L'homelie du dimanche

24 août 2016

Plus humble que Dieu, tu meurs !

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Plus humble que Dieu, tu meurs !

 

Homélie du 22° Dimanche du temps ordinaire / Année C
28/08/2016

Cf. également :

Dieu est le plus humble de tous les hommes

Un festin par dessus le marché

C’est dans la fournaise qu’on voit l’humble

 

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Aux dernières Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) de Cracovie, on a vu le pape François rouler simplement en tramway, prendre avec lui des jeunes éberlués dans sa papamobile, et toujours avoir le contact facile et joyeux qui le caractérise. Ce pape a renoncé au palais du Vatican pour vivre dans un presbytère ordinaire. Il reste accessible, et prend bien soin à chaque voyage d’aller écouter chez eux les pauvres pour entendre ce qu’ils ont à lui dire.

Nul doute qu’il a instinctivement intériorisé la recommandation de Ben Sirac le sage dans la première lecture (Si 3,17-29) : « plus tu es grand, plus il faut t’abaisser ». Et encore : « l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute ». Alors que l’orgueilleux ne veut prendre conseil auprès de personne.

L’humilité est ainsi le fil rouge de notre dimanche. « Accomplis toute chose dans l’humilité » conseille le sage. « Dieu est bon pour les pauvres » chante le psaume 67. La lettre aux Hébreux nous rappelle que Dieu le premier a fait preuve d’humilité en Jésus, « le médiateur de l’alliance nouvelle », conclue loin de tout bling-bling hollywoodien (feu, obscurité, ténèbres, ouragan, trompettes, voix terrible…). Et dans l’évangile (Lc 14,1-14), Jésus devient comme Ben Sirac, proverbial : « quiconque s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé ».

L’humilité de Dieu est telle qu’elle paraîtra scandaleuse pour les juifs (le scandale de l’incarnation et de la crucifixion), folie pour les païens (folie de croire qu’un homme peut porter la plénitude de la divinité, et vaincre la mort), blasphème pour les musulmans (Allah le Tout-Puissant ne peut s’abaisser jusqu’à s’incarner, laver les pieds de ses amis, et pire encore mourir sur la croix infamante).

L’humilité de Dieu est en quelque sorte un spécifique chrétien assez unique !
Le père François Varillon (1905-1978) a écrit là-dessus des lignes inoubliables :

Afficher l'image d'origine« Qui me voit voit le Père » (Jn 14, 9). Jésus, en prenant la dernière place (Lc 14, 14) nous révèle les profondeurs cachées de Dieu.

« Le voyant laver avec humilité des pieds d’homme, je ‘vois’ donc, s’il dit vrai, Dieu même éternellement mystérieusement serviteur avec humilité au plus profond de sa Gloire. L’humiliation du Christ n’est pas un avatar exceptionnel de la gloire. Elle manifeste dans le temps que l’humilité est au cœur de la gloire ». 

« La Toute-Puissance de Dieu est à l’extrême opposé de la potentia (puissance) qu’imaginaient les hommes dans leur faiblesse originelle et que maintenant, devenus riches et forts, ils récusent comme concurrentielle. L’humilité ne fait concurrence à rien » (p 85).

« Qu’un plus petit rende hommage à un plus grand, cela ne témoigne pas d’une exceptionnelle noblesse d’âme. Mais que le plus grand se courbe ‘respectueusement’ devant le plus petit, cela signifie l’amour en la plénitude de sa liberté et de sa puissance. François d’Assise n’est pas humble quand il s’agenouille devant le pape, mais quand il s’abaisse devant un pauvre dont il reconnaît qu’en tant que pauvre il est vêtu de majesté » (p 64). 

« ….Dieu étreint l’âme dans l’amour. Il est l’Autre mais sans distance. Et caché. Humblement caché, car on ne pourrait le voir et rester libre. L’invisibilité de Dieu est son humilité respectueuse de notre liberté. »

L’humilité de Dieu, François Varillon, Ed. du Centurion, 1974.

Devenir humble n’est alors pas pour nous un devoir moral, un effort d’ascèse. C’est le fruit joyeux de la participation à la nature divine. C’est la conséquence normale de la communion au Christ, frère, ami, serviteur. C’est la ressemblance divine enfin retrouvée.

Ainsi, qui médite en silence devant la crèche ou la croix sera conduit, à l’instar du père Antoine Chevrier à Lyon (fondateur du Prado) ou de François d’Assise à adopter la même attitude d’humilité envers ceux dont il a la charge, ou ceux qu’il rencontrera dans sa journée et son travail s’il n’a pas de responsabilités hiérarchiques.

En entreprise, cela devrait produire des dirigeants… très différents ! C’était d’ailleurs le thème des dernières assises des Équipes des Dirigeants Chrétiens (EDC) à Lille en 2016 : dirigeants, dérangeants ! Les responsables hiérarchiques chrétiens devraient détoner et étonner par leur humilité. Foin des privilèges (voiture de fonction, parking réservé, bureau fermé, I-phone dernier cri de fonction, stock-options…), foin des postures condescendantes et dominantes ; foin des attitudes suffisantes ! Dans les grandes entreprises, tant de dirigeants sont coupés de leur base, ne sont plus informés de ce qui se passe réellement car ils inspirent plus la crainte – et donc le silence – que le respect.

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Heureusement, on voit se lever, notamment à travers le mouvement des entreprises dites « libérées », de nouveaux responsables, humbles et performants (les deux vont bien ensemble) qui ne cherchent pas tant à grimper dans leur carrière personnelle qu’à réellement permettre à leurs équipes de donner le meilleur d’elles-mêmes. Ceux qui prônent le servant leadership savent bien que l’humilité fait partie des qualités d’un vrai servant leader.

 

Afficher l'image d'origineAu Moyen Âge, les sculpteurs, maçons, verriers et autres artistes signaient rarement leurs œuvres. L’anonymat était la règle, parce que l’art, surtout porté par la foi, n’a pas pour but d’élever l’artiste ou d’immortaliser son nom, mais de réjouir et de nourrir les passants, les spectateurs, le peuple des gueux à qui les cathédrales et les églises romanes ou gothiques étaient finalement dédiées. L’humilité véritable ne cherche pas à laisser une trace personnelle dans l’histoire, mais à se livrer pour le bien de tous, à servir le bien commun autant que faire se peut.

On rêverait d’avoir des figures politiques animées par cet esprit de désintéressement… Jean Monnet, Jacques Delors, Geneviève Antonioz De Gaulle, Nicolas Hulot… sont sans doute de ces humbles pour qui le pouvoir est le moyen de mieux servir, et davantage.

Il nous faut de nouvelles générations de capitaines d’industrie, de patrons de start-ups, de leaders politiques et syndicaux imprégnés de cet état d’esprit ! C’est le rôle social des églises, des temples, des mosquées, des synagogues, des universités catholiques de façonner des croyants capables d’aspirer aux plus hautes responsabilités, aux plus grandes aventures intellectuelles, scientifiques et artistiques, tout en restant d’humbles serviteurs.

 

L’humilité commence aussi… en famille. Quand des parents reconnaissent ne pas être tout-puissants, quand ils s’inclinent devant Dieu plus grand qu’eux, quand ils osent demander pardon et pas seulement l’exiger, quand ils savent être proches, à l’écoute tout en assumant leur autorité…

Encore une fois : parce qu’elle vient de Dieu - le premier et le seul humble - l’humilité n’est pas un calcul, ni une stratégie, ni même un effort moral. Elle vient sans qu’on l’ait cherchée. Elle respire en toute activité, naturellement. Elle inspire la bonté, la miséricorde, parce qu’elle comprend le chemin de l’autre au lieu de le juger.

Dans l’Ancien Testament, Moïse fut « l’homme le plus humble que la terre ait porté » (Nb 12,3). Cela ne lui a pas évité de devoir s’imposer comme le leader de son peuple (cf. l’épisode du veau d’or) et d’user de son autorité pour éduquer ce peuple « à la nuque raide ». Mais tout cela, il l’a fait en sachant bien que cela ne venait pas de lui (il avait même demandé que son frère Aaron soit son porte-parole, car il avait de graves difficultés d’élocution !) et sans en tirer de gloire pour lui-même.
Jésus, « doux et humble de cœur », ira prendre la dernière place, sur la croix, pour aller chercher et relever les petits, les méprisés, les exclus… 

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En grandissant en humilité, chacun(e) de nous peut être le Moïse / le Jésus de sa famille, de son équipe de travail, de sa vie de quartier…

« Quiconque s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé ».

 

1ère lecture : « Il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur » (Si 3, 17-18.20.28-29)

Lecture du livre de Ben Sira le Sage

Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur. Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur. Grande est la puissance du Seigneur, et les humbles lui rendent gloire. La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. Qui est sensé médite les maximes de la sagesse ; l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute.

Psaume : Ps 67 (68), 4-5ac, 6-7ab, 10-11

R/ Béni soit le Seigneur : il élève les humbles.  (cf. Lc 1, 52)

Les justes sont en fête, ils exultent ;
devant la face de Dieu ils dansent de joie.
Chantez pour Dieu, jouez pour son nom.
Son nom est Le Seigneur ; dansez devant sa face.

Père des orphelins, défenseur des veuves,
tel est Dieu dans sa sainte demeure.
A l’isolé, Dieu accorde une maison ;
aux captifs, il rend la liberté.

Tu répandais sur ton héritage une pluie généreuse,
et quand il défaillait, toi, tu le soutenais.
Sur les lieux où campait ton troupeau,
tu le soutenais, Dieu qui es bon pour le pauvre.

2ème lecture : « Vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant » (He 12, 18-19.22-24a)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, quand vous êtes venus vers Dieu, vous n’êtes pas venus vers une réalité palpable, embrasée par le feu, comme la montagne du Sinaï : pas d’obscurité, de ténèbres ni d’ouragan, pas de son de trompettes ni de paroles prononcées par cette voix que les fils d’Israël demandèrent à ne plus entendre.

 Mais vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des myriades d’anges en fête et vers l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous, et vers les esprits des justes amenés à la perfection. Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle.

Evangile : « Quiconque s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé » (Lc 14, 1.7-14)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Prenez sur vous mon joug, dit le Seigneur ; devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur.
Alléluia. (cf. Mt 11, 29ab)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la maison d’un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et ces derniers l’observaient. Jésus dit une parabole aux invités lorsqu’il remarqua comment ils choisissaient les premières places, et il leur dit : « Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’il ait invité un autre plus considéré que toi. Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendra te dire : ‘Cède-lui ta place’ ; et, à ce moment, tu iras, plein de honte, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : ‘Mon ami, avance plus haut’, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi. En effet, quiconque s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

 Jésus disait aussi à celui qui l’avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi te rendraient l’invitation et ce serait pour toi un don en retour. Au contraire, quand tu donnes une réception, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour : cela te sera rendu à la résurrection des justes. »
Patrick BRAUD

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17 août 2016

Qui aime bien châtie bien ?

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Qui aime bien châtie bien ?

 

Homélie du 21° Dimanche du temps ordinaire / Année C
21/08/2016

Cf. également :

Dieu aime les païens

Jésus et les « happy few » : une autre mondialisation est possible

Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?


Qui aime bien châtie bien ?

La deuxième lecture (He 12,5-13) semble rejoindre ce vieux proverbe latin devenu nôtre : « qui bene amat, bene castigat ». Mais ce n’est qu’en apparence.

« Quand le Seigneur aime quelqu’un, il lui donne de bonnes leçons; il corrige tous ceux qu’il accueille comme ses fils ».

Le terme traduit par « leçon » vient du mot grec : pais, qui signifie enfant. Et il y a six occurrences de cette racine dans le texte. Il s’agit donc de l’éducation des enfants, de pédagogie (le mot vient d’ailleurs de là).

Quelle est donc la pédagogie de Dieu à notre égard ? Comment deviner où Dieu désire nous conduire à travers les événements de notre vie ?

La lettre aux Hébreux nous invite à discerner dans notre histoire des indications pour agir demain. Il ne s’agit pas d’imaginer un Dieu pervers qui prendrait plaisir à corriger ses enfants, mais de relire le passé, même douloureux, pour en tirer des leçons d’avenir. D’ailleurs, le contexte de ce passage est bien celui d’une exhortation pour donner du courage (paraclèse = encouragement dans l’Esprit cf. 12,5). C’est une « parole de réconfort » qui nous est adressée et non pas une menace.

Afficher l'image d'originePar la suite, l’éducation romaine des premiers siècles, ou plus tard l’éducation victorienne et rigoureuse pratiquée en Europe dénaturera ce passage en inversant les priorités : punir pour soi-disant aimer, au lieu de réfléchir sur ce qui a fait mal pour progresser dans l’amour.

Revenons donc au texte. L’auteur de la lettre (Paul ?) nous exhorte à découvrir quelle est la pédagogie de Dieu à notre égard, en réfléchissant à notre passé.

Y a-t-il une pédagogie divine de l’histoire ?

Dire que le passé peut apporter des « leçons » nous oblige à relire, à nous souvenir. Comme l’enfant se souvient de s’être brûlé sur la plaque électrique et en tire la conclusion de ne plus jamais reposer la main dessus !

De même, on voit bien les premiers humains progresser grâce à la transmission de ce qu’ils ont appris dans le passé : l’art du feu, du silex, de l’outil, de la chasse, de la peinture… Apprendre à partir des choses heureuses qui nous sont arrivées ne pose guère de problème. C’est plus difficile de le faire à partir des drames, des échecs, des malheurs qui ont jalonné notre route.

Nous en sommes cependant capables.

Par exemple, allemands et français ont mis trois guerres, dont deux mondiales, à comprendre qu’il ne faut jamais humilier un vaincu, sous peine d’engendrer un cycle infernal de vengeance et de représailles. Permettre à chacun de ressortir la tête haute d’un conflit est une leçon de l’histoire qu’il nous faut absolument transmettre aux jeunes générations. Sinon…

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À l’inverse, nous n’avons pas encore réfléchi sur la montée et la chute du communisme en Europe (de l’Est et de l’Ouest). Des milliers d’intellectuels de haut vol ont été fascinés par cette idéologie meurtrière sans qu’on ait tiré un bilan, une explication et un avertissement de cette effarante complicité idéologique (alors qu’on semble l’avoir fait pour le nazisme).

N’avons-nous rien appris de la violence de Lénine, des goulags de Staline, de la folie planificatrice version Gosplan ? Avons-nous réfléchi à la soif d’absolu sans Dieu qui se manifestait sous le rêve communiste international ? N’y aurait-il pas dans la montée de l’islamisme aujourd’hui des résurgences de ce genre de pensée folle et d’utopie messianique ? Il y a 100 ans, les jeunes gens s’embauchaient pour faire la révolution, à Moscou où à Cuba ou en Chine. Maintenant ils s’enrôlent chez Daech, comme si c’était la seule alternative crédible au capitalisme triomphant.

 

Restons au XX° siècle. La pédagogie divine dans l’histoire dont parle la lettre aux Hébreux se manifeste peut-être au travers du pire crime contre l’humanité : la Shoah. Impensable que Dieu ait voulu cette catastrophe ! Il en est sans doute encore plus meurtri que nous… Sa pédagogie n’est pas de provoquer un tel drame, mais d’inspirer des visionnaires pour que, à partir d’une telle catastrophe, quelque chose de bien néanmoins puisse surgir. La création de l’État d’Israël, et la farouche volonté des peuples de ne jamais laisser revenir les vieux démons antisémites sont sans doute l’une de ses « leçons » du passé à ne jamais oublier.

Car c’est après coup (ex post) que nous réfléchissons sur ce genre d’épreuves, pour y déchiffrer l’exhortation que Dieu nous adresse afin de conjurer le retour du mal.

Passer d’une période à l’autre comme s’il n’était rien arrivé est hélas le plus sûr moyen de répéter l’erreur et la douleur. Ainsi de la crise financière de 2008, dont nous n’avons pas tiré toutes les leçons, notamment pour les banques. Ainsi des guerres injustes contre l’Iran, l’Irak etc. qui nous reviennent en boomerang sous la force d’un islamisme devenu fou. Nous n’avons pas tiré les leçons de nos interventions déstabilisatrices. Ainsi de Mai 68 en France, ou de la guerre d’Algérie, dont nous n’avons toujours pas compris toutes les adhérences. Etc.

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« Tirer les leçons du passé » : ce qui est vrai de l’histoire collective l’est également de notre histoire personnelle. Nous connaissons tous des hommes ou des femmes qui passent de divorce en mariage, puis de séparation à de nouvelles unions, comme s’ils n’apprenaient jamais rien de leurs échecs amoureux antérieurs.

Tel recalage à un examen, tel accident de la route, telle impasse professionnelle peuvent finalement se révéler riches en « leçons » pour rebondir. Dieu n’est certes pas à l’origine de l’épreuve, mais il est sur le chemin qui nous permettra d’en faire quelque chose.

Un pédagogue est celui qui prend la main de l’enfant pour le conduire sur le chemin, jusqu’à ce qu’il devienne adulte. La pédagogie divine est de nous apprendre à relire notre histoire, personnelle et collective, pour trouver le chemin qui nous apportera le relèvement.

Alors, consacrons du temps et de l’énergie et de l’intelligence à cette relecture de notre passé. Que nous est-il révélé de nous-mêmes, de Dieu, des lois du monde à travers des événements ?

Prendre cinq minutes par jour, une heure par semaine, un jour par mois, une semaine par an à faire silence, pour prendre du recul, de la distance, et identifier les lignes de force qui se dessine tout au long des événements nous rendra plus libres, plus conscients, plus sages.

Apprenons à tirer les leçons de notre passé !

 

 

 

1ère lecture : « De toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères » (Is 66, 18-21)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : connaissant leurs actions et leurs pensées, moi, je viens rassembler toutes les nations, de toute langue. Elles viendront et verront ma gloire : je mettrai chez elles un signe ! Et, du milieu d’elles, j’enverrai des rescapés vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n’ont rien entendu de ma renommée, qui n’ont pas vu ma gloire ; ma gloire, ces rescapés l’annonceront parmi les nations. Et, de toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères, en offrande au Seigneur, sur des chevaux et des chariots, en litière, à dos de mulets et de dromadaires, jusqu’à ma montagne sainte, à Jérusalem, – dit le Seigneur. On les portera comme l’offrande qu’apportent les fils d’Israël, dans des vases purs, à la maison du Seigneur. Je prendrai même des prêtres et des lévites parmi eux, – dit le Seigneur.

Psaume : Ps 116 (117), 1, 2

R/ Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile.
ou : Alléluia ! (Mc 16, 15)

Louez le Seigneur, tous les peuples ;
fêtez-le, tous les pays !

Son amour envers nous s’est montré le plus fort ;
éternelle est la fidélité du Seigneur !

2ème lecture : « Quand Dieu aime quelqu’un, il lui donne de bonnes leçons » (He 12, 5-7.11-13)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, vous avez oublié cette parole de réconfort, qui vous est adressée comme à des fils : Mon fils, ne néglige pas les leçons du Seigneur,ne te décourage pas quand il te fait des reproches. Quand le Seigneur aime quelqu’un,il lui donne de bonnes leçons ;il corrige tous ceux qu’il accueille comme ses fils. Ce que vous endurez est une leçon. Dieu se comporte envers vous comme envers des fils ; et quel est le fils auquel son père ne donne pas des leçons ? Quand on vient de recevoir une leçon, on n’éprouve pas de la joie mais plutôt de la tristesse. Mais plus tard, quand on s’est repris grâce à la leçon, celle-ci produit un fruit de paix et de justice. C’est pourquoi, redressez les mains inertes et les genoux qui fléchissent, et rendez droits pour vos pieds les sentiers tortueux. Ainsi, celui qui boite ne se fera pas d’entorse ; bien plus, il sera guéri.

Evangile : « On viendra de l’orient et de l’occident prendre place au festin dans le royaume de Dieu » (Lc 13, 22-30)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, dit le Seigneur ;
personne ne va vers le Père sans passer par moi.
Alléluia. (Jn 14, 6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, tandis qu’il faisait route vers Jérusalem, Jésus traversait villes et villages en enseignant. Quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? » Jésus leur dit : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas. Lorsque le maître de maison se sera levé pour fermer la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant : ‘Seigneur, ouvre-nous’, il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes.’ Alors vous vous mettrez à dire : ‘Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.’ Il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice.’ Là, il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous-mêmes, vous serez jetés dehors. Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »
Patrick BRAUD

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10 août 2016

L’Assomption : Marie, bien en chair

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

L’Assomption : Marie, bien en chair

 

Cf. également :

Assomption : Ne vous faites pas voler votre espérance

Assomption : les sentinelles de l’invisible

L’Assomption de Marie, étoile de la mer

L’Assomption de Marie : une femme entre en Résistance

Marie, parfaite image de l’Église à venir

Marie en son Assomption : une femme qui assume !


Homélie pour la fête de l’Assomption / Année C
15/08/2016

 

La pointe de cette fête de l’Assomption, c’est la personne de Marie, tout entière passée dans le monde de la résurrection. Tout entière, c’est-à-dire corps et âme. L’âme, on devine qu’elle puisse de façon immatérielle vivre autrement, ailleurs. Mais le corps ? Comment imaginer qu’il devienne autre chose qu’un amas de cellules à nouveau recyclées dans le grand organisme de l’univers ?

Peut-être confondons-nous le corps et la chair ? Or le credo affirme : « je crois en la résurrection de la chair », et non du corps. Peut-être avons-nous également une conception très mécanique de la chair, à la façon de Descartes ne voyant le corps comme une machine mue par l’âme ? Comment exprimer le lien profond entre le corps et l’âme ? Les anciens (Aristote) utilisaient le mot hylémorphisme pour caractériser ce lien : l’âme est la forme du corps, les deux étant inséparables.

 

La chair des peintres

Afficher l'image d'origineParcourez rapidement les représentations célèbres que les peintres ont inventées au long des siècles pour évoquer le corps humain.
Sur les peintures rupestres, les corps humains sont réduits à une silhouette, car ce qui est important alors n’est pas leur aspect, mais leur fonction : chasseurs, cueilleurs, artisans.
Sur les amphores étrusques ou grecques, la chair humaine est celle de l’athlète, ou de l’éphèbe, selon les canons olympiques et mythiques de l’époque.
Dans les mosaïques romaines, les visages sont beaux, les corps anoblis de bijoux, de toges et vêtures magnifiques. La chair romaine est aristocratique.
Les masques africains ont des fonctions magiques mystérieuses : leur chair est éminemment symbolique.

Dans les premiers siècles du christianisme, la peinture se fait sacrée, hiératique, à la manière des icônes où le visage est plus important que le reste du corps, baigné d’or et de mysticisme. La chair est ici théologique, vecteur de la révélation divine.

À la Renaissance, l’émancipation de la religion fait apparaître des peintures de corps féminins à la beauté lourde et laiteuse. Car l’idéal est alors la mère de famille, capable d’enfanter, d’allaiter, à la santé solide. Les trois grâces de Botticelli ressemblent plus aux personnages dodus de Fernando Botero qu’aux mannequins anorexiques de nos défilés de mode !

Puis l’époque moderne a disloqué la représentation de la chair : pointilliste, cubiste, abstraite… Le corps humain n’est plus représenté, mais sublimé dans sa négation même.

Pas la peine de prolonger cette liste aussi variée qu’il y a d’écoles artistiques ! La chair des peintres est culturelle. Parler de résurrection de cette chair, c’est finalement inviter chaque artiste à découvrir un autre univers esthétique que le sien, où le corps semble dans un premier temps avoir disparu, et où pourtant les canons de cet univers le font exister autrement.

 

La chair des Évangiles

Afficher l'image d'origineRelisez le Nouveau Testament : on ne sait pas si Marie avait les yeux bleus, si elle était grande ou petite, si les hommes se retournaient dans la rue à son passage… Le corps humain dans les Évangiles est rarement le lieu de la beauté physique (sauf peut-être lors de la Transfiguration). C’est plutôt un corps relationnel. On touche la chair de Jésus pour guérir de sa maladie : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés au contact du corps du Christ, et c’est cela qui le caractérise comme corps, et non sa taille ou ses imperfections. D’ailleurs, dans l’eucharistie, c’est un corps livré-pour-vous qui est au coeur du sacrifice, sans qu’on sache quelle forme avait ce corps. Tout se passe comme si la chair de Jésus n’existait que dans la relation (de communion, de conflit, d’abandon…) à l’autre.

Parler de résurrection de cette chair relationnelle, c’est finalement évoquer que, dans l’autre monde, la relation à l’autre donnera forme et identité nouvelle à chacun, sans pouvoir imaginer comment aujourd’hui.

 

La chair de la résurrection

Paul parle de son expérience de la rencontre du corps ressuscité de Jésus de Nazareth, renvoyant d’ailleurs aux corps suppliciés des disciples sur lesquels il s’acharnait : « je suis Jésus, celui que tu persécutes ».

Avec pédagogie, Paul prend l’image de la graine et de la plante pour expliquer aux corinthiens que la chair de la résurrection est une manière d’être au monde, adaptée à ce monde nouveau où la mort est vaincue :

«  Mais, dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? Insensé ! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s’il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un simple grain, soit de blé, soit de quelque autre plante; et Dieu lui donne un corps à son gré, à chaque semence un corps particulier. Toutes les chairs ne sont pas les mêmes, mais autre est la chair des hommes, autre la chair des bêtes, autre la chair des oiseaux, autre celle des poissons. Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres, mais autre est l’éclat des célestes, autre celui des terrestres. Autre l’éclat du soleil, autre l’éclat de la lune, autre l’éclat des étoiles. Une étoile même diffère en éclat d’une étoile. Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts : on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l’incorruptibilité; on est semé dans l’ignominie, on ressuscite dans la gloire; on est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force; on est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel.  » (1Co 15, 35-44)

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Croire à la résurrection de la chair pour Paul c’est croire qu’une nouvelle façon d’être au monde, une nouvelle médiation avec la réalité de la résurrection nous sera donnée, ce qu’il appelle le « corps spirituel ».

 

Assomption : Marie bien en chair

Le tombeau vide est l’indice de la transformation de la chair qui s’opère pour qu’elle s’adapte au nouvel univers de la résurrection.

« Il vit et il crut » : Jean interprète cette absence de chair comme la réalité de la chair présente autrement.

De manière symétrique, la dormition de la Vierge (conception orthodoxe) ou l’Assomption de Marie (conception catholique) sont les indices que la mère de Jésus lui reste entièrement unie à travers la mort. La communion d’amour entre Marie et Jésus a été si forte, des mois de la gestation jusqu’à la déréliction de la croix, que l’Église y voit la promesse d’un événement partagé : ce qui est arrivé à la chair de Jésus dans la nuit de Pâques arrive également à celle de Marie, parce qu’il y a un lien unique entre les deux.

Basculant dans le monde de la résurrection, Marie sans attendre expérimente une nouvelle présence à ce monde, en communion avec son fils. Elle y est entièrement présente, corps et âme, c’est-à-dire qu’elle se reçoit entièrement de la relation au Christ et par lui à Dieu lui-même.

C’est donc bien en chair que Marie continue à vivre au-delà de la mort la communion à Dieu et en Dieu. En cela elle n’est pas l’unique, car cette promesse est faite à chacun de nous. Mais elle est la première des créatures à pouvoir dès maintenant, sans attendre la résurrection finale, vivre intégralement sa présence au monde de Dieu.

 

Lorsque nous fêtons son Assomption, nous ravivons notre espérance d’y participer un jour.

Lorsque nous la proclamons vivante corps et âme, nous redisons la valeur de la chair humaine, dès maintenant et pour toujours.

Lorsque nous la dépeignons accueillie par le Christ, nous nous encourageons à passer nous aussi par l’unique porte qu’est le Christ.

Lorsque nous la voyons couronnée de gloire en Dieu, nous ravivons notre espérance d’être nous aussi rendus « participants de la nature divine » (2P 1,4) au-delà de notre mort physique.

 

Marie, c’est cette femme bien en chair qui nous assure de la promesse de la transfiguration de notre propre chair actuelle…

 

 

MESSE DU JOUR

1ère lecture : « Une Femme, ayant le soleil pour manteau et la lune sous les pieds » (Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit, et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire. Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et, sur chacune des sept têtes, un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place. Alors j’entendis dans le ciel une voix forte, qui proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! »

Psaume : Ps 44, (45), 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16

R/ Debout, à la droite du Seigneur, se tient la reine, toute parée d’or.

(cf. Ps 44, 10b)

Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ;
oublie ton peuple et la maison de ton père :
le roi sera séduit par ta beauté.

Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui.
Alors, les plus riches du peuple,
chargés de présents, quêteront ton sourire.

Fille de roi, elle est là, dans sa gloire,
vêtue d’étoffes d’or ;
on la conduit, toute parée, vers le roi.

Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ;
on les conduit parmi les chants de fête :
elles entrent au palais du roi.

2ème lecture : « En premier, le Christ ; ensuite, ceux qui lui appartiennent » (1 Co 15, 20-27a)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang : en premier, le Christ, et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds.

Evangile : « Le Puissant fit pour moi des merveilles : il élève les humbles » (Lc 1, 39-56)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Aujourd’hui s’est ouverte la porte du paradis : Marie est entrée dans la gloire de Dieu ;
exultez dans le ciel, tous les anges !
Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »

Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.
Patrick BRAUD

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8 août 2016

N’arrêtez pas vos jérémiades !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

N’arrêtez pas vos jérémiades !

 

Homélie du 20° Dimanche du temps ordinaire / Année C
14/08/2016

Cf. également :

De l’art du renoncement

Sous le signe de la promesse 

L’effet saumon

 

L’expression est moins populaire qu’autrefois, mais tout le monde se souvient vaguement que les jérémiades, ce sont des plaintes interminables et exagérées qui finissent par devenir insupportables. Les synonymes du terme vous donnent une idée de sa connotation négative : doléance, gémissement, geignement, geignerie, girie, glapissement, grogne, lamentation, murmure, plainte, pleurnicherie, récrimination, bêlement, bramement, chevrotement, criaillerie…

Or dans la Bible, les jérémiades sont beaucoup plus légitimes. Rien à voir avec les pleureuses de l’Orient ou de l’Afrique !

Le mot vient du nom du prophète Jérémie bien sûr, et notre première lecture (Jr 38, 4-10) nous aide à comprendre pourquoi il a tant de raisons de se plaindre. Il annonce à Jérusalem que, si tout le monde continue à se détourner de l’Alliance en pratiquant l’injustice et l’idolâtrie, l’histoire d’Israël va mal se terminer. Comme le peuple n’aime pas les prophètes de malheur, on cherche à faire taire ce Jérémie empêcheur de tourner en rond. Et le voici dans la boue, au fond d’une citerne, emprisonné pour avoir annoncé la Parole de Dieu. Il est littéralement jeté aux oubliettes de l’Histoire.

Or lui n’avait rien demandé ! C’est Dieu qui est venu le chercher, de force, pour porter son message. Jérémie a donc bien raison de râler, de protester, de trouver injuste ce qui lui arrive. Ces jérémiades sont légitimes : annoncer la parole de Dieu ne lui rapporte que des ennuis. Il a perdu sa vie d’avant (cohen = prêtre juif dans la ville d’Anatot) et ne la récupérera jamais. Il est resté célibataire – inconcevable pour un juif – à cause de l’urgence de sa mission prophétique. Et en retour, le voilà devenu objet de la vindicte populaire, écarté par les puissants, tombé au plus bas dans sa citerne-prison glauque, humide et repoussante.

Malheureusement pour Jérusalem, Jérémie avait raison. La prise de la ville en 587 av. J.C, les massacres, les pillages, l’exil et la déportation à Babylone attendent les chefs religieux et les bien-pensants qui croyaient s’être débarrassés de leurs iniquités en jetant Jérémie au fond du trou…

La transposition à notre époque contemporaine n’est pas difficile. La mission prophétique des baptisés est d’annoncer l’Évangile, à temps et à contretemps. Inévitablement, s’ils sont fidèles à leur baptême, les chrétiens rencontrent tôt ou tard l’hostilité des puissants qu’ils dérangent. Et le prix à payer est hélas toujours le même, comme au temps de Jérémie : tracasseries administratives, persécutions, mises à l’écart, emprisonnements, exécutions… Dans les pays communistes ou musulmans, faire circuler la Bible, proposer le baptême ou critiquer le pouvoir en place au nom de l’Évangile est source de nombreux problèmes. Et en France, au sein des entreprises, des familles, des quartiers, de la vie politique, oser annoncer un message de conversion et de justice peut vous attirer de graves ennuis ! Nous connaissons tous des leaders syndicaux ostracisés, des cadres humanistes mis sur la touche, des médiateurs sociaux violemment agressés etc.

Alors, pourquoi ne pas faire monter vers Dieu nos reproches et notre amertume ? Pourquoi retenir nos jérémiades tout aussi légitimes que celles du prophète ?

Comment ? Nous aurions pu avoir une vie tranquille, sans problèmes, et voilà que l’exigence de l’Évangile nous oblige à prendre des risques ? Nous aurions pu suivre une carrière ambitieuse grâce aux réseaux d’influence et aux compromissions habituelles, et nous voilà exposer à dénoncer telle corruption, tel copinage, telle âpreté au gain inhumaine ? Mais Dieu aurait mieux fait de nous ignorer ! S’il veut des porte-parole, au moins qu’il aplanisse ce chemin devant nous et nous évite toute cette hostilité qui entoure celui qui dit la vérité !

À y regarder de près, nous avons donc raison de nous plaindre auprès de Dieu, de lui exposer l’infortune où nous met notre fidélité à notre baptême. C’est peut-être même une de nos plus belles prières. Elle ressemble à celle de Job qui convoque Dieu au tribunal pour qu’il s’explique sur le malheur innocent. Elle rejoint le cri de détresse des psaumes où le juste s’éprouve pauvre et malheureux à cause de sa fidélité. Elle prolonge celle de Jérémie regrettant le jour où il est né : « Ma mère, tu m’as enfanté homme de querelle pour tout le pays » (Jr 15,10).

Se battre avec Dieu dans la prière pour lui demander des comptes est en effet l’attitude de l’homme libre qui ne veut pas se soumettre, mais comprendre et agir. Rappelez-vous : Jacob est devenu Israël justement parce qu’il a lutté avec Dieu toute la nuit, seul, dans la poussière (Gn 32). Il en a été blessé à jamais (nerf sciatique déboîté !). Mais il a obtenu ce pourquoi il combattait : « je ne te lâcherai pas avant que tu ne m’aies béni ».

Nous aussi, nous nous roulons avec Dieu dans la poussière de nos moments de doute, d’amertume, de solitude. Nous aussi nous accusons Dieu de ne jamais être là quand nous aurions besoin de lui. Nous aussi, nous aurions parfois préféré ne jamais connaître son appel si exigeant.

Et pourtant, Jérémie finit par accepter sans tout comprendre.
Et pourtant les psaumes se terminent sur la louange du malheureux mettant tout son espoir en Dieu.
Et pourtant Jérémie dans sa citerne restera fidèle et continuera d’être prophète.

N’arrêtons pas nos jérémiades : elles nous mettent à vif et nous prépare à être vrais devant Dieu.

Continuons à dialoguer avec Dieu, même lorsque la déception et l’aigreur nous font l’accuser et l’accuser encore.

Après Auschwitz, les juifs qui n’ont plus pris Dieu au collet pour le sommer de s’expliquer sur la Shoah sont devenus athées. Ceux qui comme Élie Wiesel ont inlassablement exploré la question du pourquoi, du pour-quoi de la Shoah, en scrutant les Écritures, en se battant avec Dieu sur cette énorme faille de la providence, ceux-là sont devenus des croyants plus profonds, plus authentiques. Car Dieu n’aime pas la soumission d’esclaves et n’a que faire des béni-oui-oui.

N’arrêtons pas nos jérémiades !

N’arrêtons pas non plus de prendre des risques pour l’Évangile, de dénoncer les injustices, d’avertir des impasses dangereuses, quitte à susciter l’hostilité de nos contemporains…

Mieux vaut être au fond de la citerne à nous plaindre que dans le palais du roi de Jérusalem à être bientôt dispersé, les yeux crevés, vers une terre d’infamie et d’esclavage !

 

 

1ère lecture : « Ma mère, tu m’as enfanté homme de querelle pour tout le pays » (cf. Jr 15, 10) (Jr 38, 4-6.8-10)
Lecture du livre du prophète Jérémie

En ces jours-là, pendant le siège de Jérusalem, les princes qui tenaient Jérémie en prison dirent au roi Sédécias : « Que cet homme soit mis à mort : en parlant comme il le fait, il démoralise tout ce qui reste de combattant dans la ville, et toute la population. Ce n’est pas le bonheur du peuple qu’il cherche, mais son malheur. » Le roi Sédécias répondit : « Il est entre vos mains, et le roi ne peut rien contre vous ! » Alors ils se saisirent de Jérémie et le jetèrent dans la citerne de Melkias, fils du roi, dans la cour de garde. On le descendit avec des cordes. Dans cette citerne il n’y avait pas d’eau, mais de la boue, et Jérémie enfonça dans la boue. Ébed-Mélek sortit de la maison du roi et vint lui dire : « Monseigneur le roi, ce que ces gens-là ont fait au prophète Jérémie, c’est mal ! Ils l’ont jeté dans la citerne, il va y mourir de faim car on n’a plus de pain dans la ville ! » Alors le roi donna cet ordre à Ébed-Mélek l’Éthiopien : « Prends trente hommes avec toi, et fais remonter de la citerne le prophète Jérémie avant qu’il ne meure. »

Psaume : Ps 39 (40), 2, 3, 4, 18
R/ Seigneur, viens vite à mon secours ! (Ps 39, 14b)

D’un grand espoir,
j’espérais le Seigneur :
il s’est penché vers moi
pour entendre mon cri.

Il m’a tiré de l’horreur du gouffre,
de la vase et de la boue ;
il m’a fait reprendre pied sur le roc,
il a raffermi mes pas.

Dans ma bouche il a mis un chant nouveau,
une louange à notre Dieu.
Beaucoup d’hommes verront, ils craindront,
ils auront foi dans le Seigneur.

Je suis pauvre et malheureux,
mais le Seigneur pense à moi.
Tu es mon secours, mon libérateur :
mon Dieu, ne tarde pas !

2ème lecture : « Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée » (He 12, 1-4)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, nous qui sommes entourés d’une immense nuée de témoins, et débarrassés de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien –, courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré la croix en méprisant la honte de ce supplice, et il siège à la droite du trône de Dieu. Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et vous ne serez pas accablés par le découragement. Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché.

Evangile : « Je ne suis pas venu mettre la paix sur terre, mais bien plutôt la division » (Lc 12, 49-53)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ; moi, je les connais, et elles me suivent.
Alléluia. (Jn 10, 27)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »
Patrick BRAUD

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