Ces décompositions qui nous travaillent
Ces décompositions qui nous travaillent
Homélie pour le 3° Dimanche de Pâques / Année A
19/04/26
Cf. également :
Emmaüs : une catéchèse de cheminement
Et nous qui espérions…
Le courage pascal
Emmaüs : mettre les 5 E dans le même panier
Le premier cri de l’Église
La grâce de l’hospitalité
1. L’image du fondeur
« Quand vous voyez une statue d’or qui a été souillée par la rouille ou dont la forme a été défigurée par le temps, que fait l’artiste ? Il ne la laisse pas ainsi, mais il la jette dans la fournaise pour qu’elle y soit fondue. Il la réduit en liquide, il détruit sa forme actuelle, mais ce n’est pas pour l’anéantir, c’est pour la faire ressortir de la fournaise plus brillante, plus pure et plus magnifique qu’auparavant.
Il en est de même pour notre corps. Dieu ne permet pas que nous mourions et que nous retournions à la poussière pour nous perdre, mais pour nous purifier de la rouille du péché. La mort est cette fournaise où le corps est « fondu » afin qu’au jour de la résurrection, il reprenne sa forme, non plus corruptible et fragile, mais éclatante et immortelle. » (St Jean Chrysostome, Homélie 11 sur les Statues, §2)
« Tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton saint (חָסִיד en hébreu, ὅσιος en grec) voir la corruption » (Ps 15,10). Pour Chrysostome, le saint du psaume Ps 15 est bien Jésus en personne : son corps humain est comme une statue d’or parfaitement pure, sans aucune rouille (péché). Il n’a donc pas besoin d’être fondu, c’est-à-dire de subir la décomposition du cadavre. Il est passé par la mort, mais son corps est demeuré intact car il n’y avait rien à purifier en lui.
Le psaume 15 de ce dimanche annonce la victoire finale de la vie sur la mort. Le Christ l’a vécu immédiatement, car il était entièrement pur. Nous, notre ‘or’ (notre nature humaine) est mélangé à la rouille de nos péchés.
Notre corps subira la décomposition. Qu’l soient incinéré et dispersé dans le jardin du souvenir ou recueilli dans une urne funéraire, ou qu’il soit enfermé dans un cercueil, les molécules de notre chair, de nos os, de nos tissus retourneront à la terre, et seront recyclées dans l’immense mélange énergie-matière de l’univers…
Alors, à quoi nous sert que le corps du Christ n’ait pas connu la décomposition puisque c’est de toute façon le sort qui nous attend ?
C’est par l’union au corps du Christ que nous espérons traverser les dégradations qui nous travaillent déjà. Et tout particulièrement dans l’eucharistie, qu’Ignace d’Antioche appelait « remède d’immortalité » :
« rompant un même pain qui est remède d’immortalité, antidote pour ne pas mourir, mais pour vivre en Jésus-Christ, pour toujours » (Éphésiens XX,2)
Une très ancienne inscription grecque (dite ‘de Pectorius’) de la fin du II° siècle, découverte en 1839 à Autun, comporte le symbole du poisson Ictus (Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur). C’est ce poisson que les chrétiens doivent manger et boire. Ce nom a une efficacité sur la mort; il est dit être « source immortelle des eaux divines ». La nourriture eucharistique prise durant la vie terrestre est gage d’immortalité. Cette inscription gravée sur la pierre d’un tombeau atteste de l’espérance en la résurrection, célébrée dans l’eucharistie.
Comme le chante la divine liturgie de St Jean Chrysostome : « Prenez le corps du Christ, et buvez à cette boisson d’immortalité ». Chaque fois que nous livrons notre vie en vérité pour les autres avec le Christ, nous entrons un peu plus dans cette vie éternelle, nous construisons notre corps de résurrection, nous préparons la Venue définitive du Seigneur dans la gloire, selon le mot de St Paul : « chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (1Co 11,27).
Notre psaume 15 d’aujourd’hui tient une place particulière dans l’apologétique des Apôtres : ils l’utilisent pour démontrer aux juifs que la résurrection du Christ accomplit pleinement les Écritures. Pierre cite textuellement le texte du psaume pour montrer que c’est bien de Jésus il est question, puisque David lui est bel et bien mort et enterré, et que son corps a connu la décomposition :
« En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche : il est à ma droite, je suis inébranlable. C’est pourquoi mon cœur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton saint voir la corruption. Tu m’as appris des chemins de vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence.
Frères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption » (Ac 2,25-31).
Paul utilise exactement la même structure argumentaire pour montrer que la résurrection est comme la signature du Père en bas de l’œuvre de Jésus : il ratifie tout ce qu’a été, fait et dit Jésus en ne l’abandonnant pas dans la mort où se dissolvent les chairs et les liens qui nous unissent :
« C’est pourquoi celui-ci dit dans un autre psaume : Tu donneras à ton fidèle de ne pas voir la corruption. En effet, David, après avoir, pour sa génération, servi le dessein de Dieu, s’endormit dans la mort, fut déposé auprès de ses pères et il a vu la corruption. Mais celui que Dieu a ressuscité n’a pas vu la corruption » (Ac 13,35–37).
2. La corruption purificatrice
Reprenant le fil de l’image du fondeur de Chrysostome, plusieurs théologiens ont développé ce thème de la refonte, du reforgeage de notre humanité à travers ce qui pourtant semble la décomposer.
- La douleur bénie (Ratzinger)
Ainsi Joseph Ratzinger (le futur Benoît XVI) y a consacré un chapitre entier de son ouvrage de référence : Eschatologie : mort et vie éternelle, publié en 1977, mais qui reste la base de son enseignement papal sur le sujet. Il s’appuie précisément sur l’exégèse du psaume 15.
Ratzinger explique que si le Christ ne voit pas la corruption, c’est parce qu’en lui, la Vie est identique à son Être. Pour nous, la résurrection n’est pas un « miracle magique » qui survient à la fin, mais une conséquence de notre union à Lui.
« La résurrection n’est pas un simple retour à la vie biologique, mais la victoire de l’Amour sur la mort. Parce que le Christ est « un » avec Dieu, il ne peut tomber dans le néant. En étant unis à Lui par la foi, nous entrons dans cet espace d’invulnérabilité » (ch. 6).
La décomposition corporelle est ainsi une métamorphose : la mort physique (la fonte du vase chez Chrysostome) est le moment où l’homme pèse perd son support matériel qui retourne à l’univers, mais son identité relationnelle est ancrée Christ, qui en assume la continuité en Dieu à travers la mort.
« Le Psalmiste pressent que l’amitié avec Dieu ne peut pas s’arrêter à la tombe. Si Dieu est fidèle, Il ne peut abandonner son ami au Shéol. Le Christ réalise ce pressentiment de manière absolue. Nous, nous le réalisons « en Lui » ».
La vraie matière de notre être n’est pas l’amas de cellules sans cesse changeant qui constitue notre corps, mais l’ensemble des relations de communion qui nous unissent à Dieu, aux autres, par le Christ, avec lui et en lui. Toutes ces relations d’amour, d’amitié, de solidarité authentiquement vécues nous greffent en Christ. Nous sommes ainsi en quelque sorte ‘sauvegardés’ dans la mémoire de Dieu, en qui nos relations essentielles demeurent, nouvelle « matière » à partir de laquelle Dieu pourra recréer la vie aussi sûrement il a déjà fait en Jésus le Christ. Ratzinger parle alors de « douleur bénie » pour caractériser la métamorphose s’opère ainsi avec la destruction des scories du péché en nous :
« Certains théologiens récents sont d’avis que le feu qui brûle et qui sauve en même temps est le Christ lui-même, le Juge et Sauveur. La rencontre avec Lui est l’acte décisif du Jugement. Devant son regard, toute fausseté s’évanouit. C’est la rencontre avec Lui qui, nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous permettre de devenir vraiment nous-mêmes.
Les choses édifiées durant la vie peuvent alors se révéler paille sèche, pur orgueil, et s’écrouler. Mais dans la douleur de cette rencontre, où ce qui est impur et malsain en nous devient manifeste, se trouve le salut. Son regard, le battement de son cœur nous guérissent par une transformation certainement douloureuse, « comme par le feu » ».
Pour Benoît XVI, la « décomposition » n’est pas seulement un phénomène biologique, c’est l’image de ce qui se passe spirituellement. Notre « Moi » qui s’écroule : comme le vase de Chrysostome qui doit être brisé, notre ego, nos fausses sécurités et notre « rouille » (le péché) doivent être détruits. La mort physique est la manifestation ultime de cet écroulement nécessaire.
Le pape ne nie pas que la mort et la corruption soient douloureuses. Mais il affirme que c’est une « douleur bénie ». Pourquoi ? Parce qu’elle nous « libère pour nous permettre de devenir vraiment nous-mêmes ».
En regardant le Christ du Psaume 15 (celui qui n’a pas connu la corruption), nous voyons ce que nous allons devenir. Sa pureté « brûle » ce qui est impur en nous pour que notre chair puisse, elle aussi, « reposer dans l’espérance ».
Ce que le Psaume 15 dit du Christ (l’immortalité immédiate), Benoît XVI l’applique à nous sous la forme d’une immortalité donnée au travers d’une épreuve purificatrice. La décomposition du corps est le « feu » qui prépare la résurrection : « Mourir, c’est tomber dans les mains de Dieu ».
C’est une lecture pleine d’espérance : la fin de notre corps biologique n’est pas un échec, mais le « nettoyage » final opéré par l’amour de Dieu pour que nous puissions entrer dans la « plénitude de joie » promise au verset 11 du psaume : « Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! À ta droite, éternité de délices ! »
- La brûlure joyeuse (Varillon)
Le Père François Varillon (1905-1978), jésuite et grand pédagogue de la foi, a renouvelé la vision du Purgatoire en l’éloignant de l’imagerie d’une « prison » ou d’une « chambre de torture » pour en faire une étape de maturation amoureuse.
Pour lui, la « décomposition » du vieil homme est la condition de l’éclosion de l’homme nouveau.
Il rejette l’idée d’une peine infligée par Dieu. Pour lui, la douleur du Purgatoire naît de la rencontre entre notre impureté et l’Amour absolu.
« Le purgatoire n’est pas une peine infligée du dehors par un juge irrité ; c’est la souffrance même de l’amour qui se sent indigne de l’Objet aimé. C’est la souffrance de ne pas aimer assez » (L’Abrégé de la foi).
Il développe alors la métaphore de la « Brûlure Joyeuse ». Rejoignant l’image du « fondeur » de Chrysostome, Varillon explique que cette brûlure est désirée par l’âme, car elle est libératrice.
« C’est une souffrance joyeuse, parce que c’est une souffrance qui guérit. L’âme, en présence de Dieu, voit ses propres scories, ses égoïsmes, ses refus de don. Elle veut alors en être délivrée. Le feu du purgatoire, c’est le feu de l’Esprit Saint qui brûle en nous ce qui n’est pas amour ».
La mort est l’instant où l’on est enfin placé devant la Vérité de notre être. La « corruption » des fausses apparences est nécessaire pour que la « chair » (notre identité profonde) repose vraiment en Dieu, comme le dit le Psaume 15.
« Le purgatoire, c’est l’achèvement de notre liberté. C’est le temps — qui n’est plus du temps chronologique — où l’homme liquide ses derniers refus pour s’ouvrir totalement à l’Invasion divine »
La mort est la transformation qui nous permet de « devenir ce que l’on est ».
Si l’on relit le Psaume 15 à la lumière de Varillon, le verset « Tu ne laisseras pas ton Saint voir la corruption » prend une dimension existentielle pour nous : le Christ est celui en qui l’Amour était total : aucune « scorie » à brûler, donc pas de « purgatoire » (pas de corruption). Pour nous, la corruption biologique et spirituelle est le processus par lequel Dieu « nettoie » notre capacité d’aimer.
« Dieu ne nous juge pas, Il nous illumine. Et cette illumination est, par elle-même, une purification. »
3. Nos corruptions anticipées
Comment cela peut-il nous aider à traverser les « corruptions », les décompositions qui nous travaillent tout au long de notre existence ?
C’est ici que la théologie rejoint la psychologie et le vécu quotidien. Les « petites morts » que nous subissons — deuils, échecs, vieillissement, trahisons, maladies — sont ce que les Pères et les théologiens comme Varillon appellent des « corruptions anticipées ».
Traverser ces épreuves avec le Psaume 15 et la vision de la « fonte du vase » change radicalement notre regard sur la dégradation que subit notre corps et tout notre être.
Voici comment cela peut devenir un levier de vie :
- Ne plus voir la « perte » comme un anéantissement
L’image du vase de Chrysostome nous dit que pour être restauré, il faut parfois accepter d’être « déconstruit ». Quand une partie de notre vie s’effondre (un projet, une relation, une capacité physique), nous avons l’impression de disparaître. La foi nous suggère que ce n’est pas une destruction, mais un reforgeage. Ce qui « pourrit » ou s’en va, c’est souvent ce qui faisait obstacle à une version plus profonde et plus vraie de nous-mêmes. C’est la « rouille » qui s’en va pour laisser l’or apparaître.
- Vivre le « dépouillement » comme une libération
François Varillon insistait sur le fait que nous passons notre vie à construire des « moi » de rechange (notre image sociale, nos possessions, notre orgueil). Ces couches sont ce qui subira la corruption. En acceptant les renoncements successifs de l’existence, nous pratiquons notre « purgatoire » par avance. Chaque « décomposition » d’une fausse sécurité ou d’une fausse réussite nous rapproche de la « part d’héritage » du Psaume 15 : Dieu seul.
« On ne possède vraiment que ce que l’on a accepté de perdre par amour » (Varillon).
- L’espérance comme « poids de gloire »
Le verset 9 du Psaume 15 dit : « ma chair elle-même repose en confiance ». Le mot hébreu traduit ici par confiance (בֶּ֫טַח) suggère une attente confiante, en toute sécurité, pas un souhait incertain. C’est cette confiance que nous pouvons apprendre en vieillissant, ou en combattant la maladie. Dans la maladie ou la vieillesse, le corps semble nous trahir. Nous pouvons le laisser « reposer en Dieu », anticipant notre mise au tombeau confiante…
Regarder sa propre « décomposition » biologique ou morale non comme un gouffre, mais comme une germination, est le chemin que la foi trace en nous pour transfigurer ces décompositions qui nous travaillent. Saint Paul disait : « C’est pourquoi nous ne perdons pas courage, et même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2 Co 4,16). Le Psaume 15 nous assure que le « Saint » (le Christ) est déjà de l’autre côté de la rive et qu’il tient notre main droite (v.8).
Relisons cette semaine le psaume 15 de ce dimanche, afin que notre prière y puise le courage de consentir aux pertes inévitables que la vie nous impose :
Prière d’Abandon au Fondeur
Seigneur Jésus, Toi le Saint qui n’as pas connu la corruption,
Toi dont la chair, au matin de Pâques, a resplendi d’une vie nouvelle,
Tourne ton regard de lumière vers notre humanité fragile.
Quand nos forces s’épuisent et que nos corps nous trahissent,
Quand la décomposition du doute ou de l’âge travaille nos cœurs,
Accorde-nous la grâce de ne pas céder à l’effroi.
Donne-nous de voir, au-delà de la poussière qui retombe,
La main du divin Potier qui nous refaçonne avec amour.
Seigneur, nous t’offrons nos « petites morts » quotidiennes :
Nos renoncements, nos échecs et nos dépouillements.
Fais-en une brûlure joyeuse, un feu qui purifie la rouille de notre orgueil,
Pour que l’or de notre âme, lavé de tout égoïsme,
Brille enfin de ton éclatante clarté.
Apprends-nous à poser notre chair dans l’espérance,
Non comme celui qui perd tout, mais comme celui qui sème pour l’éternité.
Que ta présence à notre droite nous garde inébranlables,
Afin que, traversant l’épreuve de la transformation,
Nous parvenions, avec Toi, sur le chemin de la Vie,
Là où la joie est plénitude, là où les délices sont éternels.
LECTURES DE LA MESSE
PREMIÈRE LECTURE
« Il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir » (Ac 2, 14.22b-33)
Lecture du livre des Actes des Apôtres
Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem, sachez bien ceci, prêtez l’oreille à mes paroles. Il s’agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche :il est à ma droite, je suis inébranlable. C’est pourquoi mon cœur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton fidèle voir la corruption. Tu m’as appris des chemins de vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence.
Frères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez.
PSAUME
(Ps 15 (16), 1-2a.5, 7-8, 9-10, 11)
R/ Tu m’apprends, Seigneur, le chemin de la vie.ou : Alléluia ! (Ps 15, 11a)
Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. »
Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon cœur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.
Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.
Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !
DEUXIÈME LECTURE
« Vous avez été rachetés par un sang précieux, celui d’un agneau sans tache, le Christ » (1 P 1, 17-21)
Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre
Bien-aimés, si vous invoquez comme Père celui qui juge impartialement chacun selon son œuvre, vivez donc dans la crainte de Dieu, pendant le temps où vous résidez ici-bas en étrangers. Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. Dès avant la fondation du monde, Dieu l’avait désigné d’avance et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous. C’est bien par lui que vous croyez en Dieu, qui l’a ressuscité d’entre les morts et qui lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.
ÉVANGILE
« Il se fit reconnaître par eux à la fraction du pain » (Lc 24, 13-35)
Alléluia. Alléluia. Seigneur Jésus, ouvre-nous les Écritures ! Que notre cœur devienne brûlant tandis que tu nous parles. Alléluia. (cf. Lc 24, 32)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Le même jour (c’est-à-dire le premier jour de la semaine), deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.
Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. » Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.
Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
Patrick BRAUD

























