoir royal vaut également pour chacun de nous, là où il a du pouvoir à exercer. Et qui n’en a pas ?

Que voudrait donc dire être humble et pauvre dans l’exercice de notre autorité familiale, professionnelle, associative ?

 


[1] . Cf. l’interview d’Emmanuel Macron dans Challenges du 16/10/2016 où il reproche à François Hollande de ne pas croire au président « jupitérien ».

[2] . GETZ Isaac, La liberté, ça marche ! L’entreprise libérée. Les textes qui l’ont inspirée, les pionniers qui l’ont bâtie, Flammarion, 2016, p. 10.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Voici ton roi qui vient à toi : il est pauvre » (Za 9, 9-10)
Lecture du livre du prophète Zacharie

Ainsi parle le Seigneur : « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, et de l’Euphrate à l’autre bout du pays. »

PSAUME
(Ps 144 (145), 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14)
R/ Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais ! ou : Alléluia ! (Ps 144, 1)

Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi ;
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour.
La bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits,

Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent,
il redresse tous les accablés.

DEUXIÈME LECTURE
« Si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez » (Rm 8, 9.11-13)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais elle n’est pas envers la chair pour devoir vivre selon la chair. Car si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez.

ÉVANGILE
« Je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 25-30)
Alléluia. Alléluia. Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.

 Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »
Patrick BRAUD

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