Pas de serment, nom de Dieu !
Pas de serment, nom de Dieu !
Homélie pour le 6° dimanche du Temps Ordinaire / Année A
15/02/26
Cf. également :
50 nuances de oui ?
La nécessaire radicalité chrétienne
Tu dois, donc tu peux
Donne-moi la sagesse, assise près de toi
Accomplir, pas abolir
Qu’est-ce que « faire autorité » ?
1. Le refus radical de Jésus
« Jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ? Levez la main droite et dites : je le jure ». Combien de fois n’avons-nous pas entendu cette injonction au tribunal dans les films et séries américaines ? Il faudrait jurer pour que notre parole soit crédible…
Jésus refuse radicalement de se plier à ce genre de commandement, et il nous invite clairement dans l’Évangile à faire de même : « Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi. Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir » (Mt 5,34–36).
Pourquoi une dénonciation aussi véhémente d’une pratique qui est assez courante toutes les cultures ? Quelle importance pour nous aujourd’hui ?
Les arguments de Jésus sont multiples :
– « Que ton oui soit oui » : si ta parole quotidienne est fiable, pourquoi lui ajouter un serment ? Si quelqu’un doit jurer,
c’est que sa parole ordinaire est suspecte de mensonge. Le serment est un contrefort apposé contre un mur qui penche et menace de s’écrouler. Mais c’est justement le symptôme que ce mur est malade et va tomber en ruines. Jurer, c’est supposer que la vérité a besoin d’un artifice pour tenir debout.
Clément d’Alexandrie (II°-III°) s’en fait l’écho : le chrétien doit mener une vie si pure que sa simple présence vaut garantie. « Le chrétien doit mener une vie si exemplaire qu’il n’ait jamais besoin de jurer. Sa parole doit être un serment par sa vérité constante. Il ne doit pas jurer, car il est interdit de prendre le nom de Dieu en vain » (Stromates, VII, 8). Et Chrysostome renchérissait : « Celui qui ne ment jamais n’a pas besoin de jurer ».
- Par quoi ou par qui vais-jurer ? sur la tête de ma mère ? de mes enfants ? sur la Bible ? par Vishnou, par Allah ou par Osiris ? La réponse de Jésus est cinglante : « ni par le ciel, ni par la terre, ni par Jérusalem, ni sur ta tête ». Car à chaque fois tu utiliserais quelque chose de plus grand que toi pour ton intérêt. Ce serait instrumentaliser le nom de Dieu, ou la famille, ou le sacré, pour soi-disant garantir ma parole. L’instrumentalisation du nom de Dieu est peut-être le plus grand danger du XXI° siècle. Poutine commet ses crimes de guerre au nom de la Sainte Russie, Trump bombarde les djihadistes du Nigéria le jour même de Noël pour défendre les chrétiens persécutés, pervertissant la non-violence de Bethléem dans ses calculs électoraux auprès de sa base évangélique. Boko Aram, le Hezbollah, le Hamas et Daesh continuent de piller, violer et kidnapper au nom d’Allah. La religion fait hélas son grand retour dans les conflits planétaires, sous sa forme dévoyée la plus hideuse : servir de couverture à des intérêts inavouables, à des ambitions de conquêtes sanglantes, à des rêves d’empires retrouvés… Les prédateurs de ce siècle vous jureront la main sur le cœur agir pour défendre leur Dieu et ce qu’ils ont de plus sacré. En réalité, ils se servent du nom de Dieu pour légitimer leur violence. Ils instrumentalisent le nom de Dieu pour la poursuite de leurs intérêts. Chrysostome dénonçait : « Évitez les serments. La bouche qui prononce le nom de Dieu pour jurer est comme un vase d’or qu’on emploierait à des usages vils ».
– Le serment sert le plus souvent de masque au mensonge.
Plus quelqu’un jure fort, plus on peut le soupçonner de mentir. Sinon, le oui le plus simple suffirait.
Dans les Évangiles, l’exemple flagrant de ce mensonge est… celui de Pierre lui-même ! Dans la cour du grand prêtre, il se chauffe autour du brasero en essayant de suivre ce que devient Jésus arrêté et mis aux fers. Mais une servante le reconnaît. Devant le danger d’être traité comme son maître, Pierre nie avec force connaître Jésus. Et il en rajoute : « Il se mit à protester violemment et à jurer : “Je ne connais pas cet homme.” Et aussitôt un coq chanta » (Mt 26,74).
Le seul à faire exactement le contraire du commandement du sermon sur la montagne est Pierre en personne ! Il ne se contente pas de nier, il utilise le serment comme une arme de persuasion. Plus le mensonge est gros, plus il appelle le sacré à son secours pour masquer son imposture.
Pierre avait déjà juré lors de la Cène qu’il mourrait avec Jésus (Mt 26,35). Il pensait maîtriser sa mission, son avenir, sa fidélité. Jésus avait justement prévenu : « Ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir » (Mt 5,36), Si tu n’as aucune maîtrise sur le vieillissement et les années qui passent, pourquoi croirais-tu pouvoir contrôler ce qui va arriver demain, tes actes, ta foi, ta fidélité ?
Quel orgueil de penser que je maîtrise mon avenir absolument au point de jurer de ce qui se fera ! Au moment du reniement, Pierre perd tout contrôle. Son serment en Mt 26,74 « vient du Mauvais ». C’est l’aveu d’une défaillance totale : il jure par Dieu pour nier le Fils de Dieu. Il maudit, profère des jurons et des imprécations pour échapper au danger. Ce n’est pas pour rien que jurer et juron sont très proches en français !
Pierre invoque le jugement de Dieu sur lui-même s’il ment, pensant que cela convaincra ses accusateurs. C’est l’exemple parfait de la manipulation du sacré que Jésus dénonçait ! Le serment est bien un masque pour le mensonge. Jurer, c’est prétendre avoir un contrôle sur le réel, une maîtrise de l’avenir que seul Dieu possède. C’est une forme d’orgueil métaphysique qui rend aveugle. Basile de Césarée (IV° siècle) fait explicitement ce lien entre le serment et la présomption humaine : « Il est absolument interdit de jurer. [...] Celui qui jure s’engage pour l’avenir, or l’avenir n’appartient qu’à Dieu seul. Comment peux-tu engager ce qui ne t’appartient pas ? » (Sur l’Esprit Saint).
Le reniement de Pierre est la démonstration par l’échec de la nocivité du serment. Il naît de l’escalade dans le mensonge, car Pierre commence par nier et finit par jurer et maudire. Plus sa parole est fausse, plus il utilise des formes solennelles afin de le couvrir. Le serment révèle ainsi l’impuissance de celui qui le profère. Pierre avait juré de mourir, et il ne peut même pas tenir sa résolution devant une servante. Le serment est le masque de sa fragilité en plus de son mensonge. L’injurieux Pierre a décidément juré trop vite…
2. L’impact historique de Mt 5,34
Dans les trois premiers siècles, l’Église primitive ainsi que les Pères de l’Église ont observé et transmis scrupuleusement cet interdit du serment. À Jérusalem, l’apôtre Jacques répète fidèlement à sa communauté la parole de Jésus : « Avant tout, mes frères, ne faites pas de serment : ne jurez ni par le ciel ni par la terre, ni d’aucune autre manière ; que votre “oui” soit un “oui”, que votre “non” soit un “non” ; ainsi vous ne tomberez pas sous le jugement » (Jc 5,12). Il voit dans cet enseignement une règle communautaire stricte pour garantir la confiance entre les membres de la communauté : soyez vrais entre vous, et vous n’aurez plus besoin de jurer.
Cette interdiction du serment a eu ensuite un impact immense dans l’histoire de l’Église.
– Les Pères de l’Église l’ont reprise intégralement, jusqu’à interdire le serment devant les tribunaux ou les princes, avec tous les risques qui en découlaient à l’époque. Justin, Basile, Clément d’Alexandrie, Origène, Chrysostome etc. : tous interprétaient Mt 5,34 de façon absolue. Ils y voyaient le refus de l’idolâtrie romaine. Le serment des citoyens romains engageait en effet une soumission à l’empereur. Le serment des soldats les obligeait à une obéissance aveugle à César. Pour les chrétiens, jurer par une divinité païenne ou un homme était une forme d’apostasie.
– Après le virage constantinien du IV° siècle, il fallait bien que les baptisés s’engagent dans l’armée, l’administration ou la justice. L’Église a alors assoupli sa position. Augustin par exemple a théorisé que le serment n’est pas bon en soi, mais qu’il est parfois nécessaire, à cause de la fragilité humaine. Un moindre mal quelque sorte, pour excuser les baptisés qui participent aux affaires de ce monde…
– Le Moyen Âge a érigé le serment en ciment social. Roi, vassal, suspens, seigneur, abbé : la féodalité repose tout entière sur le serment (foi et hommage). L’Église a développé dans sa casuistique une théologie complexe pour distinguer le serment « licite » (devant un juge) du serment « vain » ou « parjure ».
– Bien avant la Réforme, Pierre Valdo et ses disciples (les « Pauvres de Lyon ») prônaient un retour à l’Évangile pur (XII° siècle).
Les Vaudois et les Cathares ont été persécutés en partie parce qu’ils refusaient tout serment ; ils le considéraient comme un péché mortel en s’appuyant strictement sur Matthieu 5,34. Pour l’Inquisition, ce refus de jurer était un signe de rébellion contre l’ordre social et religieux. Dans une société féodale où le serment était le seul lien juridique, leur refus était perçu comme une menace pour l’ordre public. Cela fut l’un des principaux chefs d’accusation lors de leur condamnation par l’Église catholique (Concile de Vérone, 1184).
Inspirés par John Wycliffe, les Lollards en Angleterre (XIV° siècle) critiquaient les dérives de l’Église médiévale. Ils soutenaient que le serment imposé par les tribunaux ecclésiastiques était une invention humaine contraire à la parole du Christ. La répression catholique fut sévère : plusieurs Lollards furent brûlés vifs pour hérésie. Leur refus de jurer était souvent le « test » ultime utilisé par les inquisiteurs pour les identifier.
Les Anabaptistes (XVI° siècle) sont sans doute le groupe qui a été le plus persécuté pour ce motif. Dans la Confession de Schleitheim (1527), ils codifient leur refus du serment, et prônent pour cela la séparation de l’Église et de l’État : Pour eux, le chrétien appartient au Royaume de Dieu et ne peut engager sa parole dans les structures « démoniaques » de l’État.
Conséquence : Ne pouvant prêter le serment de citoyenneté ou de fidélité au prince, ils étaient privés de droits civiques, bannis ou exécutés (noyades à Zurich, bûchers en Allemagne).
Les Doukhobors (Russie, XVIII°-XIX°) étaient un groupe de paysans russes dissidents (les « Lutteurs de l’Esprit ») poussant l’exégèse de Mt 5,34 à son extrême. Ils refusaient de jurer fidélité au Tsar et de porter les armes. Persécutés par l’Église orthodoxe et le pouvoir tsariste, ils ont fini par émigrer massivement au Canada à la fin du XIX° siècle, soutenus financièrement par l’écrivain Léon Tolstoï, lui-même fervent défenseur de la non-violence et de l’interdiction du serment.
Les Quakers, Mennonites et autres mouvements protestants radicaux ont, pendant des siècles, refusé de prêter serment en justice, se basant précisément sur ces textes. Ils préféraient subir des peines plutôt que de désobéir à cet ordre du Christ. Sous la pression de ces groupes, l’Angleterre a fini par voter l’Affirmation Act (1696), permettant aux Quakers de substituer une « affirmation solennelle » au serment religieux. C’est une étape cruciale vers la liberté de conscience moderne. À tel point qu’ils ont même obtenu aux USA qu’un président nouvellement élu ne prête pas serment sur la Bible s’il le voulait, mais prononce seulement une « affirmation solennelle ». Un seul président – Franklin Pierce, 14° président des États-Unis – a usé de ce droit (1853) en utilisant le terme « affirm » au lieu de « swear » (jurer). Herbert Hoover (1929) et Richard Nixon (1969 et 1973), tous deux Quakers, auraient pu y recourir, mais la raison d’État a prévalu…
En France, on se souvient que les prêtres « jureurs » faisaient allégeance à la Constitution civile du clergé de 1790, alors que les « réfractaires » voulaient garder leur liberté, et le payèrent le plus souvent de leur vie (déportation, noyade, prison, guillotine…). La question rejaillit actuellement en Chine avec le « clergé patriotique » que le régime communiste de Pékin veut maintenir à sa botte en lui faisant jurer fidélité au régime…
On le voit : historiquement, le refus du serment au nom de l’Évangile n’était pas une simple querelle théologique : c’était un acte de dissidence politique.
C’est devenu l’un des fondements de la « Liberté de conscience ». En plaçant la parole du Christ au-dessus des lois de l’État, ces croyants ont forcé les sociétés modernes à inventer des solutions comme l’affirmation solennelle.
L’exégèse de Mt 5,34 pose un principe de hiérarchie des normes. En refusant de jurer, le chrétien affirme qu’il existe une autorité supérieure à celle de l’État : celle de Dieu et de sa propre conscience. Dire « Je ne peux pas jurer » revient à dire « Ma parole ne m’appartient pas, elle appartient à la Vérité ». Un véritable acte de dissidence ! C’est le moment où une personne refuse d’être un simple rouage de la machine sociale pour rester un sujet responsable devant sa propre foi. C’est une des sources de l’émergence de la notion d’individu dans le droit occidental.
Historiquement, le premier grand domaine d’application de cette objection de conscience fut le service militaire. En effet, dans l’Antiquité et sous l’Ancien Régime, l’incorporation dans l’armée exigeait un serment d’allégeance au souverain. En s’appuyant sur l’interdiction du serment (Mt 5) et celle de tuer (Mt 5,21), les groupes radicaux (Anabaptistes, Quakers, Mennonites etc.) ont soutenu qu’ils ne pouvaient pas être soldats, car ils ne pouvaient pas jurer obéissance aveugle à un homme.
L’objection de conscience est née ici : c’est le refus d’un ordre légal au nom d’une loi morale jugée supérieure.
C’est le droit de ne pas trahir ses convictions, que ce soit à propos de l’IVG, de l’euthanasie ou du maniement des armes…
3. Tolstoï : le serment comme abdication de la conscience
Pour Léon Tolstoï, l’interdiction du serment en Mt5, 34 n’est pas une simple recommandation morale, c’est la clé de voûte de sa philosophie politique et spirituelle. Il développe cette thèse principalement dans son essai majeur : Le Royaume de Dieu est en vous (1893).
Voici les points saillants de sa thèse, structurés par ses arguments principaux.
Le serment comme « abdication de la conscience »
Pour Tolstoï, le serment est l’outil par lequel l’individu renonce à son libre arbitre et à sa responsabilité devant Dieu pour devenir l’instrument d’un autre homme (le souverain, le général, le juge). Pour lui, le serment, c’est l’engagement de faire ce que des hommes nous ordonneront de faire. Or, le chrétien ne peut s’engager d’avance à obéir à des hommes, car il ne doit obéir qu’à la volonté de Dieu.
En jurant, l’homme se lie les mains : s’il jure obéissance à l’État, il se met dans l’impossibilité de dire « non » si l’État lui ordonne de tuer.
Le moteur de la violence étatique et militaire
Tolstoï identifie le serment militaire comme la source du malheur des peuples. Sans le serment, les armées s’effondreraient car chaque soldat resterait juge de ses actes.
« Le serment est le moyen par lequel les gouvernements s’assurent de la docilité des peuples. [...] C’est par le serment que l’on transforme des hommes raisonnables en machines à tuer ».
Il explique que l’obéissance chrétienne est incompatible avec le serment d’allégeance. Le chrétien doit être « maître de sa parole » à chaque instant pour pouvoir rester fidèle à la charité.
La déconstruction de la « casuistique » religieuse
Tolstoï est très sévère envers les Églises institutionnelles qui ont, selon lui, trahi l’enseignement du Christ en justifiant le serment devant les tribunaux ou pour l’armée.
« On a interprété les paroles claires du Christ de telle sorte qu’elles ne signifient plus rien. On a dit que Jésus interdisait seulement les serments vains, mais qu’il permettait les serments utiles à l’État. C’est une tromperie consciente ».
Pour lui, ajouter des conditions à l’ordre de Jésus (« ne jurez pas du tout ») est une perversion qui permet de maintenir l’oppression sociale sous un vernis de piété.
Le lien entre vérité du langage et liberté
Tolstoï rejoint l’exégèse de la « parole nue ». Si l’homme ne jure pas, il est obligé d’être vrai. S’il jure, il crée une « vérité d’exception » qui autorise le mensonge dans la vie courante.
« Si la parole de l’homme est toujours son « Oui » et son « Non », il n’y a plus de place pour la violence. La violence a besoin du mensonge, et le mensonge a besoin du serment pour se faire passer pour la vérité ».
L’ordre du Christ « Ne jurez pas du tout » est donc un impératif absolu. Celui qui jure transfère sa responsabilité à un chef. L’État peut alors exiger des crimes (guerres) au nom du serment prêté.
Le refus individuel de jurer brise la chaîne de la violence.
La thèse de Tolstoï débouche sur ce qu’on appelle l’anarchisme chrétien. Il pense que si chaque individu suivait strictement Mt 5,34, les structures de domination (tribunaux, armées, gouvernements) s’écrouleraient d’elles-mêmes, faute de sujets ayant abdiqué leur conscience par le serment.
C’est cette pensée qui a profondément influencé Gandhi dans sa stratégie de non-violence et de désobéissance civile.
Conclusion
Petit verset donc que ce Mt 5,34, mais grands effets !
Il résonne comme un appel personnel à être vrai, sans instrumentaliser le sacré, sans prétendre tout maîtriser, en donnant sa confiance à Dieu plutôt qu’un pouvoir humain quel qu’il soit.
Il résonne également comme un appel collectif à respecter la liberté de conscience de chacun, et pour cela à garantir l’objection de conscience, sans exiger une obéissance aveugle qui relèverait pour nous de l’idolâtrie.
Que l’Esprit du Christ nous aide à ne rien ajouter à notre oui ordinaire !
LECTURES DE LA MESSE
PREMIÈRE LECTURE
« Il n’a commandé à personne d’être impie » (Si 15, 15-20)
Lecture du livre de Ben Sira le Sage
Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. Car la sagesse du Seigneur est grande, fort est son pouvoir, et il voit tout. Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît toutes les actions des hommes. Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher.
PSAUME
(Ps 118 (119), 1-2, 4-5, 17-18, 33-34)
R/ Heureux ceux qui marchent suivant la loi du Seigneur ! (cf. Ps 118, 1)
Heureux les hommes intègres dans leurs voies
qui marchent suivant la loi du Seigneur !
Heureux ceux qui gardent ses exigences,
ils le cherchent de tout cœur !
Toi, tu promulgues des préceptes
à observer entièrement.
Puissent mes voies s’affermir
à observer tes commandements !
Sois bon pour ton serviteur, et je vivrai,
j’observerai ta parole.
Ouvre mes yeux,
que je contemple les merveilles de ta loi.
Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ;
à les garder, j’aurai ma récompense.
Montre-moi comment garder ta loi,
que je l’observe de tout cœur.
DEUXIÈME LECTURE
« La sagesse que Dieu avait prévue dès avant les siècles pour nous donner la gloire » (1 Co 2, 6-10)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, c’est bien de sagesse que nous parlons devant ceux qui sont adultes dans la foi, mais ce n’est pas la sagesse de ce monde, la sagesse de ceux qui dirigent ce monde et qui vont à leur destruction. Au contraire, ce dont nous parlons, c’est de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. Aucun de ceux qui dirigent ce monde ne l’a connue, car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. Mais ce que nous proclamons, c’est, comme dit l’Écriture : ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. Et c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, en a fait la révélation. Car l’Esprit scrute le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu.
ÉVANGILE
« Il a été dit aux Anciens. Eh bien ! moi, je vous dis » (Mt 5, 17-37)
Alléluia. Alléluia. Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.
Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne. Il a été dit également : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère.
Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi. Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »
Patrick Braud































